Vaccin pour tous, ou chacun pour soi ?

L’Afrique et le Coronavirus :
Slogan anti-raciste.

A l’apparition du Coronavirus, et surtout après la faillite de la vision du confinement total à stopper la pandémie, l’avis est unanime que la vaccination constitue la solution idéale pour que le virus soit un simple passé oublié.
Reste à trouver le vaccin, s’assurer de son utilité, et surtout de sa disponibilité. Si ces questions se posent à travers le monde, elles s’imposent avec tant d’insistance concernant l’Afrique. Un continent, qui certes, ne tient pas le haut du palmarès des régions les plus touchées, mais au constat de l’infrastructure sanitaire, la certitude de la grande catastrophe, en cas de propagation rapide du virus, ne fait aucun doute.
 

Processus de la vaccination.

Des essais avant la vaccination…
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) insiste quant à la nécessité de mettre le futur vaccin contre le Coronavirus à la disposition de tous, comprendre essentiellement les pays pauvres, y compris l’Afrique, en tout cas la majorité des pays du continent noir.
Reste comme l’atteste le Dr. Éric D’Ortenzio, médecin épidémiologiste à l’Inserm «certaines populations peuvent parfois avoir des réactions immunitaires différentes».
Lee Fairlie, directrice de la santé maternelle et infantile précise : «Génétiquement parlant, nous avons une population très diversifiée en Afrique du Sud et différente de celle du Royaume-Uni ou du Brésil, c’est pourquoi il est important de mener des tests ici». Elle estime que l’essai sud-africain pourra permettre de juger de l’efficacité du vaccin pour tout le continent, «même s’il serait toujours mieux de mener des études supplémentaires dans d’autres pays».
Reste à rappeler que l’histoire des vaccins en Afrique, opérés les grands groupes pharmaceutiques, ont été source de «doutes» et même d’accusation. Comme a été le cas pour le plus célèbre groupe de ce domaine Pfizer en 1996, d’avoir profité du manque d’information des populations locales pour mener des tests dans des conditions douteuses.
Tout le monde a toujours en tête cette séquence sur la chaîne française LCI, où Camille Locht chercheur de l'Inserm et Jean-Paul Mirachef de service d'un hôpital parisien s'interrogent sur l'opportunité de tester un vaccin en Afrique dans le cadre du coronavirus fait polémique depuis sa diffusion. Les deux protagonistes ont été contraints de s'excuser.
L'association SOS Racisme s'est ensuite indignée : «Non, les Africains ne sont pas des cobayes !», avant de dénoncer «à l'endroit des corps noirs un mépris» et la comparaison avec le sida et les prostituées «problématique» et «malvenue».
Dr. Éric D’Ortenzio, médecin épidémiologiste à l’Inserm.


Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), au 25 août, plus de 170 vaccins COVID-19 sont à l'essai. Environ 138 d'entre eux en sont au stade préclinique (pas encore au stade des essais sur l'homme), tandis que 27 d'entre eux sont en phase un (essai d'innocuité à petite échelle), 17 en phase deux (essais d'innocuité élargis), 7 en phase trois (essais d'efficacité à grande échelle) et aucun n'a été officiellement approuvé pour une utilisation générale.
Camille Locht chercheur de l'Inserm.

Selon le site des Nations-Unis : Non seulement les Africains doivent participer aux essais de vaccins, mais les pays africains doivent se préparer dès maintenant pour le premier jour de disponibilité du vaccin. La préparation consiste à s'assurer que les vaccins quittent le site du fabricant, arrivent dans un aéroport de Lagos, d'Addis-Abeba ou de Ndjamena, etc., et sont finalement acheminés vers un centre de santé à Maridi, Kumbo et Khayelitsha. La préparation du vaccin COVID-19 exige des pays qu'ils le fassent :
  1. Déterminer les critères d'éligibilité - qui sera prioritaire et pourquoi ; en se rappelant que la plupart des calendriers de vaccination ciblent actuellement les enfants ;
  2. Élaborer une stratégie solide de distribution du vaccin ;
  3. Identifier où le vaccin sera administré et par qui (médecins, infirmières, etc.) ;
  4. Élaborer un plan solide d'achat, de chaîne d'approvisionnement et de distribution. Disposer d'un plan de durabilité pour garantir la disponibilité et l'accès continus au vaccin COVID-19.
  5. Jean-Paul Mira chef de service d'un hôpital parisien.
 
Rationaliser et institutionnaliser la préparation des pays.
Outre les efforts déployés au niveau continental, les mesures nécessaires pour se préparer au vaccin COVID-19 sont essentielles. Cela comprend la mise en place de structures multisectorielles pour faciliter les mécanismes d'approvisionnement et de distribution, le renforcement des capacités des travailleurs de la santé à administrer et à contrôler la sécurité des vaccins, la documentation des résultats de la vaccination et la mobilisation des ressources intérieures et extérieures pour faciliter l'approvisionnement et la distribution rapides des vaccins.
Lee Fairlie, directrice de la santé maternelle et infantile

 
Développer des stratégies pour sensibiliser les communautés.
Les chercheurs du monde entier accélèrent le développement des vaccins. Le prochain obstacle, si on ne s'y attaque pas maintenant, est l'hésitation à se faire vacciner, la peur de l'inconnu si l'on se fait vacciner. Les communautés doivent être au centre des essais du vaccin COVID-19 et des efforts visant à son utilisation complète.
Les communautés devraient jouer un rôle de premier plan dans l'identification et l'atteinte des populations les plus à risque lors des campagnes de vaccination. C'est le moment d'engager les communautés par l'intermédiaire des gardiens de la communauté, notamment les agents de santé communautaires, les chefs religieux et culturels, afin d'apaiser les craintes liées au vaccin.