LA FRANCE DRESSE UNE FEUILLE DE ROUTE POUR SAUVER LE LIBAN

Emmanuel Macron : On sera là et on ne vous lâchera pas

« Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples ». Cette formule très célèbre du général de Gaulle a été sans doute adoptée par le président Emanuel Macron, à supposer qu’il soit possible d’avoir des idées simples face à une situation régionale d’une extrême complexité, à des guerres et des conflits inexpiables dont la solution reste encore introuvable.
Cinquante ans après l’inauguration par le général de Gaulle d’« une politique arabe de la France », le Moyen-Orient et le Maghreb ont connu des mutations majeures et divers défis. Le président Macron les a pris en compte ; il est même en train de redéfinir une nouvelle politique arabe. Son objectif est de récupérer le Liban d’avant 1975 qui était la suisse d’orient plutôt que d’Afghanistan de l’orient.
Il est clair qu’aucune autre puissance – ni l’Amérique, ni la Russie, ni la Grande-Bretagne – ne jouit d’autant de crédibilité pour réussir une grande diplomatie moyen-orientale. La France reste donc, médiatrice sincère et idéale de toute négociation destinée à résoudre les conflits de cette région tumultueuse. Certes, le président Français ne possède pas une baguette magique, mais il a réussi à développer une stratégie diplomatique qui réconcilierait chiites et sunnites, tout en organisant une négociation où se retrouveraient les Américains et les Russes, aux côtés des Turcs, des Iraniens, arabes face aux Israéliens.

La France en marche

Pourtant, depuis 15 ans, l’influence française dans le monde a diminué. Il fallait être lucide. Même si les Français gardent un capital de sympathie et de reconnaissance dans de nombreux pays, et malgré des succès remarquables comme la COP21, ce constat est tangible partout. La France a perdu du terrain à Bruxelles, au sein des institutions européennes. Sa présence a globalement reculé au Moyen-Orient, au Maghreb et en Afrique, son continent frère. Aux Nations Unies, sa parole porte moins. Trop de déclarations semblent incantatoires. Sa place dans la résolution des crises est moins centrale. Elle est encore trop peu présente en Asie, en Russie, en Amérique latine, bien que le gouvernement actuel ait fait des efforts importants dans cette dernière région. Mais le président Macron semble déterminé à faire une consolidation d’autant plus nécessaire où l’influence française après le départ du grand Jacques Chirac est en recul, concurrencée par d’autres puissances, qu’elles soient européennes, américaines, Russes ou notamment régionales. La politique extérieure de la France dans cette vaste région arabe, à la faveur notamment de l’enjeu sécuritaire et économique, s'efforce, depuis longtemps, de maintenir ou d'adapter son rôle au Moyen-Orient. Aujourd'hui ses grands partenaires sont l’Égypte, Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Qatar avec lesquels la France a des convergences politiques et une vision stratégique en commune. Mais lorsqu’on évoque le proche orient, la France pense toujours à son « bien aimé » le Liban, souvent considéré comme le fils de l’église française, ce pays auquel elle tient tant, est dans la tourmente et rencontre plusieurs obstacles. D’ailleurs on a du mal à savoir si la France défendait ses intérêts, ses valeurs ou son passé glorieux ? Quoi qu’il en soit, l’opération Macron est un tremplin vers une plus une grande visibilité sur la scène internationale. 




Pourquoi la France est en première ligne pour aider le Liban ?

Paris est particulièrement attentive au renforcement des institutions de l’État libanais afin d’assoir l’autorité de celui-ci sur l’ensemble du territoire libanais. C’est pourquoi, les événements libanais remontent immédiatement au plus haut niveau des médias et de la classe politique en France. «On peut réveiller un président de la République en pleine nuit pour le Liban», nous confiait un diplomate français dans une discussion antérieure à l'explosion de Beyrouth. Il y a des raisons géopolitiques à cela.
La relation Franco-libanaise se repose sur des années d’Histoire. Sous l’empire ottoman, la France avait déjà des relations privilégiées avec la communauté maronite, les chrétiens-catholiques, ses missionnaires et jésuites. En 1920, le traité de Sèvres qui consacre le rétrécissement de l’empire ottoman, confie le Liban à la France. L'État du Liban existe dans ses frontières actuelles grâce à la France depuis Le 1er septembre 1920, date de la création du Grand-Liban, par le gouverneur français le général Henri Gouraud, à la demande des Maronites, proclame à Beyrouth l'État du Grand Liban et fixe ses frontières. Celles-ci incluent non seulement des populations maronites, mais des musulmans sunnites et chiites, des Alaouites et des Druzes. Les clivages rendaient improbable la naissance d'un sous mandat français, issu du démembrement de l'Empire ottoman à la fin de la Première Guerre mondiale. Entité politique libanaise unifiée à la sauce française, d'autant que chaque communauté gardait en mémoire sa version bien particulière de l'histoire, rarement en accord avec celle des autres. En 1943, la France s’était vue confier par la Société des Nations l’administration du territoire par le truchement d’un mandat qui prend fin au moment de l’indépendance du Liban.
La France aussi est l’un des principaux partenaires politiques du Liban, comme en témoigne la densité des relations bilatérales et politiques entre les deux pays, son soutien reste constant aux résolutions de défense de la souveraineté du Liban à l’ONU. Paris soutient la stabilité, l’unité, l’indépendance et la souveraineté du Liban. D’ailleurs, c’est elle qui est toujours responsable des brouillons de résolutions onusiennes au Conseil de sécurité pour le Liban. C’est-à-dire que quand le Conseil de sécurité veut voter une résolution concernant le Liban, c’est la France qui rédige le brouillon, souvent, elle propose ses résolutions. En 1978, après l’invasion israélienne du Sud-Liban, la France a participé à la FINUL en charge d’observer le cessez-le-feu et est en charge aujourd’hui de l’état-major de la mission et des forces de réserve. En 1996, l’opération « Raisins de la colère » lancée par Israël ne s’est arrêtée que grâce aux efforts déployés par la France. Pour l’Hexagone, le Liban constitue aussi un point d’entrée majeur sur la partie moyen-orientale du monde. Chez ses prédécesseurs, c’est surtout Jacques Chirac qui avait d’excellentes relations avec le Liban de Rafic Hariri (le père de Saad). L’ancien président avait d’une manière générale une politique Gaullienne tournée vers le monde arabe, beaucoup plus que Nicolas Sarkozy qui préférait le Qatar ou François Hollande qui préférait l’Arabie Saoudite qui se sont éloignés du reste du proche orient notamment du Liban et des Palestiniens. La France donc est de retour.

Macron : ô Liban je t’aime !

Quittant ses vacances dans le Var, sa résidence présidentielle d'été sur la mer au fort de Brégançon, signe de la relation forte qui unit les deux pays depuis des décennies. Le 6 août, Emmanuel Macron est arrivé au Liban après les explosions meurtrières qui ont frappé Beyrouth, le président de la République a décidé de se rendre sur place pour rencontrer son homologue libanais Michel Aoun et le Premier ministre Hassan Diab, les dirigeants du pays mais surtout, il voulait rencontrer le peuple en colère depuis octobre dernier. Si le moral des Libanais est resté résilient au fil des guerres successives dont leur pays a été le théâtre, ces derniers mois ont fini par en avoir raison. En effet, leur Etat est en faillite, leur épargne s’est évaporée, la pauvreté touche désormais 65 % de la population à cause de la corruption, le pouvoir refuse d’adopter des réformes en contrepartie de fonds injectés par le Fonds monétaire international (FMI)… La double explosion apocalyptique du 4 août est venue couronner cette cascade de malheurs.
Arrivé dans la capitale libanaise en visite de deux jours, pour témoigner de sa solidarité avec la capitale endeuillée, mais aussi participer à l’organisation, il a réfuté toute ingérence, estimant que l'action française dans le pays relevait d'amitié, aide, exigence mais pas d'une ingérence. « Parce que c’est la France, parce que c’est le Liban », précise Macron lors de sa première visite Macron était le premier, plutôt l’unique chef d’Etat étranger à se rendre sur place, endossant le costume du coordinateur de l’aide internationale, soulignant l’incurie des responsables politiques et appelant à des réformes profondes, dans ce pays déjà secoué par une crise économique et sociale profonde qui avait conduit à un grand mouvement de contestation en octobre 2019.
« Aujourd'hui, la priorité c'est l'aide, le soutien à la population sans condition. Mais il y a l'exigence que la France porte depuis des années, de réformes indispensables dans certains secteurs », a estimé à Beyrouth. « Si ces réformes ne sont pas faites, le Liban continuera de s'enfoncer », a-t-il souligné. La visite d'Emmanuel Macron était l'occasion « de comprendre exactement les besoins » d'un pays meurtri, déjà en proie aux pires difficultés avant le drame, mais aussi, souligne l'Elysée, « une manifestation du lien particulier qui unit depuis toujours la France au Liban ».
 
« Je t'aime Liban », a-t-il dit en arabe lors de sa conférence de presse et tweeté a même publié sur Twitter et rédigé exclusivement en langue arabe.Emmanuel Macron avait exhorté les autorités libanaises à engager des réformes structurelles pour pouvoir bénéficier de financements internationaux cruciaux pour une relance de l'économie, en plein effondrement depuis plusieurs mois. 
Quatre avions militaires d'assistance alimentaires et médicaments plus les dons d’entreprises et associations ont décollé de France pour rejoindre le Liban. Pour éviter le chaos généralisé dans un pays en faillite.
Le porte-hélicoptère amphibie Tonnerre appareillera de Toulon, et des cargos affrétés par le ministère des Armées depuis Toulon. Ces moyens permettront la mise en œuvre de capacités en matière de santé, notamment à travers l’hôpital à bord du Tonnerre, des équipes et matériels du génie, des moyens aériens, ainsi que le transport de 400 tonnes de farines, de produits laitiers et infantiles, de 334 tonnes de rations alimentaires, de 100 000 litres d’eau potable et de matériaux de reconstruction.
La Fédération nationale des sapeurs-pompiers et les marins-pompiers de Marseille sont déjà sur place avec des dons d’équipements, notamment de véhicules. Cette mobilisation exceptionnelle de tous les acteurs français apporte une assistance d’urgence aux Libanais dans des secteurs prioritaires, en particulier le domaine médical, l’éducation, la réhabilitation des logements et des infrastructures et l’aide alimentaire. Des équipes françaises apportent un soutien aux équipes d’intervention sur le terrain. Le détachement de la sécurité civile participe aux opérations de recherche et de déblaiement. Les personnels de police et de gendarmerie concourent à l’identification des victimes et à la recherche des causes de l’explosion. Des experts participent à l’analyse et à l’évaluation des risques chimiques.


 
«Le temps de la reconstruction» puis des «explications»

Au Liban, « l’urgence humanitaire ne doit pas occulter l’urgence politique », a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, à Marseille, en saluant le départ d’un navire chargé de 2 500 tonnes d’aide vers Beyrouth qui s’ajoutent aux mille tonnes qui ont déjà été déployées antérieurement par un vrai pont aérien, ou pont maritime, puisque c’est le troisième bateau qui part en 10 jours. Il y a eu auparavant deux bateaux militaires, et puis huit vols de transport de fret qui montrent l’attachement de la France au Liban, et la volonté de contribuer à régler progressivement, le mieux possible, la détresse dans laquelle se trouve aujourd’hui le peuple libanais. Et nous sommes soucieux du fait que ces biens arrivent vraiment à leurs destinataires, c’est-à-dire les Libanaises et les Libanais qui sont aujourd’hui dans la souffrance...Pour l'heure, juge le chef de la diplomatie française, l'heure est d'abord à « panser les plaies ». Une réunion s'est tenue à Matignon, sous la houlette du Premier ministre, Jean-Castex, avec les ministres concernés afin de « coordonner » l'envoi des secours et de matériels à Beyrouth.
Lors de sa première visite, le président français avait condamné, en répondant à des Libanais lors d’une déambulation dans les rues, la corruption des dirigeants du pays du Cèdre qu’il les a tous choqué. « Je comprends votre colère. Je ne suis pas là pour cautionner le régime. Je suis là pour vous aider en tant que peuple. Je vous garantis que cette aide n’ira pas dans les mains de la corruption », a-t-il indiqué.
Depuis, face à la colère de la rue, qui prend la classe politique pour responsable de l'explosion, et l’effondrement de l’économie du pays provoquant le 10 août, la démission du gouvernement d’Hassan Diab.

Un ballon d’oxygène pour le Liban

Emmanuel Macron avait promis d’aider le Liban. Il a mobilisé la    communauté internationale pour sauver le pays du chaos. Dès son retour à paris, il a co-organisé avec l'ONU une conférence internationale en visioconférence, le 9 août, a rassemblé à côté de la France, les Etats-Unis , l’Union européenne, l’Allemagne, l’Egypte, l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unisla Jordanie, le Koweït, le Liban, le Qatar, l’Irak l’Australie, la Belgique, le Brésil, le Canada, la Chine, Chypre, le Danemark, l’Espagne, d’Amérique, la Finlande, la Grèce, l’Italie, le Japon, les Nations Unies, la Norvège, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Suède, la Suisse ainsi que la Banque européenne d’investissement (BEI), la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), la Banque mondiale, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), le Fonds monétaire international (FMI) et la Ligue arabe.
Lors de la visioconférence, qu'il tenait depuis sa résidence  de Brégançon à Bormes-les-Mimosas dans le Var, Emmanuel Macron a pris la parole face à une quinzaine de dirigeants, dont le président américain Donald Trump. Évoquant une nécessité d'intervenir «vite et avec efficacité», le chef d'Etat a aussi appelé les autorités libanaises à «agir pour que le pays ne sombre pas et pour répondre aux aspirations que le peuple libanais exprime en ce moment-même légitimement dans les rues de Beyrouth».
Les participants se sont engagés sur une aide de 252.7 millions d'euros, dont 30 millions de la part de la France. La Commission européenne a promis un total de 63 millions d'euros. L'émir du Qatar cheikh Tamim ben Hamad al-Thani a quant à lui affirmé qu’il participe avec 50 millions de dollars pour le pays.  Le Koweït 40 million.



Le temps du réveil et de l'action est venu

«Nous devons tous ensemble tout faire pour que ni la violence ni le chaos ne puissent l'emporter. (...) En ce moment même, (...) c'est bien l'avenir du Liban qui se joue», a-t-il poursuivi, estimant qu'une «enquête impartiale, crédible, indépendante sur les causes de la catastrophe du 4 août» était nécessaire. Les explosions ont quant à elles, selon lui, «sonné comme un coup de tonnerre. Le temps du réveil et de l'action est venu. Les autorités libanaises doivent maintenant mettre en place des réformes politiques et économiques demandées par le peuple libanais et qui seules permettront à la communauté internationale d'agir efficacement aux côtés du Liban pour la reconstruction», a-t-il insisté.
Le président Français a enfin insisté sur la nécessité d'«unité» au sein de la communauté internationale malgré des «conditions géopolitiques» autour du Liban. La Turquie «n'a pu se joindre à la visioconférence», comme il l'a révélé, mais il s'attend toutefois à ce qu'elle apporte son soutien, tout comme la Russie et Israël, qui a déjà «manifesté son souhait d'apporter une aide».
C’est rare, mais le Président de la République s’est même entretenu par téléphone, le 12 août 2020, avec le Président de la République islamique d’Iran, Hassan ROHANI pour évoquer la situation au Liban et a souligné l’urgence d’agir dans le cadre mis en place par les Nations Unies lors de la Conférence internationale de soutien et d’appui à Beyrouth et au peuple libanais. Il a également rappelé la nécessité, pour toutes les puissances concernées, d’éviter toute escalade des tensions au Liban, ainsi que toute interférence extérieure et de soutenir la mise en place d’un gouvernement de mission en charge de gérer l’urgence, de mettre en œuvre les réformes politiques et économiques nécessaires, et de répondre aux aspirations du peuple libanais.
Macron s’est aussi entretenu, avec le Président de la Fédération de Russie, Vladimir POUTINE pour solliciter la participation de la Russie au mécanisme mis en place lors de la Conférence internationale de soutien à Beyrouth et au peuple libanais, a par ailleurs souligné l’importance pour les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies de travailler ensemble à l’apaisement dans l’intérêt de la stabilité du Liban et de toute la région.
 
Il faut éviter la guerre civile

« Si nous lâchons le Liban dans la région, si en quelque sorte nous le laissons aux mains des turpitudes des puissances régionales, ce sera la guerre civile » et « la défaite de ce qui est l'identité même du Liban , en crise et victime d'une explosion dévastatrice début août au port de Beyrouth» nous a prévenu le président de la République lors de la rencontre avec l’association de la presse présidentielle, avant de se retourner le 1erseptembre à Beyrouth pour tenter de débloquer l'impasse politique qui empêche la formation d'un gouvernement capable de relever le pays et pour évoluer le travail et suivre le plan des reformes qu’il a demandé pour le pays. La France donc est au rendez-vous de la solidarité et de l'amitié qu'elle entretient avec le peuple libanais depuis des décennies. Comme le dit Jean Yves Le Drian : « C'est dans les épreuves que les amis sont là et nous sommes là. »
Emmanuel Macron de retour au Liban pour accentuer la pression sur ses dirigeants
Le président français se rend au Liban pour une visite de 24 heures durant laquelle il pressera les dirigeants libanais de mettre sur pied un gouvernement d’union pour réaliser des réformes structurelles jugées nécessaires par Paris. « Il fera tout ce qu'il faut et mettra la pression pour que le programme de réformes au Liban soit mis en œuvre », a déclaré, vendredi 28 août, une source élyséenne.
Le président Macron  a donné rendez-vous aux dirigeants libanais le 1er septembre pour commémorer le premier centenaire de la proclamation du Grand Liban par le général Gouraud, va pouvoir constater la faillite d’une gouvernance paralysée et l’absence d’avancées malgré la catastrophe du 4 août. Va-t-il alors plaider pour une sortie par le haut qui donnera une chance aux dix-huit communautés du Liban pour cohabiter en harmonie, ou bien privilégier l’option de négocier avec le Hezbollah (et l’Iran) un semblant de stabilité en contrepartie de la reconnaissance des « acquis » du parti de Dieu et de son parrain iranien ? Cette dernière enterrera le pluralisme à vocation démocratique du Liban et sacrifiera l’avenir d’un pays ami.
Macron fait pression auprès de la classe politique libanaise pour sauver leur pays et mettre en œuvre des réformes rapidement. Il s’était alors entretenu avec le président Michel Aoun, lui intimant implicitement de mettre en œuvre des changements à la tête du régime. Aujourd’hui, selon la Majalla, le président français aurait émis le souhait que des technocrates s’installent à la tête du pays pour « mener des réformes, gérer l’Etat d’urgence, apporter une réponse aux aspirations des Beyrouthins» et « restaurer un lien de confiance » avec le peuple, a fait savoir une source de la diplomatie française… Macron aurait lancé ce message aux dirigeants libanais lors de sa visite sur le port de Beyrouth.
Pour cela, le président souhaiterait un «gouvernement de technocrates », note la même source. Mais le président français sait qu’il ne doit pas trop en faire non plus pour éviter d’être accusé d’ingérence dans les affaires intérieures du pays. Néanmoins, un équilibre doit être trouvé à la tête de l’Etat tout en prenant en compte la difficile « équation de l’équilibre confessionnel entre chiites et sunnites ». Aujourd’hui, l’ex gouvernement était également composé de technocrates mais tous ont été formés ou nommés par des chefs de file communautaires qui « continuent d’exercer leur influence ». Si Beyrouth et le Liban veulent se reconstruire, il faudra beaucoup d’argent, ce que le pays ne peut assumer seul. Il faut que l’argent parte aux Libanais et aux institutions du pays et non dans les poches de ses dirigeants.

L’opposition : Non à Hariri

Des sources politiques contactées par La majallaajoutent que le nom de Saad Hariri ne faisait pas l’unanimité des protagonistes politiques. Appuyé par le tandem chiite, il fait face au veto du CPL, mais aussi à celui de l’opposition chrétienne représentée par les Forces libanaises après la démission des députés Kataëb, comme le confie une source informée. Cette source croit savoir que, pour l’opposition, une reconduction de Hariri au Sérail aurait signifié l’assurance d’une couverture politique au Hezbollah. 
Pour stopper cette descente aux enfers, il faudrait adopter une approche audacieuse et non-conventionnelle. Celle-ci consiste à considérer que le patient libanais est hors d’état de se soigner et de se réformer, que son système politique est pervers et que l’armée du Hezbollah ne peut être démantelée dans les circonstances actuelles.

Paris dirige Beyrouth

Un document consulté par la Majalla listant des mesures à prendre pour l'avenir du Liban a été remis par l'ambassadeur de France aux dirigeants du pays, à une semaine de la visite du président Emmanuel Macron à Beyrouth. Ce texte de deux pages évoque notamment un audit de la banque centrale, la nomination d'un gouvernement provisoire en mesure de mettre en œuvre en urgence des réformes et des élections législatives anticipées dans un délai d'un an.
L’ambassadeur français au Liban a donc fait parvenir ce document au président libanais Michel Aoun et au président de la Chambre des députés Nabih Berri  reprend l'essentiel des propositions qui étaient déjà faites dans le cadre du Cèdre et du Groupe international de soutien au Liban du 11 décembre 2019 », a commenté une source à la présidence de la République française. « Ce document renouvelle la disponibilité de la France à soutenir le Liban dans ce cadre. Ce n'est nullement une feuille de route, c'est informel. »
Le Drian a en outre fait savoir que Paris prendrait « des initiatives dans les jours qui viennent » afin de mobiliser l'aide internationale nécessaire, notamment au niveau européen. « Ensuite, viendra le temps de la reconstruction et le temps sans doute des explications», estime le chef de la diplomatie.
Déjà au début juillet, Le Drian ne mâchait pas ses mots, exhortant, depuis l'hémicycle du Sénat, les autorités libanaises en ces termes : « Aujourd'hui, il y a un risque d'effondrement. Il faut que les autorités libanaises se ressaisissent et je me permets de dire ici à nos amis libanais : Vraiment, nous sommes prêts à vous aider, mais aidez-nous à vous aider, bon sang ! » « Nous souhaitons aux autorités libanaises de faire le sursaut nécessaire pour qu’un gouvernement de mission engage les réformes indispensables », affirme le ministre français. 
La France est toujours là quand le Liban est en difficulté. La France n’a jamais manqué au Liban.

Il s’est comportait comme s’il était le président du Liban

« Notre rôle à tous est d'être là à leurs côtés, aux côtés de Beyrouth et du peuple libanais ».  Le message d’Emmanuel Macron a été extrêmement relayé au Liban et bien vu. D’autant que quand il a rencontré le peuple en colère, il s’est comporté comme s’il était le président du Liban. «  Ce qui n’est pas une mauvaise chose parce que personne sur place n’est en mesure de jouer ce rôle », avoue une source diplomatique libanaise. Il a osé faire ce que personne de la classe politique libanais n’a fait, il a descendu dans la rue révoltée, pour écouter les gens, soulager la jeunesse qui l’a rencontré en larmes ; il a pris des risques sécuritaires et sanitaires, oubliant même la distanciation physique imposée par la Covid-19, il avait alors appelé à la « refondation d’un ordre politique nouveau » dans le pays…C’était important pour les Libanais pendant l’absence de l’état de voir quelqu’un à leur chevet, si ce n’est pas la France. Sinon la situation s’exploserait de plus en plus fort et ne serait jamais sous contrôle. Il ne faut pas non plus oublier que même avant son élection, en pleine campagne, Macron s’est rendu en visite au Liban. C’était aussi une façon de s’adresser au nombre important de Français qui habitent au Liban. Mais son remarquable geste politique et humanitaire lui a fait marquer des points pour sa réélection en France, sans oublier qu’il aussi a conquis les cœurs des Libanais.
 
La deuxième visite du président français à Beyrouth a été précédée de plusieurs messages envoyés par Paris. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a ainsi mis en garde les dirigeants libanais,  lorsqu’il a déclaré jeudi 27 août : « Le risque aujourd'hui, c'est la disparition du Liban. Donc, il faut que ces mesures soient prises », a-t-il martelé. « Ce pays est au bord du gouffre. Il y a la moitié de la population qui vit au-dessous du seuil de pauvreté, il y a une jeunesse désemparée, il y a une situation du chômage qui est épouvantable, une inflation qui est ahurissante », a-t-il déploré.
 
Donc protéger le Liban du chaos est un réflexe chez Paris : les événements dans la région remontent plus haut et plus vite au sommet de l'État que beaucoup d'événements internationaux, mais il faut savoir que la France ne souhaite ni une mainmise étrangère sur le pays ni un étouffement progressif interne qui ne respecte pas la pluralité dans un pays affaibli par une crise économique et sociale.



L’absence d’aides au Liban mènerait à une « guerre civile »

« Si nous lâchons le Liban dans la région, si en quelque sorte nous le laissons aux mains des turpitudes des puissances régionales, ce sera la guerre civile » et « la défaite de ce qui est l’identité même du Liban », nous a déclaré le chef de l’Etat lors de la rencontre avec l’Association de la presse présidentielle à Paris.
Le président français a évoqué les « contraintes d’un système confessionnel » qui, « ajoutées – pour parler pudiquement – aux intérêts liés », ont conduit « à une situation où il n’y a quasiment plus de renouvellement [politique] et où il y a quasiment une impossibilité de mener des réformes ».
« En tant que président de la République française, je ne serai pas au rendez-vous de notre histoire, de celle d'un peuple ami (...) si nous n'étions pas là aujourd'hui pour répondre à l'urgence humanitaire et aider à la construction d'une solution politique ».
« Aujourd'hui, la priorité c'est l'aide, le soutien à la population sans condition. Mais il y a l'exigence que la France porte depuis des mois, des années, de réformes indispensables dans certains secteurs », avait déclaré le chef de l'État. « Si ces réformes ne sont pas faites, le Liban continuera de s'enfoncer », a-t-il averti.
Les équipes de Macron, dans lesquelles on compte plusieurs connaisseurs de la zone, dont l’éminent conseiller diplomatique du président Emanuel Bonne ex ambassadeur en Syrie et au Liban, Jean Yves le Drian éminent ministre des affaires étrangères et grand connaisseur de la région, tablent d'abord sur le dialogue avec tous les acteurs, en l'élargissant même à de nouveaux, quels que soient les points de désaccord ; ensuite sur le multilatéralisme ; enfin sur la réaffirmation des principes, consiste à édicter la position et les lignes rouges de la France, mais sans en faire un casus belli.
Mais avant tout, la France a peur de la disparition de l’Etat libanais, considère le chef de la diplomatie française, c’est une priorité.