Affaire Drareni : Quand il faut dire NON au mal, lorsque tous vous poussent à dire OUI !

Khaled Drareni, journaliste et ancien présentateur algérien.

* En détention depuis cinq mois, le journalise algérien et figure de proue de la liberté de la presse, Khaled Drareni, a été condamné à trois ans de prison ferme et pour cause : avoir exercé son métier de journaliste.
* Défenseur acharné de la liberté de la presse, Drareni a toujours fait preuve de professionnalisme et de patriotisme. Cependant, l’acharnement dont il est victime est flagrant.

Le procès de Drareni ou le cheval de Troie qui cache les failles du système judiciaire
Le 10 août 2020, le tribunal de Sidi M'hamed d'Alger a condamné le journaliste algérien Khaled Drareni, directeur du site d'information Casbah Tribune et correspondant de la chaîne française TV5 Monde et de l'ONG Reporters sans frontières (RSF), à trois ans de prison ferme et une amende de 50 000 dinars algériens (390 dollars), pour ‘’incitation à un rassemblement non armé et atteinte à l'unité nationale’’, après avoir couvert une manifestation du ‘’Hirak’’, le mouvement de protestation qui a secoué l'Algérie pendant plus d'un an jusqu'à son interruption, il y a quelques mois, en raison de la nouvelle pandémie.
Drareni, qui a été maintenu en détention provisoire à la prison de Koléa (à Tipaza, en Algérie), a rejeté toutes les accusations portées à son encontre lorsqu'il a comparu devant le tribunal via vidéoconférence. ‘’Quand je fais mon travail, je préserve l’unité nationale et je ne la menace pas’’, a-t-il martelé.
Face aux accusations, Khaled Drareni est resté calme et assuré. Il a expliqué à la juge qu’il n’a fait que son ‘’travail en tant que journaliste libre et indépendant’’.

 

Khaled Drareni, journaliste algérien, en détention depuis cinq mois. (AFP 2020 RYAD KRAMDI)
 


 
Mobilisation internationale pour libérer Khaled Drareni
Un soutien massif et inconditionnel ! Des ONG et des groupes de défense des droits ont fermement condamné la grande injustice que subit Khaled et demandent sa libération immédiate. Amnesty International fait partie d'un certain nombre d'organisations qui demandent la libération immédiate du journaliste, ainsi que la fin du ‘’harcèlement ciblé des médias indépendants’’.
‘’Les autorités doivent libérer Khaled immédiatement et sans condition et mettre fin aux poursuites scandaleuses contre lui’’, réclame l’Organisation.
‘’Il est puni simplement pour avoir osé faire son travail de journaliste de manière indépendante et courageuse. Le journalisme ne devrait jamais être un crime punissable’’, a déclaré Heba Morayef, directrice régionale d’Amnesty International.
Les avocats de Khaled, les journalistes et les citoyens du monde ont lancé un appel à la mobilisation internationale pour libérer le journaliste devenu une icône de la lutte pour la liberté de la presse en Algérie.
Intellectuels, artistes, journalistes et politiciens, à travers le monde entier, appellent à mettre fin à cette injustice arbitraire.
La Tunisie n’a pas fait exception. Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) ainsi que maintes organisations de défense des droits de l’homme, ont condamné la lourde peine infligée à Khaled Drareni, alors que ses deux coaccusés, les militants Samir Belarbi et Slimane Hamitouche ont écopé de ‘’deux ans de prison dont 4 mois fermes’’, quoiqu’ils soient, eux aussi, poursuivis pour ‘’incitation à attroupement non armé et atteinte à l’unité nationale’’. 
‘’Le Président algérien Abdelmajid Tebboune qui a déjà condamné le journaliste Khaled Drareni dans un entretien télévisé diffusé le 2 mai 2020, s’est placé du côté de l’accusation et a jugé d’avance le journaliste, ce qui constitue une ingérence et une instrumentalisation de la justice. Cette condamnation injuste en est le reflet’’, indiquent ces organisations, notant que ‘’ce verdict qui a choqué les journalistes et tous ceux qui œuvrent pour la liberté d’expression et des libertés en général est en contradiction avec les engagement internationaux signés par l’Algérie en matière de protection des droits et des libertés ; il envoie un message négatif et un signe qui ne font pas honneur aux nouvelles autorités algériennes et aux promesses faites pour l’établissement d’un environnement meilleur pour la liberté de presse et d’expression, alors que la quasi majorité des observateurs s’accordent sur le fait que la liberté de presse et d’expression constitue une condition nécessaire au processus démocratique auquel aspire le peuple algérien, clairement exprimé par les Algériens et les Algériennes tout au long du Hirak populaire et pacifique qui a fasciné le monde entier, et que toute atteinte contre la liberté de la presse à travers les restrictions et les poursuites judiciaires ne fait qu’entraver le processus démocratique.’’
Des protestations partout en Algérie et en France ont eu lieu. Un sit-in a été, également, observé devant le consulat d’Algérie de New York en présence de Chakib Drareni, le frère du journaliste, en signe de protestation contre la condamnation injuste.
Par ailleurs, l’expert algérien en droits de l’homme établi au Canada M. Sofiane Chouiter a fait savoir que le ministère canadien des Affaires étrangères envisage de suivre l’affaire du journaliste Khaled Drareni.

 

Sit-in devant le Consulat Général d'Algérie à New York en présence de Chakib Drareni, frère de Khaled Drareni.
 


 
La dérive autoritaire
Une presse libre, diversifiée et engagée est un élément clé de toute démocratie. Le ‘’quatrième pouvoir’’ est, en fait, un rempart de l'État de droit et une source essentielle d'informations nécessaires à la participation concrète des citoyens à une société démocratique.
Cependant, la situation de la liberté de la presse en Algérie est alarmante. Les arrestations de journalistes dans la région se sont multipliées ces derniers mois. Désormais, l'Algérie occupe la 146place dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF) et qui concerne 180 pays.
Khaled Drareni a montré au monde entier qu’un journaliste libre ne s’achète pas !
L’audience d’appel aura lieu, le 08 septembre 2020. Pourvu que les juges lui rendent justice !