Fatima Saïd à la »Majalla«: Mon père est le secret de ma réussite

Il n’y a pas de frontière dans le monde de l’art

*Il fallait apprendre la danse du ballet, pour pouvoir bouger avec souplesse, d'autant plus que le jeu d'opéra a besoin d'une grande vitalité et d'une grande activité sur scène.
 
L’opéra est une magnifique œuvre musicale et théâtrale pour l’orchestre et pour les chanteurs, bâtie sur un livret qui met en scène des personnages et leur histoire, où les rôles sont chantés

 

La jeune soprano égyptienne se produit, Fatima Saïd fascine déjà le monde par sa belle voix d’or, Sa voix est exceptionnelle, « limpide et forte comme du cristal ». Sur scène, ses prestations étonnent, en raison de son jeune âge, passant aisément du rire aux larmes, du bonheur à la tragédie.
Les experts disent qu’elle est une chanteuse hors pair, d'une autre dimension. Elle a tout d'une grande. Beaucoup croient d'ailleurs déceler en elle la nouvelle diva Maria Callas.
Née au Caire voilà maintenant 28 ans, la jeune femme se passionne pour l'art lyrique, à l'adolescence. Une belle carrière se dessine rapidement. Son choix de vie étonne, voici l’interview qu’elle nous a accordé 
 
La Magalla : qui êtes-vous ? Comment avez-vous débuté dans le monde de l’opéra ? quel était votre parcours ?
Fatima Saïd : je suis une fille égyptienne, née au Caire et passionnée de l’art. N'étant pas issue d'une famille de musiciens ou de chanteurs mes proches ne se sont pas opposé à ma destinée. Mon intérêt pour la musique a commencé très tôt dans, depuis l'enfance, j'adorais chanter, écouter de la musique mais je ne me sentais pas différentes des autres filles.
Enfant j’ai étudié à l’école allemande en Egypte, où j’ai connu le monde de l’art, puisqu’à cette école, ils accordaient beaucoup d’importance à la musique, j’étais vraiment chanceuse d’y être, car j’avais un professeur allemand de musique qui a découvert ma voix pendant la chorale et m’a encouragée à étudier car j’avais des capacités pour être une chanteuse d’Opéra.Il me disait que ma voix était désignée mais j'avais besoin de quelques exercices simples qui me qualifieraient pour chanter à l'Opéra Égyptien et dans le monde. Il avait raison même si je n'avais pas plus de 13 ans à l'époque.
Ce professeur m’a même présentée à une chanteuse d’Opéra égyptienne, la Soprano Nivine Allouba, auprès d’elle, j’ai appris mes premières leçons de chant à l'âge de 13 ans puis à l’âge de 17 ans à l'école de l'opéra du Caire. Au bout de trois mois, j’ai chanté au concert de Noël de la Hochschule für Musik de Berlin, j’ai participé aux concours de chants afin de me mesurer au niveau national et européen,  j’ai eu des prix et ceci m’a permis de découvrir ma capacité ; j’ai décidé d’approfondir mes études, j’ai étudié le chant à partir de 2009 à la Hanns-Eisler-Hochschule für Musik de Berlin, je me suis faite connaître lors de mon interprétation des lieder de Schumann à l'âge de seize ans au Festival Schumann de Bonn qui s’est tenu du 29 mai au 9 juin 2013 durant lequel j’ai obtenu en 2013 mon Bachelor of Music. Après une longue période d'études de musique en Allemagne, j'ai senti que j'avais besoin d'une nouvelle école pour approfondir mes connaissances de la musique et du chant car je rêvais de faire des représentations au théâtre "La Scala". J'ai postulé pour y étudier et j'ai été acceptée, Ensuite, j’ai pu obtenir une bourse du Teatro alla Scala de Milan. J’avais suivi les cours d'Opéra de l'école internationale, en étant la première soprano originaire d'Égypte. 
Grâce à Dieu, j'ai été la première femme égyptienne et arabe à monter sur ce théâtre antique.
En  2014, j’interprète Pamina dans une mise en scène de Peter Stein de La Flûte enchantée en 2016 à la Scala. En octobre 2019, je reprends ce rôle lors de l'inauguration du Shangyin Opera House de Shanghai. J’interprète le rôle d'Amour dans Orphée et Eurydice à La Scala.


 
Désormais, je chante sur de nombreuses scènes internationales, comme le Teatro San Carlo (Naples), l'Opéra royal de Mascate, le Gewandhaus (Leipzig), la Kaiser-Wilhelm-Gedächtniskirche (Berlin) ou le Konzerthaus de Berlin. Je  chante dans Falstaff, L'Enfant et les sortilèges, La Cenerentola et Le Barbier de Séville. J’ai participé aussi à de nombreux festivals, comme celui de Bad Kissingen, la Schumannfest de Bonn et au festival lyrique d'Istanbul. En août 2019, j’interprète le Requiem de Mozart au Royal Albert Hall et aux BBC Proms, Shéhérazade de Ravel avec l’Orchestre des Champs-Élysées, le Requiem de Fauré au Concertgebouw d'Amsterdam, ainsi que la 4e Symphonie de Mahler au Théâtre Lyrique de Cagliari. J’étais très fière de représenter l'Égypte à la célébration de la Journée des droits de l'homme organisée par les Nations Unies en 2014 à Genève et de nouveau au temple de Louxor en 2017 en chantant pour le droit des enfants à l'éducation.
 
La Magalla : qui est donc derrière votre réussite ?
- Je tiens à remercier d’abord mon père car s’il avait refusé que je voyage je n’aurais pas pu avoir ce succès, et mon école aussi car  s’il n’y avait pas eu les encouragements des professeurs, je n’aurai peut-être pas pu approfondir mes capacités. J'ai toujours eu des professeurs extraordinaires, j'ai assisté à d'incroyables master classes. J’ai beaucoup appris grâce à des musiciens fantastiques. J’ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes à certains moments de ma vie, qui ont façonné la chanteuse, musicienne et artiste que je suis devenue. Ils m'ont appris non seulement la technique, mais m'ont encouragée à consacrer l'immense quantité de travail nécessaire pour devenir chanteuse d'Opéra.
La Magalla : Quelle a été la réaction de votre famille lorsque vous avez décidé de voyager à l’étranger à l’âge de 13 ans ?
-Ma mère avait des réserves, elle n'était pas contre, elle ne savait pas où j'irais dans le monde de la musique et du chant d'opéra, mais mon père m'a beaucoup soutenue, et même plus que cela, il m'a toujours dit: « Fais ce que tu aimes, parce que tu réussiras. » Même lorsque j'ai décidé de me rendre en Allemagne pour terminer mes études de musique classique, il a tout de suite accepté et n'a pas hésité un instant.
La Magalla : Vous étiez très courageuse de soulever tous ces défis seule 
-Cela n’a pas été facile pour moi, j'ai fait face à de nombreuses difficultés, je suis une fille arabe, j'ai déménagé pour vivre dans un monde ouvert, j'ai laissé ma famille et mes amis au Caire, et je suis allée dans un monde inconnu, dont je ne savais rien, et l'argent de la bourse ne couvrait pas complètement mes frais d'études, mais j'étais déterminée à réussir et à accepter les défis par amour de la musique. L'une des plus grandes difficultés que j'ai rencontrées en étudiant était que j'étudiais non seulement la musique, mais aussi certaines questions médicales parmi lesquelles, la science des cordes vocales et des sorties de lettres, en plus de mes études de langues. Il fallait apprendre la danse du ballet, pour pouvoir bouger avec souplesse, d'autant plus que le jeu d'opéra a besoin d'une grande vitalité et d'une grande activité sur scène.
La Magalla : où vivez-vous ?
-Actuellement, je vis à Berlin, en Allemagne, où j’ai récemment obtenu une maîtrise à l’université, Hans Eisler 
Impossible se rapprocher d’Om Kalthoum
La Magalla : On dit que votre voix est plus forte que la voix d’Om Kalthoum !
- D’abord,  Je ne peux pas comparer ma voix à celle d’Om Kalthoum ou à n'importe quel chanteur parce que nous sommes tous différents, mais Om Kalthoum est une icône très difficile à atteindre. Il n'y a pas mieux qu’elle et personne n’arrive à l’atteindre ni à s’en rapprocher. Ma voix est considérée comme plus forte parce que je chante avec une technique différente, et cela ne signifie pas que les tons de ma voix sont plus hauts, que ma voix est plus forte qu'elle mais la voix d'Om Kalthoum est vraiment très forte, et je ne suis pas la seule à le dire, le monde entier le pense et même aujourd'hui sa voix est étudiée dans des instituts de musique de par le monde.



 
Le ton de ma voix est sombre et clair, qualifié comme Voix d'opéra féminine , la classe la plus élevée de la soprano. Les gens sont parfois confus parce que ma voix est sombre et forte par rapport à la soprano ordinaire de la classe moyenne. Ma voix est plus forte que ce qu’elle devrait à l'âge où je suis
La Magalla : mais on m’a dit que votre voix est la plus forte dans le monde de l’opéra
 - Ma voix est classée comme la classe la plus élevée de la soprano. Voix d'opéra féminines, et j'ai une classe moyenne assez bonne. Les gens sont parfois confus parce que ma voix est sombre et forte par rapport à la soprano ordinaire de la classe moyenne car ma voix est actuellement supérieure à la norme de l'âge où je suis 
J’ai à l’heure actuelle un projet de chanter en 3 ou 4 langues dont l’arabe , je suis en train de travailler sur la voix et la musique classique du chanteur Mohamed Abdel Waheb, j’étudie sa voix et je suis en train de préparer une étude  pour réécrire sa musique à l’université d’Oxford qui semble intéressé à ma recherche, je veux prouver qu’il n’y a pas de frontières dans le monde de la musique, il faut que le monde entier ait accès à la musique classique d’Abdel Wahhab comme ils ont accès à Beethoven et Mozart et Schumann etc…
La Magalla : il est vrai que la pandémie nous a privé de profiter de l’art et du sport mais, avez-vous des projets à l’avenir ?
- Pour ce qui est des projets à venir, si Dieu le veut, j'ai un enregistrement en septembre en Italie, et avec l’Orchestre National de France en octobre. Petit à petit le virus covid-19 va disparaitre et on pourra revenir sur scène car ce n’est pas évident de chanter sans public ce qui nous manque énormément.
la Maga : Comment aimer l’opéra ?
-   Ce n’est pas en y allant qu’une une fois que vous allez aimer l’opéra, il faut y aller plusieurs fois, il faut beaucoup lire et se cultiver, il faut aussi poser des questions aux spécialistes et aux gens qui aiment l’opéra, sur ce monde et ses messages en mélodies. Si vous l’appréciez cette musique deviendrait une partie de vous et vous ne pourrez plus vous en passer.
L’opéra est une magnifique œuvre musicale et théâtrale pour l’orchestre et pour les chanteurs, bâtie sur un livret qui met en scène des personnages et leur histoire, où les rôles sont chantés. L'opéra est l’une des formes de l'Art lyrique du théâtre musical occidental. L'œuvre, chantée par des interprètes possédant un registre vocal déterminé en fonction du rôle et accompagnés par un orchestre, parfois symphonique, parfois de chambre, parfois destiné au seul répertoire d'opéra, est constituée d'un livret mis en musique sous forme d'airs, de récitatifs, de chœurs, d'intermèdes souvent précédés d'une ouverture et parfois agrémentés de ballets.


 
La Magalla : parlez-nous de votre futur album « El-Nour »
- C’est mon premier album publié par Warner Classics qui sortira le 16 octobre 2020. Le programme que j’ai créé traverse les cultures, explorant des chansons artistiques de compositeurs français, espagnols et égyptiens aux côtés de chansons folkloriques de mon Égypte pays natal et de chansons populaires du Moyen-Orient.
L'idée de l'album est simple, Je voulais rapprocher l'Opéra de la chanson classique du monde arabe. j’ai étudié la musique occidentale, et j’ai découvert qu’elle est plus proche du monde arabe, et vice versa, notamment dans les 18 et 19 siècle, le monde arabe est plus proche de la musique classique. Mon objectif est de chanter pour aider les gens à chanter l’opéra ,à plonger dans son monde , j’ai choisi 4 chanson de 4 pays différents , vous allez découvrir que lorsque je les chante qu’il n’y a pas de différence malgré les langues et les différents sens
La Magalla  pourquoi vous avez choisi ce nom?
- «El Nour »en arabe signifie  la lumière,  avec cet album, je sens que je fais la lumière sur la façon dont la musique qui a été interprétée à plusieurs reprises dans le passé peut être présentée de différentes manières - en d'autres termes, elle peut être perçue sous un jour différent. L'idée est de relier trois cultures - arabe, française et espagnole - et de montrer combien, malgré les différences culturelles, géographiques et historiques, elles ont en commun en matière de musique.
Je suis accompagnée de partenaires musicaux, Malcolm Martineau (piano), Rafael Aguirre (guitare), Burcu Karadağ (ney), Tim Allhoff (piano), Itamar Doari (percussions), Henning Sieverts (contrebasse), Tamer Pinarbasi (kanun), et le quatuor à cordes vision.
Nous avons travaillé pendant très longtemps pour concevoir un programme qui plairait largement à de nombreux types de personnes et qui correspondrait étroitement à mes propres goûts et amours musicaux. Cela inclut en particulier l’exploration de façons nouvelles mais connectées d’aborder la musique du passé, à la fois occidentale et orientale - sans changer les visions des compositeurs mais en ajoutant des éléments que nous jugeons appropriés.
Les liens entre les cultures représentées sur El Nour n'ont jamais été rompus, car chacune d'elles affirme une influence dans la région méditerranéenne. L'idée principale de cet album est de transmettre un message interculturel à chaque public dans le monde, d'essayer de rendre la musique classique accessible et plus aux cultures qui ne connaissent pas la musique classique, et vice versa