Négation en gros, et violence en détail…

Les émeutes de faubourgs tunisiens:

Tel un tremblement de terre, dont tout le monde est certain de l’imminence, mais sans pour autant prédire une date, les émeutes des faubourgs déshérités de certaines villes, essentiellement la capitale Tunis, ont mis le pied dans le plat politique, aussi bien par le nombre des contestataires, la violence, et surtout la détermination.

La surprise fut totale, comme si ces zones pauvres et surtout pleine de désespoir, n’existaient pas, ou ne devaient déranger la quiétude d’une classe politique toute confondue, qui pensait, ou même portait en elle une certitude inébranlable, que la «masse populaire» ne pouvait outrepasser les limites d’une «transition démocratique» qui se cherche un chemin.

 

Double vision et myopie de la conception…

La stupeur fut forte, Hichem Mechichi, Chef du Gouvernement, à travers une intervention télévisée laconique, a voulu à la fois, reconnaitre aux contestataires le droit de porter très la voix, et que son Gouvernement cherche à leur permettre de s’exprimer, qu’insister concernant le devoir de réprimer la violence des contestataires. Le président Kaïs Saïd, a quant à lui, préféré opérer une «descente» dans l’un de ces quartiers «chauds», et mettre en garde les jeunes contre «ceux qui veulent les manipuler»…

Deux actions vaines, ou du moins n’ont pu convaincre les contestataires, jeunes ou même adolescents pour la plupart, parmi lesquels les forces de l’ordre ont opéré plus de 600 arrestations selon certaines sources.

Ennahdha, partie prenante de la coalition gouvernementale, a préféré faire descendre «ses jeunes» dans la rue, pour (selon plusieurs responsables de ce mouvement) «protéger les bâtiments publics que les biens privés».

Plusieurs associations de la société civile, ainsi que plusieurs partis (de gauche et nationalistes) ont manifesté (en plein jour) pour dénoncer à la fois la «violence policière», la présence des «milices» du mouvement Ennahdha, qu’exiger «la libération imminente» des jeunes contestataires, que les forces de l’ordre ont arrêté, et même certains ont été jugé…

Deux approches contradictoires, mais au fond complémentaires : Les deux bords sont surpris et même dérangés par l’entrée sur la scène médiatique (au moins) de ces «émeutiers» qui ne font nullement confiance à toute la classe politique.

 

Changement ou chambardement ????

Certes, ces jeunes émeutiers jouent actuellement le rôle de «joker» sur l’échiquier politique tunisien, mais ne peuvent être aussi déterminants à la manière que certains espèrent. Ils sont porteurs d’un message de refus et nullement de proposition. Aussi, ne savent ou ne peuvent convertir leur potentiel numérique en force électorale.

Le plus dangereux, et ceci fait atrocement peur aux acteurs politiques en place : La violence de la rue, convertira la confrontation politique d’une horizontalité entre les partis politiques en place actuellement, à une verticalité entre toute cette classe confondue, d’une part, et une masse populaire, dont les jeunes contestataires ne sont que l’avant-garde.