Biden et l'avenir des relations américano-iraniennes

Depuis l'annonce de la victoire de Joseph Biden à l'élection présidentielle américaine, des dizaines d'études et d'analyses ont été publiées au sujet de l'avenir des relations américano-iraniennes.

Les approches variaient, entre ceux qui pensent que Biden apporterait des ajustements rapides à la politique et aux décisions de Trump, concernant les sanctions, et une deuxième opinion, plus conservatrice, qui considère que tout changement attendu aurait lieu progressivement et que les conditions dans lesquelles l'accord nucléaire a été conclu ont changé, et que l'Iran a violé certaines des dispositions de cet accord. Situation qui nécessite de nouvelles négociations. Une troisième opinion ne considère pas de différence d'objectifs entre Biden et Trump, et que le nouveau président cherchera à atteindre les mêmes objectifs, mais de manière différente et en comptant sur le soft power.

Dans tous les cas, la question de l'Iran constituera une préoccupation majeure pour la politique américaine au Moyen-Orient. Cela est dû à la gravité de la situation actuelle et à la confrontation militaire entre les deux pays, qui menace la sécurité et la stabilité dans la région, et en vue du soutien continu de l'Iran aux organisations qui lui sont fidèles au Liban, en Irak, en Syrie et au Yémen, et du fait qu'un certain nombre des principaux assistants de politique étrangère de Biden disposent d’une expérience réelle de la question iranienne.

Quatre parmi ces assistants ont joué un rôle déterminant dans les négociations qui ont conduit à l'accord nucléaire de 2015 : Le secrétaire d'État Anthony Blinken, le conseiller du président à la sécurité nationale Jake Sullivan, le chef de la CIA William Burns, ainsi que l'envoyé spécial du président pour le Moyen-Orient Brett McGurk. Ce dernier a également occupé le posye de sous-secrétaire d'État adjoint aux affaires irakienne et iranienne. Aussi, pendant la période 2014-2016, il a mené des entretiens secrets avec les autorités iraniennes pour la libération de quatre Américains emprisonnés à Téhéran. Il maitrise l’arabe et le farsi.

À cela s'ajoutent les positions et les décisions prises par l'administration Trump lors ses derniers jours, pour rendre plus difficile tout vouloir de Biden de changer de sa politique envers l'Iran. Le 5 janvier 2021, ont été prises des sanctions concernant 12 entreprises iraniennes qui produisent de l'acier, une entreprise chinoise qui exporte des matériaux en carbone utilisés par trois entreprises qui commercialisent des produits en acier à l'étranger. Sans oublier les accusations portées par l'ancien secrétaire d'État Pompeo le 12 janvier, selon lesquelles l'Iran est devenu le siège principal d'Al-Qaïda, dépassant de fait l'Afghanistan et le Pakistan, et que l'organisation opère sous la protection du régime iranien. Le lendemain, le département du Trésor a imposé des sanctions à l’encontre de certaines institutions sociales associées au régime au pouvoir, connues sous le nom de «bonyads», y compris des sanctions annoncées par le département d'État le 15 janvier à l’encontre des industries de la défense maritime et aérienne iranienne.

Malgré les déclarations iraniennes, voulant attester que la politique de Téhéran envers l'Amérique ne sera affectée par le changement de président, ce pays n'a pas caché sa satisfaction devant le départ de Trump, et s'attendait à ce que Washington regagne l'accord nucléaire, en particulier avec les déclarations de Biden en novembre dernier, où il a exprimé sa préférence de l’usage des voies diplomatiques pour traiter le différend avec Téhéran.

La plupart des analyses américaines considèrent que l'administration Biden ne devrait pas décider du retour à l'accord nucléaire tel qu'il est, et que son équipe responsable du dossier iranien devra traiter trois questions : Le premier concerne l'expansion de ses activités nucléaires de l'Iran, et la construction du réacteur de Fordow pour l'enrichissement d'uranium, et la décision de porter le taux d'enrichissement à 20%. L'importance de cette question augmente à la lumière des informations des services de renseignements américains, selon lesquelles le temps nécessaire à l'Iran pour produire des matières fissiles pour la fabrication d'une arme nucléaire a été réduit à quelques mois. Aussi, l'engagement américain de ne pas permettre à l'Iran de posséder une arme nucléaire. Le second concerne la nécessité de démanteler le programme des missiles balistiques, qui n'était pas couvert par l'accord nucléaire. Le troisième point concerne l’examen du rôle régional de l'Iran et la nécessité de mettre terme à son ingérence dans les affaires intérieures des pays arabes, et de cesser tout soutien aux organisations qui lui sont fidèles dans plus d'un pays.

Il est fort probable que l'administration Biden bénéficiera des erreurs de la politique unilatérale de Trump, et cherchera à construire une position commune avec ses alliés européens, pour mettre fin à tout différend entre les deux parties, sur lequel a parié l’Iran. Sans oublier une coopération à cet égard avec ses partenaires du Golfe, et du Moyen-Orient.

Il est clair que Biden vise le retour de son pays à l'accord nucléaire, à condition que l'Iran respecte ses termes. Tout en ajoutant d'autres dispositions, permettant de resserrer les procédures de contrôle pour leur respect. Cela était évident à travers les témoignages d'Anthony Blinken, candidat au poste de secrétaire d'État, et d'Avril Haynes, candidate au poste de coordinateur entre les services de renseignement américains, devant le Sénat.

Par conséquent, personne ne s'attend pas à une rapide résolution de la crise entre les relations entre les deux pays. On s’attend au plus à une réduction des effets des sanctions économiques dans les domaines humanitaire et sanitaire. Je crois que l'administration Biden fera attention dans les premiers mois à éviter l’interprétions de toute position ou initiative de sa part, pour influencer le déroulement des élections présidentielles en Iran, qui se tiendront le 18 juin 2021.