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Gabon:Chronique d’un coup d’état avorté

Des militaires déployés devant le siège de la radio-télévision gabonaise à Libreville, le 7 janvier 2019.
(© Steve JORDAN / AFP)

Par La Majalla

 

* Des images montrent des soldats coiffés de bérets verts et munis de fusils d’assaut.

* Dans la matinée, les forces de sécurité ont pris d’assaut le bâtiment, abattant deux membres du commando et libérant les cinq journalistes retenus en otages.

*La France a d’ailleurs immédiatement condamné la tentative de coup d’Etat au Gabon et a appelé au « respect » de la Constitution du pays.

 

Au Gabon, des militaires se sont emparés de la radio nationale ce lundi 7 janvier au matin. Ils se présentent comme le « Mouvement patriotique des jeunes des forces de défense et de sécurité ». Point de départ de leur intervention : ils affirment que le message à la nation d’Ali Bongo délivré à l’occasion de la nouvelle année « a renforcé le doute sur sa capacité à assurer la fonction de président de la République ». « Une fois encore, disent-ils, une fois de trop, les conservateurs acharnés du pouvoir, dans leur funeste besogne continuent d’instrumentaliser et de chosifier la personne d’Ali Bongo Ondimba sous le regard complice de la haute hiérarchie militaire ».

 

Dans le discours prononcé par un lieutenant, ils ont dénoncé le message du président Ali Bongo retransmis le 31 décembre dernier depuis le Maroc, où il est en convalescence après avoir subi un accident vasculaire cérébrale. Le groupe de militaires disait vouloir mettre en place un « conseil de la restauration ». En effet, le pays vit, depuis deux mois et demi, des vacances de pouvoir, depuis que le président du Gabon Ali Bongo a été hospitalisé à Riyad pour un accident vasculaire cérébral, puis transféré au Maroc pour une convalescence.

Les militaires putschistes annoncent que dans quelques heures ils mettront en place un conseil national de la restauration après consultation des forces vives de la nation, afin, indiquent-ils d’assurer la continuité de l’Etat et garantir au peuple gabonais une transition démocratique. Ils ont invité plusieurs personnalités à venir à l’Assemblée nationale.

Des coups de feu

Des coups de feu ont été entendus autour de la Radio Télévision gabonaise, sur le boulevard triomphal, dans le centre-ville. Des blindés bloquent l’accès à ce boulevard. Selon une source proche de la présidence, les éléments qui ont pris le contrôle de la radio sont des éléments de la Garde d’honneur, qui n’ont pas le contrôle des armes de la garde républicaine. Cette même source précise que ces éléments sont encerclés dans la maison de la radio. Internet et les réseaux sociaux sont coupés et plusieurs quartiers de Libreville n’ont plus d’électricité.

Des images montrent des soldats coiffés de bérets verts et munis de fusils d’assaut. Le lieutenant Kelly Ondo Obiana, qui se présente comme le commandant adjoint de la garde républicaine, a fait part de sa frustration suite au message prononcé la semaine dernière par le président Ali Bongo à l’occasion du Nouvel An. Il a appelé les Gabonais à investir les édifices publics et les aéroports.

Malgré le fait que ces soldats ont pris le contrôle de la Radio Télévision Gabonaise, une source proche de la présidence affirme que tous les points stratégiques sont sous contrôle ainsi que les abords de la radio. Toujours selon cette source, les militaires ne veulent pas utiliser la force contre ceux qui ont pris le contrôle de la radio.Des partisans de l’opposant Jean Ping ont démarré une marche à Port-Gentil, la capitale économique, avant d’être rapidement dispersés par la police pour n’avoir pas demandé d’autorisation.

C’est que l’opposition gabonaise, et en particulier l’adversaire historique de la famille Bongo, Jean Ping, n’a pas commenté la tentative de coup d’Etat. M. Ping, en tant que diplomate de longue date – il a été président de l’Assemblée des Nations Unies et de l’Union africaine – préfère la prudence à toute évaluation de ce qui s’est passé.

L’assaut est donné

Mais dans la matinée, les forces de sécurité ont pris d’assaut le bâtiment, abattant deux membres du commando et libérant les cinq journalistes retenus en otages. Le chef du groupe, qui a prononcé l’appel au soulèvement à la radio, le lieutenant Kelly Ondo Obiang a été arrêté et deux membres du commando ont été tués.

Dans l’après-midi, le ministre de la Communication Guy-André Mapangou a affirmé que les insurgés avaient été maîtrisés et deux d’entre eux tués : un gendarme et un membre de la garde républicaine. Les autres mutins, dont le lieutenant Kelly Ondo Obiang, ont été arrêtés et sont à la disposition du procureur de la République qui a ouvert une enquête. Les autorités affirment maîtriser la situation. Cependant, Internet et les réseaux sociaux restent coupés. Les rues de Libreville sont restées vides, les boutiques fermées.

La nuit est tombée à Libreville où le calme règne désormais. Il n’y a pas de couvre-feu annoncé et la télévision nationale a repris ses programmes. Selon les autorités, la situation est sous contrôle. En revanche, Internet et les réseaux sociaux sont toujours coupés.

Condamnations

L’Union africaine, mais également d’autres chefs d’Etat africains tels que Idriss Déby Itno, président du Tchad et président en exercice de la CEMAC, ont condamné cette tentative de putsch et assuré Ali Bongo de leur soutien.  Sur Twitter, le président burundais Pierre Nkurunziza a condamné, au nom de son pays, « avec la dernière énergie cette démarche antidémocratique » des putschistes gabonais et adressé ses encouragements à son « frère » Ali Bongo.

Dans un communiqué, le président tchadien Idriss Déby Itno, par ailleurs président en exercice de la CEMAC, la Communauté monétaire et économique de l’Afrique centrale, a apporté son soutien au président gabonais Ali Bongo et condamné la tentative de putsch. « Tout changement constitutionnel ou toute prise de pouvoir par les armes constitue une aberration et une violation des principes fondateurs de l’Union africaine », peut-on lire dans ce communiqué.

 

Image des militaires lors de la lecture de leur communiqué à la radio et télévision gabonaise, le 7 janvier 2019. (© AFP / YOUTUBE)

La France a d’ailleurs immédiatement condamné la tentative de coup d’Etat au Gabon et a appelé au « respect » de la Constitution du pays. « Nous condamnons toute tentative de changement de régime extra-constitutionnel. La stabilité du Gabon ne peut être garantie que si les dispositions de la Constitution sont strictement respectées », a expliqué la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Agnes von der Muhll.

Nonobstant, le vide du pouvoir n’a pas été déclaré malgré l’absence du chef de l’Etat et la Cour constitutionnelle a transféré certains des pouvoirs du Président au Premier Ministre et au Vice-Président du Gabon.  Toutefois, la Constitution gabonaise prévoit qu’en cas d’absence prolongée du Président ou en cas de maladie l’empêchant d’exercer pleinement son pouvoir, un gouvernement provisoire doit être nommé dans le seul but d’organiser des élections dans les 60 jours. Cela ne s’est pas produit, malgré le fait que de nombreuses personnes prétendent que la maladie d’Ali Bongo est invalidante.

Mais le mystère entoure encore ce qui a poussé de jeunes militaires au soulèvement lundi au Gabon ? Etait-ce un acte isolé spontané ou une manipulation sur fond de guerre de clans ? La genèse du coup d’Etat raté à Libreville, dans un pays privé de président depuis plus de deux mois, reste mystérieuse.

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