Saïed veut démolir le business model des passeurs

Tunisie-Migration irrégulière
Plus de 7000 migrants tunisiens ont débarqué à Lampeduse entre le mois de juillet et le mois d’août 2020.

*Exhortés par le Chef de l’Etat Kaïs Saîed a accordé un intérêt primordial à démolir ce business de la mort, où les passeurs amassent des fortunes sur la vie des migrants, les unités sécuritaires sont parties au pas de charge pour démanteler les réseaux de la migration irrégulière.
* La Tunisie est ainsi déterminée à gérer de façon robuste le long de ses côtes, une opération qui présente des similitudes avec l’opération navale entamée en Méditerranée, mais qui peut déboucher sur une impasse si la gestion du dossier des migrants tunisiens sur place en Italie bute sur un conflit diplomatique Tuniso-italien.

Tunis :En Italie c’est l’alerte rouge depuis le mois de juillet dernier où le nombre des migrants irréguliers a dépassé les 15000 dont plus de sept mille tunisiens sur l’île de Lampedusa, ce qui forme plus de 45% du contingent des immigrés irréguliers qui ont débarqué durant les derniers mois en Italie. Chose qui a provoqué un tollé dans ce pays qui craint une vague massive comme celle survenue en 2011. 
Face à cet afflux massif, les autorités italiennes ont tiré la sonnette d’alarme. Contrairement aux migrants irréguliers subsahariens qui fuient l’enfer des bombardements et des sévices subies dans les centres de rétention libyens, pour eux les Tunisiens sont clairement des migrants économiques qui fuient la misère dans un pays qui passe par des troubles sociaux et connait une instabilité politique. 
C’est ce qui a poussé les autorités italiennes à dépêcher en urgence à Tunis, la ministre italienne de l’Intérieur en vue d’exhorter les autorités tunisiennes à renforcer la vigilance sur ces départs massifs d’une part, et de réactiver la convention signée avec feu Béji Caïed Essibssi en 2011, alors qu’il était Chef de gouvernement et ce pour le refoulement collectif des migrants tunisiens irréguliers.

Une délégation de haut niveau

Le lundi 17 août, une délégation de haut niveau comportant la ministre italienne de l'Intérieur Luciana Lamorgese, le ministre italien des Affaires étrangères Luigi Di Maio, Ylva Johansson, Commissaire européen à la Migration, aux Affaires intérieures et à la Citoyenneté et Olivér VárhelyiCommissaire européen pour le voisinage et l’élargissement, ont été reçus à Carthage. C’est la première fois qu’une délégation réunissant toutes ces personnalités rencontre Kaïs Saïed. L’objectif de cette visite est clair : comment gérer l’épineuse question de la migration irrégulière à l’avenir. Mais la présence des deux commissaires européens n’est pas gratuite. Ce sont les Italiens qui ont tenu à associer les représentants européens à l’ordre du jour de cette visite. 

Car la migration irrégulière est une question qui concerne l’Europe pas uniquement l’Italie. D’ailleurs la vision italienne est claire comme l’eau de roche. On ne peut stopper toutes les barques sans éradiquer les problèmes qui poussent les gens à partir.  Dans une déclaration à Majalla, Luciana Lamorgese, ministre italienne de l’intérieur a souligné que « La situation économique et sociale en Tunisie est très inquiétante et l’Europe doit soutenir cette jeune démocratie pendant cette épreuve ».

Dans le même sillage, son Excellence Lorenzo Fanara, Ambassadeur d’Italie à Tunis a affirmé à Majalla que  « le format de la visite a été innovant : la présence conjointe à Tunis de deux Ministres italiens et de deux Commissaires européens signifie que la question migratoire ne peut pas se limiter aux relations tuniso-italiennes, mais qu’elle concerne toute l’Europe ».
Il a ajouté que « Ni l’Italie ni l’Europe ne demandent à la Tunisie d’être un gendarme pour l’Europe. Mais le sujet est complexe et ce que nous demandons c’est d’éviter que les excellentes relations existantes entre les deux rives de la Méditerranée soient otage de quelques dizaines de trafiquants d’êtres humains qui exploitent cyniquement la détresse et le désarroi de certaines personnes pour s’enrichir et favoriser l’illégalité ».
« Nous voulons préserver et promouvoir les canaux légaux de l’émigration et combattre et éradiquer les voies illégales qui ne sont en aucun cas innocentes. En même temps nous tenons à cœur la stabilité et la prospérité de la Tunisie et nous sommes convaincus qu’ensemble nous pouvons donner de nouveaux horizons et espoirs aux jeunes Tunisiens », a-t-il conclu. 
 
Le président Kaïs Saïed recevant une délégation comportant les ministres italiens et les commissaires européens.
 

Une série de mesures

La rencontre avec Saïed a accouché sur une série de mesures bénéfiques à toutes les parties. Les relations bilatérales sont au beau fixe et les Italiens veulent donner un coup de pouce à la Tunisie.  Ils n’ont pas oublié non plus le geste du chef de l’Etat envers leur pays en pleine crise du Coronavirus quand il a ordonné l’envoi d’une équipe médicale et des équipements médicaux à l’Italie, alors que d’autres pays européens se sont repliés sur eux-mêmes. 

En effet les signaux favorables aux requêtes des Italiens envoyés par Carthage sont multiples et concrets. C’est que depuis le 10 août dernier, les premiers vols charters pour le retour des migrants tunisiens débarqués de façon irrégulière en Italie à raison d’au moins deux vols par semaine avec un maximum de 40 Tunisiens à bord, ont débuté. Le gouvernement tunisien a, en effet, demandé qu’il n'y ait pas plus de 20 citoyens par vol sur ces avions. Pour traduire ses promesses en actes concrets de lutte contre l’émigration irrégulière, le chef de l’Etat tunisien Kaïs Saïed s’est rendu aux principales villes côtières de départ des barques de la mort. Cette visite a été le top départ aux unités sécuritaires pour opérer des coups de filet qui ont abouti à l’arrestation de plusieurs passeurs. En effet, la chasse aux passeurs est lancée d’un pied ferme dont l’objectif est d’adresser un message clair aux partenaires européens sur la détermination de Tunis de combattre ce fléau qui les inquiète.

Depuis, les unités de la Garde nationale ont eu les coudées franches et ont pu interpeller 23 individus à Mahdia, 11 autres à Sfax en un court laps de temps. 

Ainsi, plusieurs passeurs ont été interpellés et plusieurs tentatives d’émigration irrégulière ont été déjouées. 


 

Le Chef de l’Etat tunisien s’est rendu à Sfax et à Mahdia pour exhorter les unités sécuritaires à lutter contre la migration irrégulière.
 

Arrestation des trafiquants
Exhortés par le Chef de l’Etat, Kaïs Saîed, à accorder un intérêt primordial à démolir ce business de la mort, où les passeurs amassent des fortunes sur la vie des migrants, les unités sécuritaires sont parties au pas de charge pour démanteler les réseaux de la migration irrégulière. Ils ont pour objectif premier d’appréhender les passeurs et les recruteurs au voyage qui profite de la détresse sociale des candidats à l’émigration et payeraient des sommes exorbitantes malgré leur misère. Cette opération cible non seulement le “business model” de ceux qui tirent parti de la misère des migrants, mais aussi à sauver des vies, à démanteler les réseaux de trafiquants d’êtres humains, et à s’en prendre aux causes profondes de la migration. En plus de cette mission à sol, musclée et offensive pour une neutralisation préventive des opérations de migration et l’arrestation des trafiquants, des moyens aériens d’observation (avions de surveillance maritime, drones, hélicoptères) et d’imagerie (radars, satellites, ont été mobilisés, ainsi que de la mobilisation d’unités d’intervention sur les côtes qui impliquerait la recherche — et si nécessaire, la saisie en mer — des navires suspects.
Mais il s’agit aussi d’organiser le sauvetage en mer, car la cible des forces de sécurité n’est pas les migrants mais les trafiquants. A cet effet, une coordination avec les pays riverains et européens ainsi qu’une coopération avec les partenaires (ONU, UNHCR, Frontex …) est déclenchée en vue de recueillir et d’échanger les d’informations sur les trafics humains.
La Tunisie est ainsi déterminée à gérer de façon robuste le long de ses côtes, une opération qui présente des similitudes avec l’opération navale entamée en Méditerranée, mais qui peut déboucher sur une impasse si la gestion du dossier des migrants tunisiens sur place en Italie bute sur un conflit diplomatique Tuniso-italien.
Ce résultat édifiant serait le résultat de la mise en œuvre d’une stratégie élaborée par la direction des renseignements de La Garde, en coordination avec les unités régionales. Il est à noter que la Garde nationale poursuivra ses campagnes pour mettre un terme à ce phénomène et ce, dans toutes les régions côtières.