Pluies en Tunisie… bénédiction ou malédiction ?

 
* Six personnes dont deux enfants de 4 et 10 ans sont décédées dans les intempéries ayant frappé plusieurs régions tunisiennes
* Les précipitations en Tunisie ces dernières années ont l’odeur de la mort
* Chaque année, les intempéries soulèvent les mêmes interrogations… Qui est responsable de ces pertes ?
* ’Il est inacceptable qu'un élève ne puisse pas trouver les nécessités les plus élémentaires dans son école, comme les toilettes salubres et l’eau courante

La Tunisie a été témoin d’un manque de précipitations en hiver, ce qui a même poussé le ministère des Affaires religieuses à réitérer son appel à invoquer Dieu et lui demander les précipitations. Le ministère a lancé, le 21 février 2020, un appel aux directions régionales afin de coordonner avec les autorités compétentes et les imams pour faire la prière de la pluie.
 
La Tunisie paralysée par des pluies torrentielles : encore des scènes récurrentes
L’automne a débarqué en force en Tunisie. La première semaine de septembre, de fortes pluies se sont abattues dans toutes les régions le pays. Les Tunisiens qui attendaient avec impatience la pluie après des mois de sécheresse et de pénurie de ressources en eau sont devenus terrifiés d'accueillir ‘’l'invité hostile’’ ou ‘’le visiteur indésirable’’. En fait, au cours des derniers mois, il y a eu des appels pour faire la prière de la pluie afin de sauver les terres, la faune et la flore et même les citoyens qui souffrent d’une pénurie d’eau.
Ce qui est frappant avec les dernières précipitations, c'est qu'elles ont été enregistrées presque dans toutes les régions du pays, chose pourtant habituelle en automne. Ce qui est inhabituel, cependant, c'est qu'elles ont dépassé la moyenne commune des précipitations à cette période de l'année. Nous rappelons ici que le risque de crues susceptibles de causer des dégâts colossaux et de menacer des vies dans les zones urbaines et rurales en Tunisie est potentiellement élevé.
 
Un lourd bilan :
Ces pluies diluviennes ont touché depuis le 5 septembre, le Grand-Tunis et de nombreuses régions dont Jendouba, le Kef et Nabeul. Six personnes dont deux enfants de 4 et 10 ans sont décédées dans les intempéries ayant frappé plusieurs régions tunisiennes pendant plusieurs jours, selon la protection civile tunisienne.

 




Plusieurs routes bloquées, notamment à Sidi Hassine où les pluies ont inondé plusieurs quartiers, le 10 septembre 2020.

 


 
Une infrastructure fragile et des projets de restauration en suspens…
Le pays a connu des inondations dévastatrices dans son histoire comme en 1967, 1990, 2003,… la dernière a été la plus ravageuse. Certaines régions de la côte tunisienne, une zone qui est censée être plus privilégiée que beaucoup d'autres villes de l'intérieur au niveau des infrastructures et des services publics, étaient complètement isolées ; au Grand Tunis, à Nabeul ou à Monastir, le trafic routier est interrompu, les métros sont bloqués, les trains arrêtés principalement pour les longues destinations, les maisons inondées, les voitures immobilisées par les eaux, et le pire… de nombreuses personnes ont trouvé la mort ou bien emportées par les eaux ou bien électrocutées. Les sinistrés sont innombrables et les appels au secours ne cessent d’affluer.
Quand il pleut, il n’a y plus de région plus privilégiée que d’autre ! Les pluies torrentielles dévoilent à chaque fois le vieillissement des infrastructures publiques en Tunisie et qui devraient être modernisées en urgence.Ce genre de situations nécessite une intervention rapide des unités de la Protection civile et des fois de l’armée nationale qui se mobilise pour donner un coup de main, mais cela reste insuffisant. Un plan de réhabilitation devrait être mis en place par les autorités, les conseils municipaux et le ministère de l’Equipement.
Plusieurs responsables à l’instar du PDG de l’Office National de l’Assainissement (ONAS), Abdelmajid Bettaieb ont souligné la nécessité de faire de la restauration des infrastructures dans les futurs projets municipaux une priorité, assurant que ‘’le seul moyen de briser l’isolement des citoyens est d’allouer des fonds pour ces infrastructures’’. Cependant, le volet financier entrave les travaux de restauration et de réparation des infrastructures qui nécessitent des investissements de taille.
 
Une infrastructure qui n'est pas en mesure de résister 30 minutes de pluie…
Plusieurs villes tunisiennes manquent d’infrastructures nécessaires pour le drainage des eaux pluviales et certains quartiers ne pourront guère supporter d’importantes quantités de précipitations.
Le mouvement ‘’Jeunesse pour le climat Tunisie’’ a exhorté, dimanche 13 septembre 2020, le gouvernement à élaborer les stratégies nécessaires afin de réparer l'infrastructure et faire face aux intempéries.
Dans un communiqué, l’organisation a mis l’accent, également, sur la nécessité de prendre des décisions concrètes afin de fournir les moyens de transport pour que les élèves et le cadre éducatif puissent se déplacer en toute sécurité.
Le mouvement a dénoncé ‘’le silence’’ des autorités, aux niveaux régional et central, face aux dégâts et pertes humaines enregistrés lors des dernières intempéries et leur ‘’indifférence’’ concernant la lutte contre les catastrophes naturelles.
‘’Cette indifférence entrainera d'autres pertes humaines’’, alerte l’organisation, déplorant le manque de volonté politique visant à développer l'infrastructure et à mettre en place un plan national de lutte contre les changements climatiques.
La saison des pluies est devenue ‘’maléfique’’ en Tunisie, déplore le mouvement, précisant que les villes tunisiennes sont devenues vulnérables face au risque d'inondation et pour cause : les ravages d’une  infrastructure qui n'est pas en mesure de résister une période de 30 minutes de pluie.
‘’Nous ne sommes plus capables d'endurer cet état de dégradation climatique suite à laquelle on marginalise nos droits et nos plaidoyers pour une prise de décision sérieuse et imminente qui inclut les droits de l'homme’’, avertit le mouvement.

 




Le chef du gouvernement tunisien, Hichem Mechichi, effectue une série de visites d’inspection dans divers établissements scolaires du pays, le 13 septembre 2020.

 


 
Maha, une écolière de 11 ans, emportée par les eaux…
Les précipitations en Tunisie ces dernières années ont l’odeur de la mort. L’année dernière, Maha Gadhgadhi, une élève âgée de 11 ans, a trouvé la mort, le 12 novembre 2019, au niveau de la région d’Ouled Mofdi dans la délégation de Fernana (gouvernorat de Jendouba), après avoir été emportée par les eaux causée par les inondations.
L’écolière était, en fait, de retour chez elle, lorsqu’elle a été emportée par les eaux d’un oued en crue. Les unités de la protection civile ont repêché son corps ultérieurement. La mort subite de cette fillette a choqué les Tunisiens qui l’ont pleurée plusieurs jours. Cependant, aucun changement concret n’a eu lieu. Les mêmes scénarios se répètent, mais avec beaucoup plus de cruauté.
Chaque année, les intempéries soulèvent les mêmes interrogations… Qui est responsable de ces pertes ? Est-ce uniquement la faute à l’infrastructure ?
 
Hichem Mechichi, consterné par les conditions déplorables de certaines écoles…
A l’approche de la rentrée scolaire en Tunisie, prévue le 15 septembre 2020, plusieurs écoles ont été touchées par les dernières inondations, notamment celles qui se trouvent dans les zones rurales. 
Le chef du gouvernement tunisien, récemment désigné, Hichem Mechichi, a entamé une série de visites d’inspection dans divers établissements scolaires du pays.
Lors d’une visite inopinée dans la région de Zaghouan, à El Fahs, Mechichi a visité, le 13 septembre 2020, l'école primaire de Dhmeda et examiné les préparatifs de l’établissement pour la rentrée. Cependant, il s’est étonné de constater que le bâtiment, achevé en 1986, n’a toujours pas été clôturé.
Le deuxième établissement visité se trouve à Ben Arous. A l'école primaire du quartier Tayeb Mhiri à El Mhamdia, Mechichi a déploré le manque d’infrastructures pour assurer la distribution de l’eau potable.
Le chef du gouvernement a souligné que ces visites lui ont permis  de constater ‘’de nombreuses carences qui ne sont pas à la hauteur de la Tunisie de 2020’’. ‘’Il est inacceptable qu'un élève ne puisse pas trouver les nécessités les plus élémentaires dans son école, comme les toilettes salubres et l’eau courante’’, a-t-il ajouté, avant de conclure que ‘’l’état de ces écoles reflète les nombreuses difficultés que le pays a connues en matière d'éducation, soulignant que l'école publique doit retrouver son véritable rôle d’ascenseur social’’.