Tunisie : le gouvernement Mechichi recevra-t-il la bénédiction du Parlement ?

Le chef du gouvernement désigné, Hichem Mechichi.

Mechichi a annoncé la formation d'un gouvernement de compétences indépendantes qui comprend 25 ministres et 3 secrétaires d'État
*  le nouveau gouvernement sera ‘’un trait d’union’’ entre toutes les parties politiques et mettra en œuvre les mécanismes nécessaires pour la réalisation des programmes des partis qui servent l’intérêt de la Tunisie

 

Tunisie : deuxième gouvernement en six mois…
En six mois seulement, le deuxième gouvernement a été annoncé en Tunisie. Le chef du gouvernement désigné, Hichem Mechichi, a soumis, lundi 24 août 2020, soit dans les délais constitutionnels, la liste de la nouvelle équipe gouvernementale au président de la République, Kais Saied.
Mechichi a assuré que le nouveau gouvernement sera ‘’un trait d’union’’ entre toutes les parties politiques et mettra en œuvre les mécanismes nécessaires pour la réalisation des programmes des partis qui servent l’intérêt de la Tunisie.
En ce qui est du programme du gouvernement, Mechichi a indiqué que les grands volets révélés auparavant seront approfondis et enrichis avant de les soumettre à l’ARP sous forme d’un document de travail.
 
Le marathon des concertations :
Comme le stipule la Constitution, Hichem Mechichi, dispose de 30 jours pour former son gouvernement. Durant cette période, il mènera des consultations dans le but de choisir les membres de son équipe.
Lundi 03 août 2020, Hichem Mechichi a donné le coup d’envoi aux concertations avec les partis politiques. Ces négociations se sont étalées sur quelques jours et ont principalement porté sur les détails de la formation du prochain gouvernement.
Des entrevues avec les blocs parlementaires, les représentants du mouvement Ennahdha, de Qalb Tounes, du Courant démocratique, du Mouvement Echaâb, et de la Coalition Al Karama, ont eu lieu.
Dans le cadre des concertations, Hichem Mechichi a reçu à Dar Dhiafa le secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Noureddine Taboubi, le président de l’Union Tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat (UTICA), Samir Majoul, et le président de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (UTAP), Abdelmajid Zar.
Le chef du gouvernement désigné, s’est réuni, également, avec le gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie, Marouane Abbassi, la présidente de l’Union nationale des femmes tunisiennes (UNFT), Radhia Jerbi, le président du Syndicat National des Journalistes Tunisiens, Néji Bghouri, le président de l’organisation ‘’Conect’’ Tarek Cherif et l’ancien gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie, Taoufik Baccar.
Il s’est entretenu par là même avec les anciens chefs de gouvernement Hamadi Jebali, Ali Laarayedh, Habib Essid et Youssef Chahed, le 7 août 2020, à Dar Dhiafa à Carthage.

 

Le chef du gouvernement désigné, Hichem Mechichi, présente la liste de la nouvelle équipe gouvernementale au président de la République, Kais Saied, lundi 24 août 2020.
 


 
 
Mechichi opte pour un gouvernement de compétences indépendantes :
Le chargé de la formation du gouvernement Hichem Mechichi a tenu une conférence de presse, lundi 10 août 2020, pour faire le point sur l’avancement des pourparlers concernant la formation de son gouvernement et ce, après une série de rencontres avec les groupes parlementaires, les partis politiques et les organisations nationales. Il a, finalement, décidé de former un gouvernement de compétences nationales totalement indépendantes, afin de ‘’présenter des solutions urgentes’’ pour un pays où l’économie en difficulté a été fortement impactée par la pandémie du Coronavirus. Mechichi s'est engagé, ainsi, à se concentrer sur la relance économique.
‘’Après une série de consultations avec les partis et les blocs parlementaires… et après avoir évalué les conditions économiques, politiques et sociales du pays, nous avons réalisé la nécessité de former un gouvernement technocrate axé sur la situation économique et sociale et qui répond aux attentes des Tunisiens’’, a-t-il déclaré.
 
Positions divisées :
Les positions de partis politiques restent divisées. Le président du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, a déclaré que son parti est contre la formation d’un gouvernement de compétences qui ‘’dénature la démocratie, les résultats des élections et la volonté des électeurs’’. 
Ennahdha a toujours été en faveur d’un gouvernement d’unité nationale ayant une large ceinture politique et qui tient compte des équilibres parlementaires et des résultats des élections. ‘’La démocratie c’est la gouvernance des partis et non des compétences’’, a expliqué Ghannouchi.
Cela dit, le conseil de la Choura du mouvement Ennahdha tient,  lundi 31 août, une réunion pour décider de la position définitive du parti concernant le gouvernement Mechichi.
Dans une déclaration aux médias, le président du groupe parlementaire de la coalition Al-Karama, Seifeddine Makhlouf, a affirmé que la coalition rejette l’orientation vers un gouvernement de technocrates et attend la composition définitive pour se réunir et prendre une position officielle concernant le gouvernement proposé.
Le parti Union populaire républicaine (UPR) s’est opposé à la formation d’un gouvernement de compétences ‘’qui va à l’encontre de l’esprit de la Constitution, du système politique en vigueur et des fondements de la démocratie’’.
Quant au conseil national du parti Courant démocrate, il a décidé de ne pas accorder sa confiance au gouvernement Mechichi.
Qalb Tounes semble partager la position du Mouvement Echaâb qui avait lancé une initiative invitant les acteurs politiques à accorder la confiance au gouvernement selon des critères bien déterminés, à savoir, l'engagement du chef du gouvernement à présenter une vision claire pour arrêter l'hémorragie économique, financière et sociale et sortir le pays de la crise politique. Le parti ‘’Au Cœur de la Tunisie’’ a qualifié cette initiative de ‘’positive’’.

 

Hichem Mechichi se réunit avec les anciens chefs de gouvernement Hamadi Jebali, Ali Laarayedh, Habib Essid et Youssef Chahed, le 7 août 2020, à Dar Dhiafa à Carthage.
 


 
Vote de confiance, le 1erseptembre…
Le chef du gouvernement désigné, Hichem Mechichi, a assuré qu’il fera tout son possible pour obtenir la confiance du parlement. Il a fait savoir que ses rencontres avec les partis politiques se poursuivent jusqu’à la tenue de la plénière de vote de confiance prévue pour le premier septembre prochain.

Mechichi a annoncé la formation d'un gouvernement de compétences indépendantes qui comprend 25 ministres et 3 secrétaires d'État. Parmi les ministres proposés, docteur Walid Zidi, un malvoyant nommé ministre de la Culture. Une première ! Néanmoins, ce dernier s’est montré ‘’indécis et désintéressé’’ par le poste proposé ‘’dans un contexte où l’hésitation n’est pas permise’’, a fait remarquer Mechichi.
Le bureau de l’ARP avait décidé de tenir une séance plénière le 1erseptembre pour le vote de confiance au gouvernement.
Devant les défis de taille, le gouvernement Mechichi passera-t-il le cap de l’ARP ?