L'Algérie fait ses adieux à l’homme au violon blanc.

Le dernier grand-maître du Malouf, Hamdi Bennani, n’est plus !
* Avec son héritage lyrique et ses poésies, sans oublier les rimes et les refrains, propres à la région du Grand Maghreb, mais aussi à l’Andalousie, le Malouf s’est toujours distingué en genre musical à part, et a connu, tout au long de son parcours, des mutations, grâce aux ajouts mélodiques ou rythmiques locaux.
* Dès l’annonce de la mort, le président Abdelmajid Tebboune a présenté ses sincères condoléances à la famille de l'artiste Hamdi Benani
* Ben Douda a écrit : «Que Dieu ait pitié de notre grand défunt, et nous donne toute la patience. Nous adressons les condoléances à sa proche famille, à nous tous et à tout le peuple algérien, au moment où cette icône nous quitte».

Algérie : L'Algérie s'est réveillée, lundi dernier à l'aube, sur la nouvelle de la mort du dernier grand-maître du Malouf, le talentueux artiste Hamdi Bennani, à l'hôpital Ibn Sina, suite à une atteinte par le Coronavirus. La triste nouvelle a eu un effet de choc dans les milieux, artistique et populaire, algériens, car l'artiste tient une place de choix dans le cœur des Algériens.

L’enterrement a eu lieu, dans une ambiance de tristesse générale, au cimetière de Sidi Aissa, dans la province d'Annaba (Est algérien). Le défunt est né en janvier 1943, et était célèbre pour son interprétation du Malouf Annabi (en référence à Annaba, sa ville natale). Il est aussi surnommé «L'Ange Blanc» en référence à son violon blanc qui l'accompagnait toujours.

Le Malouf est un genre musical, répandu dans le Maghreb arabe, en particulier en Algérie, en Tunisie et en Libye. Le mot en arabe veut dire «familier», et concerne aussi un genre de musique classique au Maghreb arabe, aussi bien profane que religieuse. Cette dernière concerne ses louanges, proches des ordres soufis. Tout en sachant que le Malouf n’observe pas les rimes de la poésie arabe classique.

Avec son héritage lyrique et ses poésies, sans oublier les rimes et les refrains, propres à la région du Grand Maghreb, mais héritage de l’Andalousie, le Malouf, s’est toujours distingué en genre musical à part, et a connu, tout au long de son parcours, des mutations, grâce aux ajouts, mélodiques ou rythmiques locaux.

Le regretté Bennani s'intéressait à l'art et au chant alors qu'il n'avait pas plus de seize ans. Il a abandonné, très jeune, ses études pour subvenir aux besoins de sa famille. En 1958, il interpréta la chanson «Je suis un sentimental» du chanteur et acteur franco-américain Eddie Constantine (1917-1993), et remporta le premier prix d'un concours de musique. Sauf que ses débuts réels sont survenus des années plus tard, quand il a interprété la chanson «Bahi Al Jamal» dans la pièce «Bous Bous»  de Hassan Dardour en 1963.

Il a appris la musique avec l'encouragement de son oncle Mohamed Banani, qui était un sculpteur, et jouait du luth et de la flute traditionnelle, dans l’orchestre de Mohamed Kurd, surnommé Cheikh, de son vrai nom Mohamed Ben Amara, né 1885, dans les quartiers populaires de la Medina de la ville d’Annaba. A commencé comme pianiste, et a jouté au luth, mais aussi, chanteur de Malouf. Un art auquel il a apporté sa touche personnelle, et su s’imposer comme référence. Hamdi Banani a su tout apprendre de ce grand-maître, et a tracé son propre chemin vers la gloire, grâce à un grand nombre de chansons, une trentaine en tout.

Le regretté a également bénéficié du soutien du doyen du Malouf à Constantine, feu Hajj Mohamed Tahar Fergani, pour diffuser la culture algérienne en général et Malouf notamment à travers sa participation à des forums internationaux. Fergani est considéré comme l'un des artistes algériens les plus connus. Il était chanteur, compositeur et musicien, et portait le titre du «Sultan du Malouf Constantinois», mais aussi «Doyen de la chanson andalouse».

En 1966, Bennani participe à la première session du «Festival de la musique andalouse» à Alger, et enregistre sa première œuvre musicale à la Radio et Télévision, algériennes, pour sortir son premier disque un an plus tard, (1967). Puis, il a rejoint «La troupe modèle de la musique et du chant du Malouf», fondée à Annaba en 1970 sous la direction de l'artiste Hassan Al-Annabi, année au cours de laquelle il participe avec la chorale à une représentation à Alger, à laquelle a assisté, le regretté Président Houari Boumediene.

En 1973, le nom Hamdi Bennani revient en force sur la scène artistique, depuis Paris, où il enregistre trois disques, contenant un certain nombre de chansons importantes. Cette expérience l'a conduit à créer son propre studio d'enregistrement appelé «Banaphone», où il a enregistré un certain nombre de ses chansons. Chose qui lui a valu une renommée qui s'est étendue à toute l'Algérie.

En 1977, il fonde un groupe musical de trente membres, et continue à interpréter ses chansons, qui remportent des prix et des distinctions en Algérie et l’étranger, dont le prix de la meilleure interprétation au «Festival de la musique traditionnelle» de Samarkand en 1983.

Au cours de sa carrière, Bennani a introduit plusieurs nouveaux instruments à la musique du Malouf, tels que l'orgue électrique, la guitare et la basse. Il a également fait appel à des genres musicaux non familiers, comme le flamenco. Il tenait également à apparaître avec une image marquante et singulière, dans un costume blanc et avec un violon blanc, spécialement conçu pour lui, et doté d'un amplificateur interne. Cette blancheur lui a collé. Chose qui lui a valu le surnom de «L'Ange Blanc».

Quant au secret du violon blanc, qui l’accompagne lors de toutes ses apparitions artistiques, ainsi que sa parfaite maîtrise de cet instrument, feu Hamdi Bennani a révélé dans une précédente déclaration à un journal local que «ce violon a été spécialement créé pour moi, et porte l’inscription «LE PETIT ANGE HAMDI BENANI», avant d’ajouter que «nul secret, j’adore la couleur blanche, symbole de la paix et l'espoir», et préciser pour l’occasion qu’’il est «connu avec cette tenue depuis 1984, sans plus vouloir la changer, car les fans, peuvent ainsi le distinguer». Aussi, qu’il a cinq violons, dont celui de Mohamed Kurd, qui a plus d’un siècle d’âge. Mais son préféré reste le violon blanc».

Hamdi Bennani a révélé au même journal qu'il «a introduit la guitare et des instruments modernes pour la première fois en 1975» et qu’il était «le premier à le faire. Chose qui convienne à certaines chansons légères. Certaines autres ne peuvent se jouer avec».

Hamdi Banani dispose d’une riche carrière artistique, avec, par exemple, des concerts donnés dans de nombreuses villes françaises, telles que Paris, Lyon, Marseille et Toulouse. Sachant qu’il dispose d’une place particulière dans le cœur des Algériens résidant en France. Aussi, de nombreux concerts au Canada, en Tunisie, et dans de nombreuses villes algériennes, pour diverses manifestations artistiques et musicales. Aussi, le public de la ville d’Annaba a pu apprécier sa musique dans de nombreux festivals au théâtre en plein air, à la Maison de la Culture Mohamed Boudiaf et au théâtre régional Ezzeddine Mahjoubi. En plus des manifestations culturelles qui ont été organisées par l'Institut Français d'Annaba. Sans oublier les mariages, où il a pu apporter de la joie dans le cœur des familles.

Bennani a été honoré par l’ex-président Abdelaziz Bouteflika en 2004 pour sa remarquable carrière artistique. De même, par la ministre de la Culture Malika Ben Douda, en marge de sa visite officielle à Annaba il y a moins d'un mois, et c'était la dernière apparition publique de l'artiste. L'ambassadeur de France en Algérie a décerné à l'artiste la Médaille du Chevalier des Arts et des Lettres en novembre 2018, en marge de sa visite à l'Institut français spécifiquement pour l'inauguration de l'espace «Compass France». C'était un hommage à l'artiste qui a toujours diverti les mélomanes avec ses airs, et trouve un grand écho parmi la communauté algérienne et maghrébine résidante en France.

Le président Abdelmadjid Tebboune a présenté ses sincères condoléances à la famille de l'artiste Hamdi Benani. On peut lire sur son compte Twitter : «C'est avec une grande tristesse que j'ai reçu la nouvelle du décès de l'ami et du grand artiste Hamdi Benani. La scène artistique a perdu par son départ un homme engagé, qui a su gagner le respect du public pour son art tout au long de sa carrière, à l'intérieur et à l'extérieur du pays».

La ministre de la Culture, le Dr Malika Ben Douda, et par le biais du compte du ministère sur «Facebook», a déploré le départ de l'artiste, qu’elle considère comme une «icône». Ben Douda a écrit : «Avec beaucoup de douleur, nous avons appris la nouvelle du départ du grand artiste Hamdi Benani, l'icône artistique. Toute personne l’ayant connu ou côtoyé, sait combien cet artiste constitue un point lumineux, dans l’histoire de l’art», avant d’ajouter que «le défunt est fort présent dans notre mémoire, à la manière d’un ange blanc, il a pu présenter à son public la meilleure image qu’on puisse présenter». Ben Douda tient à préciser que «l'art sincère et la beauté extravagante que Hamdi Benani a dispensé pendant des décennies, resteront fermement ancrés dans la mémoire nationale». Et a conclu par : «Que Dieu ait pitié de notre grand défunt et nous inspire, ainsi que sa famille, toute la patience».

La communauté artistique a considéré le départ de Benani comme une grande perte pour l'art algérien. Les frères Naccache, un groupe musical qui a exécuté une performance artistique conjointe avec l'artiste, en 2011, a déclaré : «Nous sommes restés amis». Sa nécrologie précise : «Notre ami pour toujours est parti», pour ajouter : « Nous dirons à nos enfants qui ne sont pas nés, qu’en Algérie, il y avait une merveilleuse musique andalouse qui retentissait pour nous unir à travers une histoire multicolore.