Un Vaccin contre le Coronavirus :

Pour qui et à quel prix ?

* L'OMS dénombre 11 essais cliniques en cours pour autant de candidats vaccins à travers le monde. Près de la moitié de ces essais réalisés sur l'homme le sont en Chine (5)
* Le taux de réussite du vaccin serait dans les meilleurs des cas 80%

Depuis l’instant où l’humanité a su, ou plutôt a été certaine, que le confinement ne peut constituer la «solution miracle» pour se débarrasser du Coronavirus, toute l’attention s’est dirigée vers les laboratoires de recherche, qui ici et là, annoncent des prouesses sur ce chemin si sinueux, vers la découverte d’un vaccin.
De la Chine au Togo, de la Russie à l’Afrique du Sud, les observateurs ont recensé plus d’une centaine de laboratoires, ou unités de recherche, qui ont annoncé, des programmes de recherche d’un vaccin contre ce virus, cause d’une pandémie qui a changé la face du monde.
Parmi cette bonne centaine d’entités de recherche, une bonne quinzaine disposeraient réellement d’une chance, d’aboutir à une solution concrète. Des laboratoires pour la plus part, appartenant ou dépendant de grandes firmes pharmaceutiques, et/ou de grande universités, ayant une expérience solide dans ce domaine.
 
Jeux politiques et enjeux stratégiques…
Il faut rappeler que certains utopistes ont pensé à une structure dépendant de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui aurait pour mission de fédérer les efforts à l’échelle internationale, et de la sorte, faire disposer l’humanité entière du meilleur vaccin.
Les enjeux stratégiques, financiers, et même politiques, n’ont pas besoin, ni de trop d’efforts ou même de temps pour balayer cette vision, certes humaniste et noble, mais combien tristement, en décalage de phase, avec la stricte vérité. 
Une autre vérité caractérise la situation : Le nombre des atteints par le virus commence à prendre des ampleurs jamais imaginés. Les Etats-Unis d’Amérique, le Brésil, ou même l’Afrique du Sud, ont vu le nombre des atteints, et surtout des victimes (proportionnellement au nombre d’habitants, exploser.
Une certitude a pris sa place et s’est même ancrée dans les consciences : Seul un vaccin peut enrayer cette pandémie.
Dans une interview accordée à «Majalla» (version arabe), le chercheur Ahmed Salmane, Egyptien, exerçant au Royaume-Uni, a insisté concernant un point plus qu’important : Entre le moment de la décision de produire un vaccin et sa mise à la disposition du grand public, une période variant entre 10 et 15 ans, est nécessaire. Ceci sans tenir compte des moyens financiers nécessaires, mais aussi de l’infrastructure scientifique et des compétences humaines.
La remarque plus qu’importante que présente ce chercheur, est en contradiction totale, avec les déclarations, ici et là, qui prétendent pouvoir mettre à la disposition du grand public, le vaccin à la fin de l’actuelle année, ou le début de l’année prochaine.

 

Moderna, firme pharmaceutique


 
Peut-on parler de vaccin réellement ?
L’annonce de la nouvelle par le président russe Vladimir Poutine, de la découverte d’un vaccin par son pays, apporte une réponse, ou du moins un début de réponse : Qu’on prenne la course entre les différents laboratoires, pour un marathon avec ses 42 km, ou une épreuve de 100m, le premier à dépasser la ligne d’arrivée, mériterait plus qu’une médaille d’or. Il aura lui et son pays : Argent, prestige et gloire.
Odile Launay infectiologue française précise que : «Jusqu'à présent, nous n'avons jamais eu de vaccin contre les coronavirus. Pour l'instant, les données qui sont disponibles sont des données qui permettent de montrer que les candidats vaccins permettent d'induire une réponse immunitaire mais nous n'avons pas de démonstration que cette réponse est protectrice chez l'homme». 
Odile Launay renchérit : «Quand on développe un nouveau vaccin, il est extrêmement important de pouvoir démontrer qu'il va être efficace, mais aussi que son efficacité ne va pas être au prix d'effets indésirables». 
Nathalie Coutinet, économiste française rappelle : «Normalement, un vaccin met une dizaine d'années à être découvert», avant d’ajouter : «Là, on serait sur 18 à 24 mois. Il y a différentes phases de tests qui doivent être faites, des procédures d'homologation qui sont longues, sérieuses, mais indispensables pour la sécurité des patients. C'est le temps de la recherche». Et conclure par : «On a différentes annonces de firmes qui sont toutes très optimistes : peut-être cet optimisme doit-il être mesuré».
 
Inventer oui… Produire est mieux…
Sur le plan purement pharmaceutique, il faut faire la distinction entre l’existence du vaccin d’une part, et la capacité de le produire en quantités industrielles. Pas plus de cinq ou au grand maximum six entités dans le monde disposeraient de cette capacité de production à grande échelle.
Ceci réduit transborde «la guerre des vaccins» de la confrontation entre les laboratoires à la concurrence purement commerciale entre grandes firmes pharmaceutiques.
L’image idyllique que certains se tracent, à savoir que les différentes firmes pharmaceutiques puissent mettre un vaccin sur le marché, au plus tard avant la fin du premier trimestre de la prochaine année, et de ce fait, pouvoir satisfaire toute l’humanité, de facto, «rassasier» toute l’humanité, est de la pure fiction. 
Toujours selon le chercheur Ahmed Salmane, concernant la structure dans laquelle il opère : Le taux de réussite du vaccin serait dans les meilleurs des cas 80%. Aussi, un milliard de doses seraient prêtes entre la fin de 2020 et le début de 2021. Quatre autres milliards de doses seraient prêtes (selon ce chercheur) avant la fin de 2021.



 
Du vaccin pour tous ?
Le chercheur Ahmed Salmane, a assuré que la structure dans laquelle il opère, s’est engagée à vendre la dose au prix du revient, à savoir entre cinq et sept dollars.
Par contre, la firme américaine Moderna a annoncé, selon le quotidien «Les Echos» : Son vaccin «devrait coûter entre 50 et 60 dollars», et que «Ce tarif concerne les deux doses formant le schéma de vaccination. Il devrait s'appliquer aux Etats-Unis et à d'autres pays «riches» que Moderna veut privilégier. Ce prix, qui n'est pas encore définitif, est l'un des plus élevés des vaccins en cours d'élaboration».
L’intention de la firme est plus que claire et nette, à savoir qu’elle veut «privilégier les Etats-Unis et d'autres pays «riches»».
Selon le «Financial Times» : Le prix annoncé par Moderna pour son vaccin à venir contre le coronavirus serait «au moins 11 dollars de plus que celui proposé par Pfizer Inc et BioNTech, et plus que n'importe quel autre vaccin en cours d'élaboration».
Plusieurs sociétés pharmaceutiques américaines opposent leur refus au fait de vendre leur potentiel vaccin à prix coûtant, à savoir  Pfizer, Merck et Moderna ont confirmé ce mardi qu'ils ne vendraient pas leurs vaccins potentiels contre le coronavirus à prix coûtant. À l'inverse, Johnson & Johnson et AstraZeneca se sont engagés, lors d'une audition au Congrès américain, à vendre initialement leurs vaccins sans réaliser de bénéfice.
Il faut noter que plusieurs entreprises ont reçu des subventions de centaines de millions de dollars du gouvernement américain ou d'autres États, mais ces accords ne s'accompagnent pas toujours de clauses plafonnant le prix final des doses.
Quant à Pascal Soriot le PDG d’AstraZeneca (firme française), a donné des précisions sur le vaccin contre le coronavirus annoncé par son groupe pharmaceutique. Selon lui, la livraison pourrait débuter dès octobre. Au niveau du prix, il devrait avoisiner les deux euros.
Le président d'AstraZeneca France, Olivier Nataf, sur France Info, avait déclaré que «le vaccin sera distribué à prix coûtant». «On a une optique et un objectif d'accès au plus grand nombre, au plus bas prix», avait-il assuré en précisant que la dose serait à «environ deux euros».
L'OMS dénombre 11 essais cliniques en cours pour autant de candidats vaccins à travers le monde. Près de la moitié de ces essais réalisés sur l'homme le sont en Chine (5). Ce pays, qui a vu émerger le virus SARS-CoV-2 et qui craint une reprise de l'épidémie à Pékin, veut être le premier à disposer d'un vaccin et n'hésite pas à autoriser des procédures accélérées.