L’Ambassadeur Mezri Haddad: Je combats les Frères musulmans parce que j’aime Mohammed

La rencontre avec un homme de pensée est toujours enrichissante et fructueuse, ce Franco-tunisien Mezri Haddadpas encore la soixantaine, surnommé le Hannibal du temps moderne, possède un parcours exceptionnel, il est philosophe, essayiste, journaliste et diplomate. Titulaire d’un doctorat de la Sorbonne en philosophie morale et politique, de trois licences en histoire, en sociologie et en sciences politiques, il était le premier intellectuel musulman en France à avoir été qualifié par le Conseil national des universités (CNU) Maitre de conférences en théologie catholique. Il a écrit plusieurs dizaines d’articles dans les plus grands journaux français comme Le Monde, Le Figaro et Libération. Il est aussi l’auteur d’un certain nombre de livre sur la réforme de l’islam, sur la théologie comparative, sur le dialogue des civilisations et des religions et sur la géopolitique.
Conseiller de l’ombre du président Ben Ali de 2002 à 2009, Mezri Haddad a été par la suite l’Ambassadeur de Tunisie auprès de l’UNESCO, poste duquel il a démissionné en janvier 2011. A partir de cette date, il a été l’un des rares intellectuels arabes ou occidentaux à dénoncer le « printemps islamo-atlantiste » et à prédire que les conséquences de ce grand bouleversement politique seront désastreuses pour le monde arabe et pour l’Occident. Malgré son lynchage dans les réseaux sociaux islamistes, il a poursuivi son combat politique en Tunisie contre Moncef Marzouki, son ex-ami, contre Ghannouchi, son ennemi mortel, et même contre Béji Caïd Essebsi. Ami de l’actuel président tunisien Kaïs Saïed, il continue à agir pour « éradiquer » les Frères musulmans dans son pays.
Dès 2011, Mezri Haddad a été également l’un des plus farouches défenseurs de Bachar Al-Assad, puis du président Abdelfattah Al-Sissi. Il a publié dans la presse française plusieurs articles prenant fait et cause pour la Syrie et pour l’Egypte. En 2015, il a fondé à Paris le Centre international de géopolitique et de prospective analytique, CIGPA, qui est devenu en moins de cinq ans l’un des think tank les plus influents en Europe.
(Parmi ses ouvrages) :
Pour un Islam de paix, éd. Albin Michel, 2001.
Carthage ne sera pas détruite. Autopsie de la campagne antitunisienne, éd. du Rocher, Paris, 2002.
L'information et la continuité culturelle entre les Arabes et l'Occident, éd. Arab League Educational Cultural and Scientific Organization, Tunis, 2004.
La République brûle-t-elle, éd. Michalon, Paris, 2015.
L’identité de l’Europe, éd. PUF, Paris, 2010.
La face cachée de la révolution tunisienne. Islamisme et Occident, une alliance à haut risque, éd. Arabesques, Tunis, 2011 / Apopsix, Paris, 2011.
 
La Majalla : Excellence, nous allons commencer cette interview par le dernier événement en date, la mort de trois Français dans la Basilique de Nice. Nous savons maintenant que le terroriste est un jeune Tunisien. En tant que Tunisien, vous-même, qu’est-ce que cela vous inspire ?  
Mezri Haddad : Cela m’inspire d’abord la compassion pour les victimes chrétiennes et leurs familles. L’une d’elles, âgée de 44 ans, a eu pour dernières paroles : « dites à mes enfants que je les aime ». Cela m’inspire la pleine solidarité avec les autorités françaises qui subissent, une fois de plus, la barbarie islamo-terroriste. Enfin, cela ne m’inspire aucune honte d’être tunisien, même si je porte la même nationalité que cette raclure intégriste qui a souillé l’islam par le sang des innocents. Je suis toujours fier d’être tunisien même si mon pays n’est plus ce qu’il a été entre 1956 et 2011, c’est-à-dire entre son indépendance chèrement acquise grâce au leader nationaliste Habib Bourguiba, et la « révolution du jasmin », qui n’était qu’un coup d’Etat islamo-atlantiste, mené par Barack Hussein Obama et Hillary Clinton au profit des Frères musulmans, sponsorisé par l’entité qatari, et exécuté par les généraux Rachid Ammar et Ali Seriati. 
 
La Majalla : Justement, vous avez été le tout premier et dès le début du printemps arabe à soutenir publiquement cette thèse complotiste. Qu’est-ce qui vous permettait d’aller à contre-courant, au moment où tout le monde, de l’Orient à l’Occident, croyait au printemps arabe et le soutenait ?
Mezri Haddad : D’abord, je récuse dans votre question deux termes : complotiste et printemps arabe. Cessons le déni. Le géni stratégique américain a inventé la thèse et l’antithèse, c’est-à-dire le complot et le complotisme. Le complot pour déstabiliser le monde arabe, et le complotisme pour discréditer et marginaliser les rares intellectuels arabes qui l’ont compris et dénoncé. Ce n’est pas uniquement le « printemps arabe » qui a été un complot, mais c’est toute l’histoire de l’humanité, des Etats et des nations qui fut une succession de complots. Les historiens savent que du monde antique gréco-romain au monde arabo-musulman, l’histoire n’a été qu’un enchainement incessant de complots. Les complots et les tyrannicides ont ponctué l’histoires des empires romains. Idem dans notre propre histoire, dès ses origines. Combien de califes ont été trahis et assassinés pour la conquête ou la conservation du pouvoir ?
Second terme que je récuse, celui de « printemps arabe ». Dès janvier 2011, j’ai été en effet le premier et le seul intellectuel à traiter ce séisme politique et géopolitique d’islamo-atlantiste. Sur les chaines de télévisions françaises, dans mes articles et dans mon livre La face cachée de la révolution tunisienne : islamisme et Occident, une alliance à haut risque, qui a été publié en France et en Tunisie en 2011. Certains ont attribué à Mohamed-Hassanine Heykel l’expression « Sykes-Picot2 ». Faux, c’est moi l’auteur de cette expression dans le livre que je viens de citer, au moment même où Heykel défendait et théorisait le « printemps arabe » sur la chaine subversive et islamiste, Al-Jazeera. Heykel, comme d’autres intellectuels arabes et occidentaux, a mis deux ans avant de comprendre les objectifs stratégiques des révoltes arabes.
Pour répondre maintenant à votre question, je vous dirai que malgré le lien direct que j’avais avec le président Ben Ali, je ne disposai d’aucune information confidentielle pour déduire que la déstabilisation de la Tunisie venait de l’étranger, essentiellement de Washington et de Doha. La discussion téléphonique que j’ai eu avec le président Ben Ali, le 10 janvier 2011, ma rencontre avec l’ambassadeur des Etats-Unis en France, le 18 janvier 2011, l’échange très vif que j’ai eu avec lui, ont confirmé ce qui n’était encore chez moi qu’une intuition, à savoir qu’il s’agissait d’un complot islamo-atlantiste.
Je disposais par contre de mes propres réflexions et études prospectives sur la nature des mouvements islamistes et, surtout, sur leurs relations avec Washington, Londres, Paris… La stratégie islamiste américaine était parfaitement claire sauf pour les naïfs ou les idiots. J’avais bien saisi le message subliminal d’Obama, dans son discours d’Ankara, le 6 avril 2009, puis dans son second discours du Caire, le 4 juin de la même année. Dès lors, le projet de Grand Moyen Orient (GMO) était en marche et plus rien ne devait l’arrêter. Comme je le disais dès janvier 2011, « A nous (Américains) le pétrole, à eux (Arabes) la Charia, chacun sa religion ! »
 
La Majalla : Admettons cela, mais beaucoup de Tunisiens et d’analystes étrangersestiment aujourd’hui que le seul pays arabe qui a réussi son printemps est la Tunisie, avec sa démocratie parlementaire, la liberté d’expression de ses médias et le dynamisme de sa société civile. Qu’en pensez-vous ?
Mezri Haddad : Je pense qu’il s’agit là d’une imposture et d’un tissu de mensonges. D’abord, pour ce qui est de mes compatriotes tunisiens, il n’y en a plus beaucoup qui croient à la démocratie qu’on leur a imposée. Bien au contraire, la quasi-majorité regrette l’époque de Ben Ali et davantage encore celle de Bourguiba. Ensuite, pour ce qui est des analystes étrangers et particulièrement occidentaux, ils sont ou bien des hypocrites ou bien des candides. 
Aux années d’euphorie pseudo-révolutionnaires, succèdent l’ère du désenchantement généralisé. Après dix années de destruction systématique de tout ce qui été édifié en soixante ans d’indépendance et de développement, dans les secteurs de l’éducation, de l’économie, de la sécurité, de la diplomatie, du social, de la santé, des acquis féministes…, les Tunisiens se rendent compte aujourd’hui que leur économie est ruinée, que leur éducation et leur santé sont sinistrées, que leur sécurité est menacée, que leur souveraineté a disparu, que leurs droits sont bafoués. Ce que certains appellent « démocratie tunisienne » est en réalité un régime islamiste où les Frères musulmans ont infiltré ou phagocyté les ministères de la Défense, de l’Intérieur, de l’Economie, de l’Education et de la Justice. L’Assemblée nationale est présidée par le guide suprême des Frères musulmans, Rached Ghannouchi, et elle regroupe comme députés des voyous, des criminels, des trafiquants, des incultes, des mercenaires du Qatar et de la Turquie, et même des terroristes. 
Quant à la sacro-sainte liberté d’expression, laissez moi vous dire qu’elle est illusoire. C’est la liberté d’un chien (islamiste) accordée à des aboyeurs (société dite civile).Selon même la Charte universelle des droits de l’homme, le premier des droits est celui à la sécurité ; or les Tunisiens ne vivent plus en sécurité. Les droits économiques et sociaux relèvent aussi des droits de l’homme les plus élémentaires ; or la classe des pauvres s’est encore appauvrie, la classe moyenne a quasiment disparu et la classe des nouveaux riches arrivistes s’est enrichie de façon vertigineuse.
*Selon vous, il n’y a donc aucun acquis de la révolution tunisienne de janvier 2011 ?
-Si, il y a un seul « acquis » incontestable au niveau du terrorisme national et international. Dans ce domaine, la Tunisie a progressé de manière fulgurante. Comme vous me disiez vous-même dans votre première question, la racaille islamo-terroriste qui a lâchement tué à Nice une femme de 60 ans, une autre de 44 ans et un sacristain de 55 ans, est un jeune tunisien arrivé en France via Lampedusa. Un de plus, puisque l'auteur de l'attentat de juillet 2016 à Nice aussi, et qui a fait 86 victimes, était également un tunisien. Du tueur du commandant Massoud au dernier attentat en France, la liste des terroristes tunisiens serait longue à établir ici. Je vous rappelle seulement que le nombre des raclures djihadistes en Syrie avait atteint les 11 000, selon les autorités onusiennes, c'est-à-dire la première nationalité au monde, avant les Afghans, les Pakistanais, les Tchétchènes, les Saoudiens...
Celles et ceux qui se gargarisent encore aujourd'hui de leur grande "révolution" qui avait éblouie l'univers, devraient se faire tout petit. Le lien entre le "printemps" dit arabe et la métastase de l'islamo-terrorisme planétaire est un lien dialectique et causal. Avant janvier 2011, la Tunisie était le premier pays dans le monde arabe et en Afrique exportateur de compétences, notamment en médecine et en informatique. Depuis la« révolution du jasmin », elle est aujourd'hui le premier pays exportateur de racailles et de main d'œuvre islamo-terroriste. Notre passeport, qui faisait la fierté des Tunisiens à l'époque de Bourguiba et de Ben Ali, vaut moins qu'un document de voyage afghan.
Pourtant, en 2011, le monde entier applaudissait les Tunisiens et les encourageait à renverser le régime "dictatorial". Avec le soutien massif de Barack Hussein Obama et le relais hystérique d'Al-Jazeera, ils ont "dégagé" Ben Ali pour installer une crapule présidentielle, Moncef Marzouki, l’agent du Qatar et le sous-traitant des Frères musulmans. Les Tunisiens ont ensuite voté pour les islamistes dont le chef de secte est encore aujourd'hui président de cette auberge espagnole qu’est devenue l’Assemblée nationale. Et pour se foutre encore des Tunisiens, les mêmes qui leur ont fait commettre autant de crimes contre leur Patrie, leur ont décerné le prix Nobel de la paix ! 
Aujourd'hui, les Tunisiens méritent le prix Nobel de la misère économique, de l'ensauvagement social, de la déchéance culturelle, de la décadence politique...et du terrorisme islamiste. C’est pour répondre à votre question et vous dire que les seules deux expériences démocratiques dignes de ce nom sont le Maroc au Maghreb et l’Egypte au Machrek.
 
 




Mezri Haddad avec  Khaled Saad Zaghloul


 
 
*Au sujet justement du dernier attentat de Nice et de la décapitation du professeur d’histoire géographie par un jeune tchétchène, vous avez publié une longue tribune dans le premier quotidien français, Le Figaro, sous le titre de « L’obscurantisme a triomphé car les Lumières se sont éteintes ». Que voulez-vous dire par là ?
-Par obscurantisme, je désignais bien évidemment l’islamisme, de Daech aux Frères musulmans, en passant par les Talibans, Al-Qaïda, Al-Nosra, Al-Chebab…Par Lumières, je faisais allusion à la philosophie des Lumières, celle de Voltaire, Diderot, Rousseau, Montesquieu…Le sens de mon message à travers cet article était le suivant : le terrorisme islamiste s’est propagé parce que la France a baissé les bras et qu’elle s’est même rangée aux côtés des Frères musulmans. Face à ceux qui se lamentent aujourd’hui et qui appellent à la fermeté du gouvernement français, j’ai voulu rappeler deux choses. Primo, le rôle que ces mêmes élites politiques, médiatiques et intellectuelles ont joué dans la propagation du virus islamiste en France, depuis plus de trente ans. Secundo, le rôle que je voulais jouer, avec beaucoup d’autres penseurs musulmans, dans le combat contre l’idéologie islamiste, contre le fanatisme et contre le terrorisme. J’ai voulu rappeler à tout ce bon monde que cela fait près de trente ans que je mène ce combat des Lumières contre l’obscurantisme, de l’islam contre l’islamisme. Je ne menais pas ce combat parce que je suis marxiste, ou laïciste, ou que sais-je encore. Je combats les Frères musulmans parce que j’adore Mouhammad. 
*Mais le constat d’échec est là : vous avez échoué. Comment expliquez-vous cet échec des intellectuels musulmans éclairés contre les thuriféraires de l’islamisme et du djihadisme ? Comment expliquez-vous l’échec de l’islam des lumières face à l’obscurantisme islamiste ?
-« Bâtir un islam des Lumières », comme l’a souligné le président Macron dans son discours programmatique du 2 octobre, nous en avons, en effet, tous rêvé. De Jacques Berque à Mohammed Arkoun, nous y avions tous laborieusement travaillé…en vain. Notre échec collectif est cuisant : l’islam obscurantiste, des Frères musulmans à Daech, a triomphé de cet islam des Lumières, mort dans les premiers balbutiements de sa naissance, comme si la lumière de la science lui était mortelle et que le seul islam qui devait vivre et se perpétuer était l’islam des ténèbres et des égorgeurs. Il y eut pourtant une époque où la philosophie et la science parlaient arabe avec Averroès et Maïmonide et l’Inquisition parlait latin avec Torquemada. C’est pour dire que chez nous autres musulmans contemporains, l’islam des Lumières n’était pas une chimère, mais une vague réminiscence aspirant à l’existence.  
En France et en Europe en général, l’islam des Lumières a perdu la bataille contre l’obscurantisme lorsque les Lumières françaises ont elles-mêmes cessé de briller de mille éclats. A l’école, à l’université, dans certains médias et partis politiques...Les quelques rares philosophes musulmans se sont tus lorsqu’on a ouvert la société à ses ennemis et que la République s’est mise à l’écoute des imams ; lorsqu’on a supprimé de la Sorbonne l’illustre Chaire d’études islamiques pour lui substituer beaucoup plus tard le CFCM ; lorsque l’islamo-gauchisme a rejoint l’islamo-fascisme, sous le prétexte fallacieux d’un droit-de-l’hommisme tout aussi dévoyé.  
Prélude à l’ère des égorgeurs et des tueurs : feu Mohammed Arkoun s’éclipsait au moment même où Tariq Ramadan émergeait. En peu de temps, il n’était plus seulement la voix de son maître Youssef Qaradaoui, mais la coqueluche des médias français. Avant sa disgrâce pour vice, le professeur de vertu islamique débattait avec Nicolas Sarkozy, Bernard-Henri Lévy, EdwyPlenel et le pauvre Edgar Morin !
Nous avons perdu la bataille parce qu’on ne pouvait pas rivaliser avec les pétrodollars du Qatar et la propagande de la chaine de la Fitna, Al-Jazeera.
*Cela fait plusieurs années précisément que vous dénoncez le rôle du Qatar dans la prolifération de l’islamisme, avez-vous échoué là aussi ?
-Non pas du tout, je peux même vous dire que j’ai triomphé. Aujourd’hui tout le monde sait en France que le Qatar est un pays ennemi. Dès janvier 2011 et même auparavant, je n’ai pas cessé de dévoiler les agissements de l’entité qatarie. J’ai même été en France, en 2013, l’un des rares à être poursuivi en justice par une plainte en diffamation déposée par Al-Jazeera. Sans l’aide d’aucun pays arabe, j’ai gagné ce procès et Al-Jazeera a été déboutée. Dans le Centre international de géopolitique et de prospective analytique(CIGPA), que j’ai fondé en 2015, j’ai organisé plusieurs colloques sur le Qatar et sur la Turquie. Les Français découvrent aujourd’hui que le dictateur sanguinaire Erdogan n’était pas un allié mais un adversaire redoutable. Tant mieux, et mieux vaut tard que jamais !
Ils ont fait cette découverte lorsque le calife sans califat, le néo-ottoman Erdogan a déclaré contre Macron, « Qui est-tu pour parler de structurer l'Islam ? C'est de l'insolence et c'est dépassé les bornes », et lorsqu’il a traité le président français de « malade mental ». Colère symptomatique d’un illuminé qui contrôle déjà l’islam allemand, belge et strasbourgeois et qui considère que la réforme et la restructuration de l’islam en France ne relèvent pas des prérogatives du président français mais des attributs du calife néo-ottoman. Ce dernier s'est même abstenu d'envoyer un message de condoléance à la France, pas même à la famille du professeur Samuel Paty. Ajoutant à l'inhumanité de l'intégriste la crapulerie de l'autocrate, Erdogan mène, avec le Qatar, la campagne de boycott des produits français, qui est relayée en boucle par Al-Jazeera.
*Ma dernière question Excellence : êtes-vous toujours pessimiste ou optimiste quant à l’évolution de l’islam en France et à la situation dans le Proche-Orient en général. 
-Pour la situation géopolitique au Proche-Orient, il est désormais clair qu’un nouvel Axe du mal est né : l’axe Doha-Ankara-Téhéran. Pour faire face à cet Axe, le monde occidental va devoir changer d’optique, de vision, de paradigme, d’approche et de stratégie. Je pense que tout est suspendu à une grande inconnue : les élections américaines. Si Donald Trump l’emporte, je serai malgré tout optimiste. Si c’est Biden, je serai d’un grand pessimisme, parce que le « printemps arabe » reprendra de plus belle et, pis encore, les Frères musulmans verraient en Biden un signe d’Allah ! 
Pour l’évolution de l’islam en France, je suis par contre assez pessimiste. Le fléau est si profond et ses racines remontent à si loin que le gouvernement français, avec toute la volonté du monde, aura beaucoup de mal à restructurer cet islam. Mais si la volonté politique reste intacte et inflexible, les Français vaincront le terrorisme en peu de temps. C’est la réponse sécuritaire. Reste la thérapie culturelle et éducative, qui va s’inscrire dans le long terme et dont les effets bénéfiques ne paraitront que pour les prochaines générations. Eliminer physiquement le terrorisme islamiste est une tâche bien plus aisée que d’éradiquer des esprits de certains musulmans l’ignorance, l’intolérance et le fanatisme.