L’Afrique et le syndrome du troisième mandat:

Belote, oui ….Rebelote, toujours ?
Vladimir Vladimirovitch Poutine

* Les leaders africains semblent réellement moins soucieux de l’apparence des choses, ou en tout cas moins que le scénario entrepris en Russie. Un seul et unique plan d’attaque : Amender la Constitution, ou en rédiger une nouvelle, pour remettre – dans les deux cas – les compteurs à zéro
 
* Comment encourager les présidents africains à céder le pouvoir et quitter leurs postes, sans s’y attacher comme on le constate actuellement ?
 

Le scénario est bien rodé, comme si une main et une seule était chargée de la rédaction de tous les remakes, en tous lieux et tous moments : Un président au pouvoir, trouve à son arrivée au pouvoir, une constitution «avant-gardiste» qui limite à deux mandats consécutives la présidence du pays. A l’approche de la fin du deuxième mandat, des «voix» se lèvent, des «pétitions» circulent, des «intellectuels» s’expriment, et surtout un «peuple» qui demande. Tout ce monde sollicite le président à assumer un troisième mandat, quitte à amender la Constitution, ou parfois rédiger une nouvelle. Et de ce fait, remettre le «compteur» à zéro, ou encore le libérer, et ne point lui dresser une limite.
Cette remise du compteur, constitue un vrai casse-tête. Entre ceux qui soutiennent l’amendement de la Constitution, ou encore la nouvelle édition, qui balaie la précédente, contre ceux et celles qui considèrent qu’aucune «remise à zéro» ne peut être observée et que tout ce «bazar» n’est autre qu’un tour de passe-passe pour court-circuiter l’interdiction, et procéder de ce fait à un «troisième» mandat, que la Constitution (devenue caduque) refusait.
«Pétition» de militants, appels de personnalités de son parti, «confidences» à un journal : Ainsi la candidature du président Alassane Ouattara à sa propre succession pour un troisième mandat s’est dessinée en Côte d’Ivoire après le brusque décès de son dauphin, Amadou Gon Coulibaly, le 8 juillet dernier.
 
L’effet poutine…
Le Président de la Fédération de Russie, Vladimir Vladimirovitch Poutine, a trouvé une parade bien à lui, pour respecter, à la fois, la Constitution de son pays, et la contourner.
Tant la Constitution de la Fédération de Russie, limite à quatre ans la durée d’un mandat présidentiel, le premier pas a été entrepris le 26 novembre 2008, où la Douma et le Conseil de la Fédération, ont adopté une révision constitutionnelle proposée par Dmitri Medvedev, qui allonge la durée d’un mandat présidentiel de quatre à six années.
Acte deux : Tant l'interdiction d'effectuer plus de deux mandats présidentiels ne s'appliquait qu'aux mandats consécutifs, il serait possible de pratiquer une « pause» d’au moins une mandature. Une pratique mise en œuvre par Vladimir Poutine de 2008 à 2024. Suite au référendum constitutionnel de juillet 2020, la limite a été fixée de manière plus stricte à deux mandats, consécutifs ou non, mais sans que ne soit pris en compte les mandats antérieurs ou en cours lors de l'adoption des amendements le 4 juillet 2020.
 
Le Syndrome africain…
Les leaders africains semblent réellement moins soucieux de l’apparence des choses, ou en tout cas moins que le scénario entrepris en Russie. Un seul et unique plan d’attaque : Amender la Constitution, ou en rédiger une nouvelle, pour remettre – dans les deux cas – les compteurs à zéro.
Certes, sur le plan de l’image véhiculée du président/leaders, la communication ne peut plus verser dans l’image du «Tout puissant» qui va gouverner jusqu’à sa mort, ou encore sa destitution, comme a été le cas en Ouganda d’Idi Amin Dada, qui dans sa quête d’un pouvoir total, absolu et illimité, s’est autoproclamé «Président à vie». La verve est plus à un respect apparent de la démocratie, tout en gardant une mainmise totale sur le pouvoir, au réel.

 

Abdelaziz Bouteflika


 
Bouteflika rate son cinquième mandat.
Abdelaziz Bouteflika a présidé l’Algérie du 27 avril 1999 au 2 avril 2019, 19 ans, à savoir 11 mois et 6 jours. Tout juste de quoi accomplir quatre mandants, sans pour autant en entamer une cinquième, qui lui a été fatale.
Il a pu remporter les élections présidentielles anticipées du 15 avril 1999, en qualité de candidat «indépendant», du premier tour avec 73,8% des voix. Et ce, malgré le retrait des autres concurrents, et sa réélection le 8 avril 2004. Pour succéder ainsi à Liamine Zéroual, le 27 avril 1999.
Il est réélu en 2004, au premier tour de scrutin, avec 84,99 % des voix. Le tour de passe-passe, s’est opéré, suite au vote du Parlement algérien à main levée, le 12 novembre 2008, d’une modification de la Constitution (500 oui, 21 non, 8 abstentions). Parmi les changements figure le retrait de la limite de deux mandats consécutifs qu'un président peut exercer. Abdelaziz Bouteflika annonce lors d'un rassemblement à Alger, le 12 février 2009, qu'il est candidat à sa succession lors de la prochaine élection présidentielle. Il est réélu pour un troisième mandat dès le premier tour, le 9 avril 2009, avec 90,24 % des voix.
Cette collection des mandats par Abdelaziz Bouteflika, a pris une autre tournure suite aux divers problèmes médicaux. La fin du troisième mandat a laissé voir un homme ne pouvant se déplacer que grâce à une chaise roulante, à qui manquent à la fois la vivacité d’antan et le verbe facile. La candidature au quatrième mandat a laissé des questions sans réponse. Essentiellement, peut-il exercer ses fonctions, du moins présenter l’image d’un vrai et réel Président, mais aussi assumer les charges que stipule la Constitution ? Candidat du FLN en novembre 2013 il est réélu pour un quatrième mandat le 17 avril 2014, avec 81,5 % des suffrages exprimés ; son principal rival, Ali Benflis, n’a eu que 12,3 % des suffrages.
Une certitude y est en Algérie, le Hirak (mouvement populaire spontané lancé le 22 février 2019) n’aurait pas vu le jour, ou en tout cas en ces moments, sous cette forme, et surtout avec ces revendications, sans l’obstination du clan Bouteflika, à aller à l’avant, en portant ce président malade vers une candidature à un cinquième mandat.
Si la confrontation entre le Hirak et le clan Bouteflika résume bien, une rupture politique, mais aussi sociétale, elle présente aussi une obstination à garder au pouvoir, sachant que tous les experts considèrent comme incapable d’assumer sa responsabilité présidentielle.

 

Macky Sall


 
Sénégal : La tentation du diable...
La question d’un troisième mandat pour le Président Sénégalais Macky Sall, commence à être posée, comme question cognitive ou se rattachant au Droit constitutionnel, plus qu’une alternative réelle et surtout option à entreprendre par le président.
«Le président Macky Sall a droit à un troisième mandat», a prononcé Aymérou Gningue, président du Groupe parlementaire de la coalition «Benno Bokk Yaakaar», sur les ondes d’une radio locale, ne vise, selon les observateurs qu’à sonder la classe politique, et entrevoir les réactions.
De toute évidence, cette phrase et autres signes, ne sont nullement innocents, mais le parcourt que doit entreprendre le chef de l’Etat, Macky Sall, est parsemé d’un nombre incalculable d’embuches. En premier, convaincre son propre parti, mais aussi la coalition qui le soutienne. Sachant que plusieurs, aussi bien dans les rangs du parti que la coalition, nourrissent des ambitions présidentielles. Sans omettre l’intransigeance de la société civile sur la question, ou encore la communauté internationale qui veille au grain.
«Je ne répondrai ni par oui ni par non», telle a été la réponse de Macky Sall au palais, le 31 décembre dernier, à une question d’un journaliste au sujet d’un (éventuel) troisième mandat. Une réponse qui sème le doute, sans y apporter d’éclaircissement.
La question se rapporte à la «morale politique», à savoir la réaction de la classe politique, aussi bien la coalition présidentielle que les oppositions. Mais aussi, relève à la fois d’une dimension juridique, à savoir, ce que stipule la Constitution, ou plutôt comme le stipulent, Me Soulèye Macodou Fall, avocat au barreau de Paris, et le professeur de droit constitutionnel Babacar Guèye, les possibilités d’interprétation qu’offre la Constitution.
Le Pr Ismaïla Madior Fall, «La Constitution du Sénégal est très claire sur la question du mandat présidentiel et ne laisse place à aucune interprétation. L’article 27 de la Constitution (de 2016) dit clairement : Le président de la République est élu pour 5 ans renouvelables une fois. Donc, nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs. Il n’y a pas lieu d’interprétation», sachant que ce dernier est le rédacteur de cette Constitution.

 

Alioune Tine, ex-directeur régional d'Amnesty International


 
Côte d’Ivoire : De la guerre civile à la confrontation électorale.
Alioune Tine, qui a été directeur régional d'Amnesty International, couvrant l'Afrique de l'Ouest, redoute une violente déflagration aux conséquences incalculables, aussi bien pendant que suite aux élections en côte d’Ivoire, qui vit le syndrome du troisième mandat.
Pourtant, cette même personne a qualifié d'historique, au mois de mars, Alioune Tine, la décision du président Alassane Ouattara de ne pas briguer un troisième mandat. Cet enchantement s’est converti en déception, quand l’actuel président ivoirien, s'est remis dans la course «sous la pression de ses partisans», suite au décès brutal de son dauphin, qui était prédestiné à briguer ce mandat.
Une décision plus que lourde de conséquences. Toute l’opposition est unanime sur le principe : Le refus de cette candidature. Reste que les réactions ont divergé d’un parti à un autre. Reste qu’on compte sur le terrain six morts et une trentaine de blessés. Et l'on craint le pire dans les jours et les semaines à venir.
«C'est une imposture intellectuelle qui dissimule les nouvelles formes de coup d'Etat constitutionnel et de coup d'Etat électoral. Cela crée instabilités et régressions», tel est le constat formel d’Alioune Tine, avant d’ajouter que «ce troisième mandat, qui suscite tant de tensions et d'inquiétudes en Afrique de l'Ouest, n'a aucune réalité juridique et constitutionnelle».
L'analyste politique ivoirien, Sylvain N'guessan, considère que «si le président ivoirien veut se maintenir au pouvoir, c'est en raison de l'échec de la réconciliation nationale et du processus de justice transitionnelle inachevé après la grave crise postélectorale de 2010-2011 qui s'était soldée par plus de 3000 morts», avant d’ajouter que «les tenants du pouvoir actuel redoutent que si l'opposition arrive aux affaires, ils seront obligés de prendre leurs effets et de partir en exil. Dans ce genre de contexte, tous les moyens sont bons pour conserver le pouvoir».


 
Partir en douceur, et quitter en toute dignité…
Comment encourager les présidents africains à céder le pouvoir et quitter leurs postes, sans s’y attacher comme on le constate actuellement ?
Ahmedou Ould Abdallah, ancien haut fonctionnaire de l'ONU, et ancien chef de la diplomatie mauritanienne, disposent de quelques idées à ce sujet, qu'il a exposées sur le site de Wathi, un Think Tank citoyen de l'Afrique de l'Ouest.
Il préconise tout simplement :

  1. Une amnistie conditionnelle, valide tant que ces anciens chefs d'Etats restent dans leurs pays. 
  2. Une pension généreuse leur soit accordée, en même temps que divers avantages pour que leur sécurité matérielle soit durablement assurée.
  3. Les honneurs protocolaires liés à leur statut d'anciens présidents. 

Estimant que cette approche, serait plus avantageuse sur tous les plans. En tout meilleure que les répercussions qu’on constate dans certains pays.