Les journalistes tunisiens en colère !

Le Syndicat des Journalistes Tunisiens se révolte…
Protestations des journalistes tunisiens, le 26 novembre 2020, devant la SNJT, Tunis.

* La situation précaire des travailleurs du secteur est alarmante.
* Le syndicat ne pouvait pas fermer l’œil sur la marginalisation des journalistes et leur appauvrissement.
* ‘Les forces de sécurité présentes sur les lieux ont tenté d’empêcher les journalistes d’accéder à la Place du gouvernement’

Dégradation générale des conditions d’exercice de la profession journalistique
Les conditions de travail des journalistes du monde entier se sont dégradées pendant la pandémie du Coronavirus qui a causé des pertes d'emplois et des atteintes à la liberté des médias. Selon une enquête publiée par la Fédération internationale des journalistes, les journalistes dans plusieurs régions du monde témoignent de la détérioration des conditions d’exercice de leur profession.
Selon l’enquête, trois journalistes sur quatre ont subi des restrictions, des obstructions ou des intimidations alors qu'ils couvraient la crise du Coronavirus, a fait savoir le groupe, après avoir analysé les réponses de 1308 journalistes dans 77 pays.
 

Des centaines de journalistes se sont rassemblés devant le Palais du gouvernement, à la Kasbah, le 26 novembre 2020.

Dans plusieurs médias, les salaires ont été réduits et certains journalistes ont été congédiés. Ces derniers se sont retrouvés au chômage et en difficulté financière.
‘’Les résultats de cette nouvelle enquête mondiale de la FIJ montrent une fois encore que la liberté de la presse est partout en déclin et que le journalisme subit des coupes claires dangereuses au moment même où l’accès à l’information et à un journalisme de qualité est crucial’’, a déclaré Anthony Bellanger, secrétaire général de la FIJ. ‘’Le journalisme est un bien public et il mérite le soutien du citoyen et on doit mettre fin à toute ingérence politique’’, a-t-il ajouté.
Sans oublier l’impact de la crise sanitaire sur la santé mentale des journalistes qui se trouvent obligés de couvrir les événements liés au Coronavirus. Ceci a accentué le stress et l’anxiété chez les journalistes qui risquent, eux aussi, tout comme le personnel de la santé, d’être contaminés au contact des personnes rencontrées dans leur travail de terrain.
 
Affrontements entre les journalistes et les forces de l’ordre, à la Kasbah, le 26 novembre 2020.

Les journalistes tunisiens ne font pas exception…
Tout comme les artistes qui sont confrontés à maints problèmes liés à leur statut ignoré, les journalistes en Tunisie n’en souffrent pas moins ! La situation précaire des travailleurs du secteur est alarmante.

Le Syndicat des journalistes a connu deux grèves générales dans le secteur de la presse en 2012 et en 2013. Cependant, ces manifestations visaient à soutenir la liberté de la presse et le droit des citoyens à des médias libres et pluralistes, surtout que la situation économique et sociale des journalistes n'est pas moins critique que celle de la liberté de la presse. Le syndicat ne pouvait pas fermer l’œil sur la marginalisation des journalistes et leur appauvrissement.
Constatant le manque de sérieux de la part du gouvernement, en rapport avec le dossier des journalistes, le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a appelé les autorités concernées à publier l’accord conclu avec le syndicat en 2019, ‘’sans conditions et sans chantage’’. La convention en question garantit au journaliste un seuil salarial décent.
Parmi les revendications du SNJT, la publication au JORT l'accord-cadre et l'accord sectoriel, la mise en œuvre d’un processus de réforme dans les institutions des médias publics, le paiement des journalistes travaillant pour les établissements médiatiques confisqués et la garantie de la pérennité de ceux-ci.
Le SNJT réclame, également, la régularisation des situations fragiles dans les établissements des médias publics, le recrutement des diplômés de l'Institut de Presse et des Sciences de l'Information (IPSI) longtemps au chômage, conformément à la loi n°2020-38 portant dispositions dérogatoires pour le recrutement dans le secteur public, l'activation des mesures d'appui aux établissements médiatiques et aux journalistes sinistrés en raison de la crise sanitaire et la création d'une agence de publicité publique.
Dans une déclaration accordée à la Majalla, Faouzia Ghiloufi, journaliste tunisienne et membre du Bureau exécutif du Syndicat national des journalistes tunisiens, a indiqué que ‘’le Syndicat national des journalistes tunisiens entame une série de mouvements de protestation qui ont commencé par le port du brassard rouge, le 23 novembre. Ces mouvements se poursuivront avec l'annonce d'une grève générale dans le secteur des médias le 10 décembre 2020’’.
‘’Ces protestations interviennent suite à l'échec de toutes les sessions de négociation avec le chef du gouvernement sur un ensemble de revendications, à l’instar de la publication de la convention-cadre des journalistes qui a été signée le 9 janvier 2019. Le gouvernement refuse toujours de la publier’’, a expliqué Ghiloufi.
Une journée de colère a été observée par les professionnels du secteur, suivie de rassemblements de protestation à la Place du gouvernement, à la Kasbah, et dans toutes les régions, le 26 novembre 2020. Des centaines de journalistes ont dénoncé le silence du gouvernement.
Affrontements entre les journalistes et les forces de l’ordre, à la Kasbah, le 26 novembre 2020.


Silence gouvernemental : protestation contre la politique d’atermoiement

Le désaveu, par le gouvernement de la convention collective relative au secteur des médias est ‘’une honte pour l’État’’, ont dénoncé les journalistes tunisiens.
Le Syndicat des Journalistes Tunisiens (SNJT) a condamné les agressions subies, le 26 novembre 2020, par les journalistes qui manifestaient à la Kasbah.
‘’Les forces de sécurité présentes sur les lieux ont tenté d’empêcher les journalistes d’accéder à la Place du gouvernement et leur ont confisqué caméras et appareils photo’’, a révélé le syndicat qui précise que quatre membres du syndicat ont été blessés lors des affrontements.
Dans un communiqué publié, le 27 novembre 2020, le SNJT indique que ces violences traduisent l’absence d’une volonté concrète de résoudre la crise du secteur des médias qui semble s’intensifier.

Ce qui est étrange, a fait remarquer l’ancien président du SNJT, Néji Bghouri, c'est que la publication et la mise en œuvre de l'accord n'obligent en rien ‘’financièrement’’ le gouvernement. Le problème est lié à la mise en œuvre des d'accords entre les journalistes et leurs opérateurs dans leurs organisations médiatiques. Seraient-ce les manœuvres de certains partis politiques qui cherchent à appauvrir les journalistes et à contrôler le secteur des médias ? L’Union générale tunisienne du travail a été accusée de tenter d’entraver la publication de la convention-cadre des journalistes tunisiens, chose que son secrétaire générale, Noureddine Taboubi, dément. Ce dernier a exprimé le souhait de la centrale syndicale d’appliquer cette convention dans des établissements médiatiques audio-visuels privés, soulignant que l’UGTT n’est pas en conflit avec les journalistes.

De son côté, le président du SNJT, Mohamed Yassine Jlassi, a souligné que la garantie des droits des journalistes est essentielle pour la réussite de la transition démocratique.
Une délégation du Syndicat national des journalistes tunisiens s'est réunie, mardi 24 novembre 2020, au siège du Syndicat, avec les députés Hatem Mliki et Meriem Laghmani, qui ont exprimé leur soutien aux mouvements et protestations des journalistes, et leurs revendications légitimes. Ils ont affirmé qu'ils étaient prêts à soutenir toutes les initiatives législatives qui garantiraient la liberté d'expression, les médias et les droits des journalistes.