Frédéric Lumbu Panda, expert africain, à «Majalla» :

La situation actuelle de l’Etat post - colonial est une véritable tragédie

Il est vrai que l’Afrique n’est pas une, au niveau des ressources, des capacités, et même de la qualité de la vie, mais persiste toujours en prononçant ce mot une image plus grise (foncée par moments) que blanche.

Pour comprendre et faire la lumière sur cette situation anachronique, «Majalla» a rencontré Frédéric Lumbu Panda.

Notre invité est licencié en sciences et gestion et il a un Master en gestion de la politique économique/de l’université de Kinshasa.

Acteur de la société civile, évoluant dans le secteur d’encadrement des petits commerçants dans les zones frontalières, plus dans le cadre du projet de facilitation du commerce dans la région des grands lacs. Il est aussi expert dans le groupe de travail du Cabinet du Ministre du Commerce Extérieur pour la mise sur pied ou la création et Intégration de la RD Congo dans la Zone de Libre Echange Continentale Africaine (ZLECAF).

 

L’Etat post-colonial africain a pris sa légitimité, dans sa promesse de prospérité, partage des richesses, et respect des droits de l’individu. Comment évaluez-vous la situation ?

L’évaluation de la situation post coloniale doit se faire autour des aspects suivants : politique, socio-économique, sécuritaire, sanitaire et environnemental.

En effet, la démocratie tant recherchée par les pères fondateurs africains est loin d’être réalisée.

En termes clairs, la situation actuelle de l’Etat post colonial africain, montre l’échec de la tentative de construction de cette entité. Une véritable tragédie, qui en menace l’existence. Une mauvaise gestion des capacités de survie, (force productrice), des capacités de cohésion (force culturelle), etdes capacités d’action (force de défense) dont il a la charge de conduire la destinée.

 

Acteur de la société civile, Frédéric Lumbu Panda

Que le modèle soit libéral ou socialiste, les Etats africains n’ont pas pu engendrer le développement. Sommes-nous devant une mauvaise application du choix (libéral ou socialiste), ou devant un mauvais choix, tout court ?

Le modèle libéral ou socialiste n’a pu pas engendrer le développement des pays africains, suite à l’absence des études approfondies pour voir lequel des modèles, conviendrait pour tel ou tel pays compte, tenu de ses réalités ou des richesses dont dispose le pays en question.

Loin de toutes ces réalités, les pays africains pour la plupart ont sombré dans le désespoir et une profonde misère. En d’autres termes, les africains ont fait du copier-coller, ainsi ces deux modèles ont été essoufflés et n’ayant pas su relever les différents défis des pays africains.

En outre, l’application du modèle libéral ou socialiste en Afrique a été la duplication parfaite de ce qui se fait enl’occident, et cela sans tenir compte des réalités socio-économique et politique africaines.

Les pays africains, doivent comprendre et maitriser les tenants et les aboutissants du fonctionnement de ces modèles (libéral et socialiste) pour les adapter aux réalités propres qui sont africaines. Je considère personnellement que le problème se situe au niveau des mauvais choix et de compréhension de fonctionnement de ce modèle.

 

Les investissements, et les échanges commerciaux des pays africains, se font pour plus de 75% avec des partenaires non-africains. Comment expliquez-vous ce phénomène ? Surtout en remédier ?

Les statistiques montrent que les investissements et échanges commerciaux des pays africains se font avec les partenaires autresqu’africains. Ceci se justifie par le fait que, les pays africains d’une manièregénérale sont producteurs presque des mêmes produits, et sans transformation aucune. La plupart de ces richesses ne sont même pas consommées sur place. A titre illustratif, les pays africains sont producteurs des produits miniers,agricoles,forestiers,pêches …

 

Pour y remédier, il s’avère primordial que les africains puissent maitriser la science, la haute technologie qui leur permettraient d’implanter et installer des industries de transformations mêmes légères soient-elles, pour donner une plus-value à nos produits afin de renverser la tendance en prenant un nouvel élan. Il serait aussi important de diversifier nos économies au lieu de se focaliser sur les matières premières qui pour la plupart sont à la base du malheur des états africains et qui crée l’insécurité, les rebellions, des groupes armés qui occasionnent les pillages des ressources naturelles, les guerres, massacres, tueries et déplacements forcé des populations.

L’Afrique porte l’image des «aides, malgré une richesse plus que conséquente. Comment convertir les richesses en développement ?

L’Afrique jusqu’à preuve du contraire, porte la casquette d’un éternel assisté, malgré l’immensité de ses ressources naturelles, comme nous l’avons dit ou expliqué à la 3èmequestion, l’Afrique ne dispose pas encore des industries capables de prendre en charge nos produits en vue d’une transformation quelconque, pour leur donner une certaine valeurajoutée. La présence de ces usines ou industries impliquerait la création d’emploi (la demande de la main d’œuvre), la recherche technologique, la création des richesses. Tous ces éléments mis ensemble pourraient booster le développement.

Pour convertir les richesses en développement, les dirigeants africains doivent penser à leur propre modèle économique et politique ou bien tirer les aspects positifs du socialisme et du libéralisme pour en faire un modèle proprement africain.

Le monde entier est entré en état d’alerte à cause du Coronavirus, sans trop accorder l’importance qu’il faut, à Ebola ou au paludisme, entre autres. Comment expliquez-vous la chose ?

Aujourd’hui, le monde entier est en état d’alerte suite à la pandémiedu Coronavirus sans trop accorder l’importance qu’il existe d’autres maladies aussi mortelles, telles que : Ebola, paludisme… LA COVID-19, étant une nouvelle maladie, la logique voudrait qu’on accordeplus d’attention à cette dernière, qui demeure encore un mystère, car les scientifiques ont du mal à s’entendre sur le protocole du traitement à administrer aux patients. Aussi, mêmesles différents vaccins proposés ont du mal à faire l’unanimité.

Toutes les firmes ou les grandes multinationales, surtout dans les secteurs pharmaceutiques ont mobilisé suffisamment de fonds en vue de réaliser du profit, par la production de vaccins, pouvant lutter contre ce virus et surtout la production à grande échelle des différents types de vaccins. En dernier ressort, il revient aux dirigeants africains d’opérer le choix rationnel et judicieux pour éviter tout effet surprise, par la résurgence d’Ebola et paludisme.