Aucun progrès tangible

Négociations sur le Grand barrage de la Renaissance
: L’Éthiopie avait achevé le barrage latéral, et le taux de l’achèvement des principaux travaux avait atteint 91% et des travaux civils 85%.

* La principale pierre d'achoppement concerne les modalités de remplissage du réservoir du barrage.
* Selon l'Égypte où déversent les eaux du fleuve ainsi qu’au Soudan, ce barrage a été créé pour nuire aux intérêts de l'eau égyptienne et assoiffer les Égyptiens.
* Le Soudan a proposé d'offrir un plus grand rôle aux observateurs de l'Union africaine pour aider à faire converger les différents points de vue.

Tunis: Le dernier round des pourparlers concernant le Grand barrage sur le Nil, entre l’Egypte, l’Ethiopie et le Soudan a pris fin la semaine dernière, faute de progrès tangibles. Ces discussions interministérielles signaient pourtant la reprise du dialogue entre les trois pays après trois mois de statu quo au sujet de l’accord de gestion du barrage.
Alors que la construction de la centrale hydroélectrique progresse, les discussions sur l'utilisation de la précieuse eau du Nil sont dans l'impasse. Si le Soudan, également riverain, partage les préoccupations de l’Egypte, il voit également des avantages : une électricité bon marché et moins d'inondations. Alors que les discussions bloquent sur les questions techniques et juridiques, les pays riverains pensent que tout doit passer par le dialogue même s'il y a un manque de confiance entre les acteurs. L'Union européenne a récemment proposé d'agir en tant que médiateur. Et les Etats-Unis ont averti qu'il était impératif que l'Ethiopie soit équitable.
 
La principale pierre d'achoppement concerne les modalités de remplissage du réservoir du barrage. Un sujet d'autant plus pressant que l'Ethiopie a annoncé le 21 juillet, saison des pluies et un moment idéal pour commencer le remplissage du barrage conçu pour contenir 74 milliards de mètres cube d'eau, avoir atteint son objectif de remplissage pour la première année.
 

: Pour Abiy Ahmed, premier ministre, l’Éthiopie n’envisage aucunement pas de se détourner de son objectif qui consiste à commencer à remplir le réservoir du Grand barrage de la Renaissance sur le Nil.

Origine du conflit
 
Le Nil, qui coule sur quelque 6.000 kilomètres, est une source d'approvisionnement en eau et en électricité essentielle pour une dizaine de pays d'Afrique de l'Est. Le projet de méga-barrage sur le Nil bleu, lancé en 2011 par l'Ethiopie pour un montant de quatre milliards de dollars, vise à construire le plus grand barrage hydroélectrique d'Afrique, avec une capacité de production de plus de 6.000 mégawatts. Mais il suscite des tensions régionales, en particulier avec l'Egypte. Avec ses quelque 100 millions d'habitants, l’Egypte qui dépend presque entièrement des eaux du Nil craint que le barrage de la renaissance, situé en amont sur le Nil bleu, réduise la quantité d'eau qui lui parviendra.
En fonction de la rapidité avec laquelle l'Ethiopie remplira le bassin, le Caire s’attend à avoir 14 à 22% d'eau en moins. 30% des terres agricoles pourraient devenir arides, estime le gouvernement égyptien. 
Vidéoconférence sur le barrage de la Renaissance entre les ministres de l’Eau et de l’Irrigation éthiopiens, égyptiens et soudanais, le 9 juin 2020, vue de Khartoum. © © ASHRAF SHAZLY / AFP


Selon l'Égypte où déversent les eaux du fleuve ainsi qu’au Soudan, ce barrage a été créé pour nuire aux intérêts de l'eau égyptienne et assoiffer les Égyptiens. Indifférent au départ, le Soudan a changé de position après s’être rendu compte que la construction du barrage éthiopien finira par nuire aux intérêts du Soudan beaucoup plus qu’à ceux de la partie égyptienne, surtout si une partie ou la totalité du barrage s'effondre, ce qui suppose une catastrophe environnementale, sociale et politique pour le Soudan avec un risque de disparition des deux villes soudanaises, Khartoum et Omdurman, qui seront balayées de la carte. Ce qui a poussé le Soudan récemment à refuser de signer un accord bilatéral entre lui et la partie éthiopienne, sans l'Égypte, concernant le remplissage du réservoir du barrage de la Renaissance. Ce revirement stratégique soudanais intervient après un rapprochement égypto-soudanais, sur la question.
Afin d’éviter l’enlisement, le Soudan a proposé d'offrir un plus grand rôle aux observateurs de l'Union africaine pour aider à faire converger les différents points de vue. L'Ethiopie a accepté d'étendre le rôle des observateurs de l'UA, mais l'Egypte a refusé. Le Caire et Khartoum, en aval du fleuve, souhaitent un accord légalement contraignant, notamment sur la gestion du barrage. Addis Abeba, qui juge le Gerd essentiel à son développement, y est réticente. Plusieurs séries de négociations ont échoué ces dernières années. Si la confrontation continue, il pourrait y avoir un conflit dans la région.