Le secteur agricole en Afrique : Du vert au rouge.

Au cours des 10 dernières années, les contrats pour des investissements agricoles à grande échelle en Afrique ont porté sur 20 millions d’hectares
En trente ans, la production agricole a plus que triplé, 160% pour être exact
En comparaison avec d’autres régions du monde, les institutions économiques sont davantage défaillantes en Afrique, notamment dans les secteurs du financement et de l’assurance

Certes, sur le plan écolo-agricole, l’Afrique ne présente pas une image unique. Des plaines fertiles du Nil, aux larges étendues arides du Sahel, le décalage est flagrant. Néanmoins, l’image que tout le monde ait du secteur agricole en Afrique, se distingue par les caractéristiques suivantes :

  1. Une image oscillant entre mal nutrition généralisée, ou du moins chronique, et des famines, touchant un grand nombre de pays. D’où ce besoin pressant d’aides que les agences onusiennes ont pris l’habitude d’y apporter.
  2. La production agricole dans une majorité plus qu’écrasante, n’arrive pas à honorer les besoins des populations. Situation chronique, qui fait que la balance commerciale alimentaire, est partout déficitaire en Afrique. Un mal-nourri sur quatre est africain : l’Afrique est le seul continent, où le nombre absolu de personnes sous-alimentées, a augmenté au cours des 30 dernières années. L’insécurité alimentaire est principalement un phénomène rural. Il affecte le monde rural plus que les villes parce que les gens qui produisent des aliments ne le font déjà pas en quantité suffisante pour nourrir leur famille faute d’accès adéquat aux moyens de production (terre, engrais, outils), et les communautés rurales sont les plus pauvres et se débattent pour acheter la nourriture qui leur manque. La capacité économique à accéder en permanence à la nourriture est devenue le facteur décisif de la sécurité alimentaire. L’insécurité alimentaire est d’abord et avant tout affaire de pauvreté et d’inégalités. Par conséquent, le développement agricole est une condition nécessaire pour réduire l’insécurité alimentaire, mais n’est pas suffisant.
  3. Dans un nombre non-négligeable de pays, les paysans et autres agriculteurs, préfèrent consacrer leurs champs et leurs parcelles, à une agriculture exportatrice, mieux rémunérée que la vivrière. 

 
Des handicaps oui, mais…
Sur un autre plan, l’agriculture africaine se caractéristique par :
  1. Le morcellement des exploitations familiales, sans oublier une faible technicité, avec un recourt limité, ou même très limité, pour ne pas dire absent aux intrants et à l’irrigation. Plus qu’ailleurs, l’agriculture familiale est prédominante en Afrique, en reposant principalement sur l’utilisation du travail familial. L’Afrique compte 33 millions d’exploitations de moins de 2 hectares qui représentent 80 % de l’ensemble des exploitations. 
  2. Le réchauffement climatique, et l’instabilité métrologique, ont pour effet une expansion désertique, qui gagne d’une année à l’autre, des terres qui étaient fertiles.
  3. Les forêts se réduisent, aussi bien pour cause d’une exploitation à outrance du bois, que le besoin des paysans d’élargir leurs champs. Sans oublier les éleveurs qui veulent plus d’espaces pour leurs bestiaux. Une course frénétique, pour ne pas dire concurrence, qui se règle de plus en plus dans le sang.
  4. L’image de l’agriculteur, cultivateur, paysan, ou éleveur, n’est pas brillante. Les nouvelles générations, préfèrent les villes ou même l’immigration.
  5. L’absence des titres de propriété, à des rares exceptions, rend tout investissent consistant, une expérience hasardeuse.


 

 
Sans une modernisation du secteur agricole, personne ne peut espérer une auto-suffisante alimentaire, ou du moins une réduction, ou encore au niveau de certains produits stratégiques, à l’instar des viandes et des céréales. 
Une carence de financement, ou du moins les investisseurs n’accordent pas aux activités agricoles, la même attention accordée à l’industrie, ou encore aux secteurs des services. La question financière, à savoir les exploitations en taille et en structure, et en gestion, capables de convaincre les banques, ne sont pas en nombre suffisant pour pouvoir prétendre à des changements stratégiques, au niveau de la production, mais aussi de la qualité des produits.
Au cours des 10 dernières années, les contrats pour des investissements agricoles à grande échelle en Afrique ont porté sur 20 millions d’hectares. De nombreux systèmes agricoles peinent à reconstituer la fertilité des sols en raison de l’absence de capacité d’investissement et de l’insécurité foncière. Acquis à l’idée de l’agriculture industrielle, certains décideurs peuvent être enclins à faciliter l’acquisition de terres par des groupes étrangers, pas toujours dans la plus grande transparence.
A très forte majorité, les grandes exploitations agricoles, sont plus adressées vers l’exportation que la satisfaction de la demande locale.


 
Une augmentation, mais…
En trente ans, la production agricole a plus que triplé, 160% pour être exact. Néanmoins, il faut creuser dernière ce chiffre. Il ne dénote pas ni d’une amélioration de la productivité, ni d’une évolution des moyens de production. Il s’agit uniquement d’une augmentation de la surface agricole au dépens d’une terre prise aux forêts surtout.
D’auto-suffisante dans les années 1960, l’Afrique est devenue importatrice nette de céréales. Le continent importe notamment des produits qui sont en concurrence avec sa propre production : de la viande, des produits laitiers, des céréales et des huiles. Les importations représentent 1,7 fois la valeur des exportations. Les exportations agricoles de l’Afrique ont chuté de moitié depuis le milieu des années 1990.
L’agriculture familiale reste la mieux placée pour optimiser l’utilisation du travail et permettre une meilleure valorisation des terres tout en réduisant le risque de heurter les règles locales de gestion des ressources locales. En outre, cette forme d’agriculture dispose du plus grand potentiel de croissance en s’appuyant sur le plus grand nombre et de création de richesse sur un mode durable.
Le Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA) a été le catalyseur d’initiatives africaines telles que la définition de priorités nationales et la reprise en main par les Africains du dialogue avec les partenaires techniques et financiers. En effet, le PDDAA a émergé comme l’expression de la réappropriation de la politique agricole par les États africains et les citoyens du continent. Il s’est donc imposé comme un cadre approprié pour rompre avec les conditions et les restrictions subies pendant deux décennies d’ajustement structurel. Néanmoins, l’engagement public pour dynamiser l’agriculture est resté limité et n’a pas réussi à répondre aux objectifs fixés. En 2010, sur les 44 pays pour lesquels des données sont disponibles, seuls 9 avaient atteint ou dépassé l’objectif de consacrer 10 % des dépenses publiques à l’agriculture. 
Parallèlement, l’émergence de politiques d’intégration régionales et sectorielles a contribué à accélérer la structuration des organisations de producteurs (OP) au niveau sous-régional; et pourtant, les OP restent fragiles et ne peuvent pas remplacer les services publics de soutien à l’agriculture. Alors que leurs réseaux sont de plus en plus reconnus comme des partenaires clés et intégrés dans divers processus décisionnels par les pouvoirs publics nationaux, sous régionaux et continentaux, les OP sont allées plus loin en formant l’Organisation panafricaine des agriculteurs (PAFO) en 2010.
En comparaison avec d’autres régions du monde, les institutions économiques sont davantage défaillantes en Afrique, notamment dans les secteurs du financement et de l’assurance. Cela entrave la capacité des agriculteurs à prendre plus de risques et à accroître les investissements.