Accords tripartites Israël-EAU-Bahreïn : Ce qu’en pense la France

*»La seule option pour permettre une paix juste et durable dans la région«est »l'établissement de deux États«, Israël et la Palestine, »dans le cadre de droit international«.
 
Trump veut montrer à l'électorat américain qu'il impose le respect dans le monde et qu'il est le seul leader à pouvoir parvenir à la paix
* L’accord est un pas décisif encore une fois entre les pays arabes et Israël
* Il y a une chose très simple que les dirigeants israéliens doivent désormais comprendre : le jour où les Palestiniens seront lassés de demander un État viable contre la paix, ils demanderont l’égalité des droits dans un seul État
 

Les Émirats arabes unis, le Royaume du Bahreïn et Israël ont convenu de normaliser leurs relations, dans le cadre d'un accord historique négocié par les États-Unis et qui, ferait d'Abou Dhabi et du Manama les quatrième et cinquième pays arabes à suivre cette voie. Les accords d’Abraham sont deux nouveaux traités de paix entre Israël et des pays arabes. C’est donc la cinquième fois, après la normalisation avec l’Égypte en 1979 et avec la Jordanie en 1994, et la Mauritanie qui avait ouvert une mission diplomatique à Tel-Aviv en mai 1996 en indiquant que le pays souhaitait normaliser totalement ses relations avec Israël. En octobre 1999, la Mauritanie était devenue le troisième pays arabe à avoir établi des relations diplomatiques complètes avec Israël. Selon le président Américain il y a cinq ou six autres pays arabes supplémentaires qui suivront très bientôt l’exemple, a-t-il affirmé, gonflant dans la foulée ce chiffre à »sept ou huit«, y compris les gros, dont l’Arabie Saoudite, le moment venu.
Voici donc deux nouveaux États arabes avec lesquels Israël, première puissance technologique du Moyen-Orient, va pouvoir faire des affaires sans avoir à se cacher. La normalisation des relations entre Israël et les alliés des Etats-Unis au Moyen-Orient, y compris les riches monarchies du Golfe, est un objectif clé de la stratégie régionale de Donald Trump pour contenir l'Iran, ennemi des Etats-Unis et d'Israël. Il s'agit, pour lui, d'un succès diplomatique précieux à moins de huit semaines de l'élection présidentielle américaine."Au fur et à mesure que d'autres pays normalisent leurs relations avec Israël, ce qui arrivera, nous en sommes convaincus, assez rapidement, la région deviendra plus stable, plus sûre et plus prospère", a déclaré le président américain.

Macron plaide pour »une solution juste«
La France loue la sagesse et le bon sens des dirigeants émiratis et Bahreïnis. Le président français Emmanuel Macron a salué « la décision courageuse des Émirats arabes unis et du Bahreïn », au lendemain de l'accord de normalisation, en souhaitant»qu'elle contribue à l'établissement d'une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens«
 
Saluée par Paris mais fustigée à Ramallaha. Trois jours après la signature de ces accords historiques, Emmanuel Macron s'est entretenu, avec le président palestinien Mahmoud Abbas furieux d’avoir été dépassé par l’évènement, à qui il a affirmé que «  la reprise des négociations de paix au Proche-Orient pour parvenir à une solution juste et respectueuse du droit international restait "une priorité". Pour l’assurer« Je lui ai dit ma détermination à œuvrer pour la paix au Proche-Orient », a affirmé le chef de l'État français.
La France se félicite la "décision prise dans ce cadre" par l'État hébreu de "suspendre l'annexion de territoires palestiniens", qui doit selon lui "permettre la reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens en vue de l'établissement de deux États dans le cadre du droit international et des paramètres agréés". Les Émirats avaient suggéré à ce propos qu'un accord de normalisation avec Israël permettait d'empêcher le projet d'annexion israélien en Cisjordanie.
Le président Abbas a rappelé à Emmanuel Macron que "les Émirats arabes unis, comme tout autre pays d'ailleurs, ne pouvaient parler au nom du peuple palestinien" et que son autorité "n'allait pas accepter que la cause palestinienne soit utilisée comme une excuse pour justifier la normalisation".
Le président Macron a invité à Paris Mahmoud Abbas pour des "consultations" sur la "question palestinienne". Le chef palestinien a donné "son accord" "à condition que la date soit établie rapidement".


 
Jean-Yves Le Drian
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, s'était, de son côté, se félicite de l’annonce de l’établissement de relations diplomatiques entre les deux pays du Golfe et Israël.
« La dynamique nouvelle dans laquelle s’inscrit cette annonce doit contribuer à la paix et à la stabilité régionale. Il est pour cela nécessaire que la suspension de l’annexion des territoires palestiniens devienne une mesure définitive et que des négociations directes entre Israéliens et Palestiniens reprennent en vue de l’établissement de deux États viables dans le cadre du droit international et des paramètres agréés. » a-t-il déclaré dans un communiqué.
Les autorités françaises répètent à l'encan que "la seule option pour permettre une paix juste et durable dans la région" est "l'établissement de deux États", Israël et la Palestine, "dans le cadre du droit international". Elles estiment que "la décision, prise dans ce cadre par les autorités israéliennes, de suspendre l'annexion de territoires palestiniens est une étape positive, qui doit devenir une mesure définitive."
Mais certains partis politiques français notamment de la gauche considèrent qu’il n'est plus possible que cela demeure des vœux pieux. Il faut une politique volontariste.Le PCF demande à Emmanuel Macron de reconnaître immédiatement l'État de Palestine avec pour capitale Jérusalem-Est, conformément à la résolution adoptée par les deux chambres de notre Parlement. En même temps, Paris doit sanctionner la politique menée par le gouvernement de droite extrême d'Israël en mettant fin à sa coopération militaire avec Israël et exiger la suspension des accords UE-Israël tant que Tel Aviv n'en respecte pas les clauses, notamment en poursuivant la colonisation, la répression quotidienne en Cisjordanie et l'incarcération des habitants de Gaza.
Quant à la droite française elle considère l’accord comme « une occasion pour les dirigeants israéliens et palestiniens de reprendre des négociations substantielles, débouchant sur une solution à deux Etats conformément aux résolutions onusiennes en la matière ».
 
Les Réactions des français


Pierre Lellouche
Ancien secrétaire d’État aux Affaires Européennes puis au Commerce extérieur, et président de l’Assemblée parlementaire de l’Otan (de 2004 à 2006), Pierre Lellouche dresse à "La Majalla" sa pensée sur cet accord.
 
 
 

  • «  Je pense que c’est un accord potentiellement très important, j’ai beaucoup d’amitiés avec les deux leaders Netanyahou et Mohamed ben Zayed qui est l’un des hommes les plus sages du Proche Orient et du monde arabe. Je pense que la paix entre les Emirats, le pays le plus développé, le plus technologiquement avancé du monde arabe et le pays occidental au Moyen Orient car Israël est un pays occidental porteur d’une énorme  potentialité de développement économique, de rapports de confiance entre les peuple israélien et arabes, je pense que c’est une chance pour le monde arabe et pour l’ensemble de la région, je pense que le vrai sujet pour le monde arabe c’est de réussir sa modernité et rentrer la mondialisation tout en gardant les traditions de chaque peuple, il y a la compétition internationale, il y a la technologie, la paix entre les deux pays qui les plus développés dans la région est un atout pour l’ensemble des peuples de la région », a conclu Pierre Lellouche.
 
HallGardner,
Directeur des relations internationales à l’université américaine à Paris et auteur de plusieurs ouvrages dont le dernier livre "World WarTrump", déclare à "La Majalla" :


 
  • Il y a un risque que l'accord EAU-Israël suscite de fausses attentes d'un accord de paix au Moyen-Orient. Il est possible que Trump et sa famille politique soutiennent cet accord entre Israël et les Émirats arabes unis pour aider Trump à gagner le soutien national américain afin de remporter l'élection présidentielle de novembre. Trump veut montrer à l'électorat américain qu'il impose le respect dans le monde et qu'il est le seul leader à pouvoir parvenir à la paix. Mais ce qui arrive aux Palestiniens après novembre n'est pas important pour Trump. Ce qui est important pourlui, c'est de solidifier une alliance israélo-saoudienne-émirienne –bahreïnienne contre l'Iran. Pourtant, une telle alliance n'apportera pas la paix au Moyen-Orient dans son ensemble et pourrait exacerber les conditions de nouvelles guerres dans la région. Cet accord israélo-émirien ne peut être couronné de succès et aider à parvenir à une paix durable dans tout le Moyen-Orient et entre les Palestiniens et Israël, que si et seulement si, les droits des Palestiniens sont plus fortement garantis par Israël avec l'accord des Palestiniens eux-mêmes et avec le soutien de tous les principaux acteurs régionaux, dont la Turquie et l'Iran, en collaboration avec le Conseil de sécurité de l'ONU. 
Un pas historique
Patrick Wajsman, politologue français, fondateur et directeur de la revue Politique internationale affirme à "La Majalla" :


 
  • Je considère que c’est un pas historique l’accord est un c’est un pas décisif encore une fois entre des pays arabes et Israël. Je ne comprends pas qu’un être doué de raison ou un analyste des relations internationales puisse avoir des réactions négatives face à un acte de paix comme celui-là. Naturellement, certains se disent que cet accord constitue une façon de reléguer dans l’ombre la cause palestinienne, moi je crois le contraire, toutes les tentatives qui ont été faites pour que  les Palestiniens puissent se rapprocher des Israéliens ont été récusées par le Hamas qui je vous rappelle ont dans leur charte un article qui dit qu’il faut jeter les Israéliens dans la mer. Donc ce n’est pas facile de discuter avec quelqu’un qui nie votre existence. Je pense que la normalisation entre arabes et Israéliens donnera une chance supplémentaire à la cause palestinienne.
 
Jean-Pierre Sag, Professeur de philosophie à la Sorbonne


 
Cette alliance risque d’éloigner la solution à deux États et de laisser le champ ouvert  à la violence. Par ailleurs, Trump et Netanyahou ne me semblent pas les meilleurs garants de la paix.
Je vous rappelle que ces accords sont considérés par les Palestiniens comme une atteinte aux initiatives arabes de paix (notamment celle de 2002, qui conditionne la normalisation avec Israël à son retrait des territoires arabes occupés depuis 1967) et surtout par la construction d’un état de Palestine.
 
La dernière chance
Renaud Girard, grand reporter international et reporter de guerre au journal Le Figaro 


 
 
  • C’est un accord important mais le plus important s’il engendre une dynamique ; les émirats et Bahreïn n’ont jamais été en guerre avec Israël, cet accord sera plus important s’il sera un catalyseur d’un règlement du conflit israélo arabe qui dure depuis plus de 75 an ».  Il reconnait que c’est très difficile, car il y a plusieurs obstacles qui doivent être surmontés, premier obstacle, « la division du clan palestinien entre Fath et Hamas, la faiblesse conjoncturelle de l’exécutif à Jérusalem. Benyamin Netanyahou actuellement affaibli par des procès en corruption et par la perception populaire qu’il aurait mal géré la crise du Covid.
Le fait aussi que, de plus en plus en Israël et chez les Palestiniens, les partis religieux progressent, car entre les partis laïcs on peut faire des négociations et des concessions territoriales, mais pour les partis religieux comptent de plus en plus à la Knesset et pour eux il n’est pas question d’accorder aux Palestiniens un Etat. Impossible de négocier puis qu’il s’agit d’un «  don de Dieu » pour les juifs orthodoxes c’est« la Terre promise » à Moïse, et pour les frères musulmans de Hamas il s’agit de « Dar Al- Islam ». Le deuxième obstacle est celui de la volonté politique en Israël. 
Il faudrait que Netanyahou surmonte ce problème, qui a encore une dernière année de pouvoir de sa très longue et brillante carrière politique, il peut surmonter tout ce qu’il transporte dans son parti et dans son origine familiale pour se comporter comme Menahem Penguin et donner un état viable aux palestiniens. Ces accords d’Abraham constituent la dernière chance d’appliquer, sur le territoire de l’ancienne Palestine mandataire (gérée par la Couronne britannique de 1923 à 1948), la fameuse solution des deux États. Un État juif et un État arabe, vivant côte à côte, en paix, et en bonne intelligence. 
Un tel geste constitue indéniablement un pas dans la bonne direction, vers la fin du conflit israélo- arabe, vieux de trois quarts de siècle.
Mais il y a une chose très simple que les dirigeants israéliens doivent désormais comprendre : le jour où les Palestiniens seront lassés de demander un État viable contre la paix, ils demanderont l’égalité des droits dans un seul État. Et, à terme, la démographie aidant, cela signifiera la fin de l’État juif, tel que Theodore Herzl le conçut intellectuellement, et tel que David Ben Gourion le fonda pratiquement.
 
Alain Frachon,
Directeur des rédactions et éditorialiste au« Monde »


 
  • l’Etat des Emirats arabes unis et Bahreïn ont signé la normalisation de leurs relations avec Israël. En échange, Netanyahou renonce à l’annexion prévue d’un tiers de la Cisjordanie, dans la vallée du Jourdain. Mais pour le reste, statu quo : outre les implantations existantes, Israël contrôle toujours 60 % de la Cisjordanie, notamment toute la vallée du Jourdain, et Gaza, l’autre territoire palestinien occupé en 1967, fait l’objet d’un blocus. Le nationalisme palestinien pourrait entrer dans une nouvelle ère, qui déterminera l’avenir d’Israël. Alors que l’hypothèse d’un Etat binational ne cesse d’être relancée au Moyen-Orient, la question palestinienne se pose en des termes nouveaux. La question palestinienne est bel et bien enterrée, disait-on volontiers ces jours-ci. Il ne resterait plus qu’à poser une plaque commémorative quelque part en Cisjordanie. Le conflit israélo-palestinien, qui passait pour « central » dans la région, n’empêche pas, ou plus, la normalisation des relations entre Israël et le monde arabe. Dans le nouveau Moyen-Orient, celui qui émerge au XXIe siècle, l’affaire palestinienne serait devenue marginale, un conflit périphérique. Peut-être. Mais pas pour tout le monde. Le nationalisme palestinien ne va pas disparaître. Il pourrait entrer dans une nouvelle ère, nourrir une autre bataille, laquelle déterminera l’avenir d’Israël – sa nature en tant qu’Etat juif et démocratique. En ce sens, il y a une « israélisation » de la question palestinienne.En apparence, la cause palestinienne, celle d’un peuple qui cherche sa place sur le même territoire qu’un autre, n’intéresse plus grand monde. Membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, les Etats-Unis de Donald Trump ont légitimé l’occupation israélienne des territoires palestiniens, la Cisjordanie et la partie orientale de Jérusalem. Les implantations, dit aujourd’hui Washington, ne sont pas « un obstacle à la paix ». La Russie de Vladimir Poutine, qui entretient les meilleures relations avec le premier ministre, Benyamin Netanyahou, ne pense pas différemment. La Chine développe des échanges de plus en plus denses avec Israël – sans s’ingérer dans ses « affaires intérieures ». Enfin, les Etats membres de l’Union européenne (UE) n’ont jamais conditionné leurs relations avec Israël à un arrêt de la colonisation des territoires palestiniens.
 
Sara Daniel
 
La trahison d’Abraham
Journaliste et grand reporter, spécialiste du Moyen-Orient, directrice du « Nouvel observateur »

  •  L’accord signé sous l’égide de Washington, présage sans doute de la normalisation des relations entre d’autres pays arabes et l’Etat hébreu. Et consacre la défaite des Palestiniens. L’accord entre Israël et les Emirats arabes unis destiné à normaliser leurs relations diplomatiques n’aurait dû surprendre personne. Signé sous l’égide des Etats-Unis qui l’ont baptisé, un peu vite, « accord d’Abraham », il s’inscrit dans la détermination de Donald Trump et de son gendre Jared Kushner à faire appliquer leur plan de paix pour la région. Et il confirme tristement, une fois encore, le fait que la grande question de géopolitique qui agite désormais le Moyen-Orient n’est plus le conflit israélo-palestinien, mais celui qui oppose chiites et sunnites. Les Perses ont en effet remplacé Israël comme ennemi fédérateur du monde arabe sunnite. Et le prince héritier d’Abou Dhabi, Mohammed Ben Zayed, est finalement aussi hostile à l’Iran que Benyamin Netanyahou. Soudés, eux aussi, contre l’Iran, et sous la pression américaine. L’abandon des Palestiniens à leur triste sort par les dirigeants arabes se fait désormais en pleine lumière. La rue gronde encore et, aux Emirats arabes unis, on a dû museler Twitter et menacer d’expulser du pays ceux qui exprimaient trop publiquement leur désaccord et leur honte de voir leur nation se rendre à la raison du plus fort. Cet accord n’était pas une énième reddition du monde arabe, mais visait à sauver la solution à deux Etats, si mal en point. « Nous avons désamorcé une bombe… acheté du temps». En réalité, on ne comprenait que trop que le but de l’accord était de faire pression, cette fois publiquement, sur les Palestiniens. « Nous supplions les Palestiniens de reprendre les pourparlers. Le fait de ne pas parler avec Israël ne nous a rien apporté… » Déjà Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, racontait en privé l’incroyable pression qu’avait exercée sur lui le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salmane, pour qu’il soutienne le plan Kushner − un plan draconien qui relègue la capitale d’une future Palestine à Abou Dis, un faubourg de Jérusalem, et entérine l’annexion de l’ensemble des colonies par Israël. Aujourd’hui, cet accord est peut-être un ballon d’essai qui annonce le rétablissement de relations diplomatiques officielles entre Israël et l’Arabie saoudite. Le fait de ne pas parler avec Israël ne nous a rien apporté, affirment les Emirats par la voix de leur ministre. Mais on se demande ce que le fait de parler avec Israël avec le pistolet américain sur la tempe apporterait aux Palestiniens…
 
Marek Halter
 
Écrivain, militant actif des droits de l'homme, co-fondateur d'Action internationale contre la Faim et inlassable avocat de la réconciliation israélo-palestinienne.


 
Salam, Shalom, paix… sont les mots le plus répétés dans le Coran, dans les Évangiles et dans la Bible. Nous ne sommes pas obligés d'aimer notre adversaire pour faire la paix avec lui. Mais nous devons protéger les vies humaines. Le Coran ne dit-il pas que "celui qui sauve une vie c'est comme s'il sauvait toute  l'humanité "? Les Émirats et Bahreïn en signant la Paix avec Israël en ont sauvés une bonne partie. Les vies Arabes, les vies israéliennes et les vies palestiniennes.  Courage!
  • Je peux vous racontercomment s’est enclenchée la première rencontre entre Peres et Arafat ?
 Un éditeur m’avait demandé d’écrire une autobiographie de Yasser Arafat, je l’ai donc appelé à Tunis où il résidait alors. Il m’a répondu «ok, amène moi une journaliste palestinienne, je fais un entretien, tu corriges et tu auras ton livre». J’ai trouvé une jeune femme très bien, elle s’appelait Suha Tawil… Ils n’ont pas écrit, ils ont fait un enfant et se sont mariés, on connaît la suite. Alors que nous discutions, un jour on lui a amené un journal. «Tu vois, a-t-il commenté, alors qu’il sortait de sa poche un étui, j’ai besoin de lunettes, je vieillis…» Une semaine plus tard, j’étais invité pour un dîner de shabbat, le vendredi soir, chez Shimon Peres, qui rituellement me demande des nouvelles de «mon ami Arafat». Et je lui raconte l’anecdote des lunettes. Réponse immédiate de Peres : «s'il commence à se sentir fragile, c’est peut être le moment de parler de paix… » Et nous avons organisé, chez moi, à Paris, dans mon appartement leur première rencontre informelle.
 
 
 
  • Julien Ronot, kinésithérapeute et masseur

 
  • C’est une nouvelle page qui s’ouvre dans l’histoire, on se réjouit de ce  double accord de paix, qui est "une étape extrêmement importante. Il faut d’abord  connaitre l’histoire des relations entre juifs et musulmans qui est liée à la tension extrême entre les religieux et politiciens juifs et musulmans « les cousins du sangs », Le fossé s’est creusé entre les deux clans depuis maintenant plusieurs dizaines de siècles .
  • La tension extrême entre juifs et musulmans, adossée à la clef des rapports entre Israéliens et Palestiniens, a creusé un fossé qui semble inéluctable entre les deux communautés. La paix est l’unique garantie pour éviter la guerre.

 
Les Palestiniens en colère
Sans surprise, l'Autorité palestinienne condamne cet accord qu'elle considère comme «  Coup de poignard dans le dos des palestiniens» et une trahison de Jérusalem et de la cause palestinienne.  Ce qui révolte les Palestiniens, c’est l’absence de leur concertation alors qu’ils sont les premiers concernés. Raison pour laquelle Mahmoud Abbas ne répond plus aux appels téléphoniques de Trump, notamment depuis que l'administration américaine a donné un nouveau coup de canif au consensus international sur le conflit israélo-palestinien, en annonçant que les Etats-Unis ne considéraient plus comme illégales les colonies de l'Etat hébreu en Cisjordanie occupée. Après la reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale d'Israël et celle de la souveraineté de l'Etat hébreu sur le Golan syrien, il s'agit d'une nouvelle décision spectaculaire en rupture avec la tradition diplomatique américaine, aussitôt saluée par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et dénoncée par l'Autorité palestinienne.
Si le « Deal du siècle » est soutenu par le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, en difficulté sur le plan domestique, il est catégoriquement rejeté par la diplomatie palestinienne, le chef de l’Autorité palestinienne, mais aussi par le Hamas.
 
Salman el Herfi


 
Le double accord signé à Washington« ne sert pas la cause palestinienne » et constitue un « chèque en blanc » pour la poursuite de « l'occupation » par Israël, a dénoncé, de son côté l'ambassadeur de Palestine en France, Salman El Herfi, dénonce une "manipulation de la solution à deux États".En déclarant que : « Ce que Trump a mis sur la table n’est pas un plan de paix mais plutôt un nouveau système d’apartheid. » c’est« la destruction de la solution à deux Etats ».Les mots de Salman El Herfi, donnent une idée de la perception palestinienne de ce « Deal du siècle» porté par le gendre et conseiller du président Jared Kushner.
«  Lorsque les Emirats arabes unis avec le Bahreïn offrent un cadeau à monsieur Netanyahou et à monsieur Tramp, ils sont en train de détruire la solution de deux états et ils sont en train de violer le droit international et de bafouerles résolutions du conseil de sécurité ils sont en train de manipuler la cause palestinien, ils ne servent pas la cause palestinienne au contraire », conclut l’ambassadeur palestinien à Paris en expliquant que l’état d’esprit qui régnait au sein du leadership palestinien sur l’affaire du siècle: « Ce plan est mort-né ». Il appelle par avance la communauté internationale à boycotter le projet.
Salman El Herfi assure que le plan de paix fait même ombrage aux accords d’Oslo conclus entre Israël et la Palestine en 1993, soutenus par Washington, reprenant les termes d’un document diplomatique palestinien.
 
61 députés français contre…
Un collectif de 61 parlementaires français (de 577 députés) relève que le texteparaphé à Washington le 15 septembre par Israël, les Emirats et Bahreïn élude la question palestinienne et bloque toute perspective d’un traité de paix globalentre l’Etat hébreu et l’ensemble du monde arabe.
Ils disent que le 15 septembre dernier aurait pu entrerdans l’histoire des peuples duMoyen-Orient comme une datesuscitant un véritable élan d’espoir. Ce jour-là, aux côtés du président américain Donald Trump, le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, et les représentants des Emirats arabes unis et de Bahreïn ont paraphé un accord de paix mettant un terme au conflit séculaire entre l’Etat hébreu et deux paysarabes du Golfe.
Dans une région du monde habituée aux conflits, nous ne pouvons que nous réjouir que la paix progresse et que la normalisation entre Israël et des Etats arabes avance. Il faut pourtant également savoir dépasser ce premier constatet regarder la réalité avec lucidité. Lagrand-messe autour de Donald Trump est aussi à relativiser, car elle peut être porteuse d’une illusion, au risque d’envenimer la situation. Il faut d’abord rappeler que le document signé à la Maison Blanche n’est pas un traité de paix, contrairement à ce que clame avec ardeur le présidentaméricain. En effet, à la différence de l’Egypte et de la Jordanie, les Emiratsarabes unis n’ont jamais mené de guerrecontre Israël. C’est aussi le cas pour Bahreïn, qui agit ici comme un supplétif etdont la souveraineté reste limitée tant l’archipel dépend des aides de Riyad et d’Abou Dhabi.
L’accord signé prévoit une reconnaissance mutuelle qui doit déboucher sur l’ouverture d’ambassades, de lignes aériennes directes et de relations commerciales dans des secteurs aussi divers que la haute technologie, les télécoms, l’environnement ou le tourisme. Mêmesi, depuis des années, les échanges entre ces trois pays relevaient du secret dePolichinelle − particulièrement dans ledomaine du renseignement pour les Emirats, l’officialisation de cette relation permet aux trois nations d’assumerpubliquement un partenariat rendunécessaire par la lutte contre les visées expansionnistes des grandes puissances de la région que sont l’Iran et la Turquie. Le consensus arabe vole en éclatsC’est ici que se précisent les limites decette entente. Car si l’accent est mis sur les bénéfices, force est de constater queles coûts d’un tel engagement sont nombreux. Pour les Palestiniens, le pas enavant solitaire d’Abou Dhabi est vécucomme un « coup de poignard dans ledos » puisqu’il ne va en rien changer le régime d’occupation. Contrairement à cequi a été présenté par le régent et hommefort des Emirats, Mohammed Ben ZayedAl-Nahyane, le projet d’annexion de la Cisjordanie, cher à Benyamin Netanyahou et à ses soutiens, n’est pas écarté. Il est simplement différé, et il est à craindreque le premier ministre israélien n’hésitepas à le ressortir de son chapeau dès l’instant où les circonstances électorales l’ypousseront. M. Netanyahou peut ainsi se targuer d’avoir engrangé un succès retentissant : l’accord qui reconnaît defacto l’occupation des territoires n’impose à Tel-Aviv aucune concession enfaveur des Palestiniens, ni aucun retour à des négociations politiques.
L’autre perdant de cet accord est la perspective, que nous appelons de nos vœux, de voir un jour Israël signer un traité de paix global avec l’ensemble des pays arabes. La démarche d’Abou Dhabi et de Manama rompt en effet avec le consensus arabe tel qu’il s’était dessiné à travers l’initiative de paix arabe de 2002, portée à l’époque par AbdallahBen Abdelaziz Al-Saoud, alors prince héritier d’Arabie saoudite. En conditionnant la normalisation avec Israël à lacréation d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale, ce plan offrait à l’Etathébreu la promesse d’une paix généralisée avec l’ensemble de son environnement régional.
En ouvrant le bal d’une reconnaissanceunilatérale, les Emirats ont fait voler en éclats ce consensus arabe et, ce faisant, brisent un double paradigme : celui devoir le conflit israélo-arabe se clore selon un schéma multilatéral, et la nécessité derevenir au droit international commebase de règlement des conflits.
L’Iran, possible vainqueur à long terme… Il y a donc de quoi s’interroger sur les réelles avancées que permet cet accord en trompe-l’œil. Si Abou Dhabi se postecomme une nation avant-gardiste dansla région du Golfe, il semble nécessaire de questionner les angles morts de cequi est également un calcul politique àcourt terme. Car l’accord de normalisation signé à Washington ne doit pas faire oublier que les Emirats arabes unis n’hésitent pas, dans d’autres lignes defaille du Moyen-Orient, à user du hardpower (« la manière forte ») pour faire avancer leurs intérêts.
Au Yémen, cet aventurisme militaire a clairement contribué à la catastrophe humanitaire que connaît le pays. En Libye, l’ingérence d’Abou Dhabi au service du maréchal dissident Khalifa Haftar est régulièrement dénoncée par les organisations de défense des droits humains. De même, le modèle de société cher à Mohammed Ben Zayed, fait de libéralisme économique et de verrouillage de la scène politique interne, ne doit pas faire oublier que la riche fédération a été à la tête des forces souhaitant clore l’épisode des « printemps arabes », pour éviter une contagion du souffle démocratique. Le paradoxe de cet accordparrainé par Donald Trump est que l’autre vainqueur à long terme de cettenouvelle équation stratégique auMoyen-Orient pourrait être son adversaire obsessionnel, l’Iran.
Devant une scène arabe atomisée par ses divisions, Téhéran émerge de plus en plus comme l’axe autour duquel serassemblent les adversaires d’unelogique de domination, où la cause palestinienne et l’aspiration des peuples sont délaissées au profit de paix séparées et d’un retour à l’ordre militaire. La paix avance. Mais il est du devoir de la communauté internationale d’exiger une paix authentique, soucieuse du droit international et respectant les Droits des peuples.
Parmi les Premiers signataires : 
Clémentine Autain, députée La France insoumise
(LFI) ; Esther Benbassa, sénatrice
Europe Ecologie-Les Verts (EELV) ;
Marie-George Buffet, députée Gauche démocrate et républicaine (GDR) ;
André Chassaigne, député GDR, président du groupe ; FrédériqueDumas, députée Libertés et territoires
(LT) ; Bruno Joncour, député MoDem ;
Fadila Khattabi, députée La République en marche (LRM), présidente de la commission des affaires sociales ;
Hubert Julien-Laferrière, député Ecologie, démocratie, solidarité (EDS) ;
Matthieu Orphelin, député EDS, président du groupe ; Boris Vallaud, député PS.