Biden et les travaux d’Hercule

Le nouveau Président américain Joe Biden a fort à faire. Les récents événements ont fracturé encore plus les États-Unis et la réconciliation n’est pas chose aisée. À l’intérieur de son parti, la gauche pousse avec force dans l’autre sens. Mais la constitution de son gouvernement montre qu’il ne cède pas aux pressions, il gouvernera au centre.

Ainsi, le département d’État, le Conseil National de Sécurité ou encore la CIA ont été confiés à des personnalités d’une grande expérience diplomatique. Joe Biden veut revenir au multilatéralisme, redonner à l’Amérique son influence sans que cela ne soit fait dans la tension permanente.

Sur le plan du climat, John Kerry reviendra dans l’accord de Paris très rapidement, pour des questions environnementales évidentes, mais aussi des investissements d’avenir et du rôle politique des USA, qui ne peuvent s’exonérer de ce combat mondial.

Sur le plan géostratégique, la ligne Biden, c’est la désescalade. Avec la Chine, où il voudrait que le conflit commercial, cette compétition « déséquilibrée» se règle dans la négociation, sans rien céder sur les intérêts économiques; contenir la Russie et son intrusion avérée dans la marche des institutions américaines, mais aussi sa participation active à des conflits où les intérêts américains sont en jeu.

La partie la plus complexe se joue au Moyen-Orient. La fin du boycott du Qatar est assurément une bonne nouvelle, un casse-tête en moins à gérer. Il y a des alliés traditionnels à rassurer, qui sont frileux vis à vis de l’Iran.

Les dernières normalisations arabes avec Israël, dont les deux priorités sont la sécurité et la prospérité économique, laissent à penser qu’il y a un contexte nouveau. L’accord sur le nucléaire est le point d’achoppement. La nouvelle administration n’exclut pas d’y revenir sous conditions. L’Iran doit cesser son agressivité envers ses voisins, cesser d’être un vecteur d’instabilité et maîtriser son arsenal de missiles balistiques. Des courants de pensée en Iran expriment la possibilité d’un deal allant dans ce sens y compris vis-à-vis d’Israël. On peut imaginer une pacification, rampante, à petit pas, entre ces deux pays contre la poursuite du programme nucléaire iranien à caractère civil et la levée des sanctions.

Pour la région d’Afrique du Nord, la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur son Sahara est irréversible et c’est un acquis. Mais pour que cette région devienne une zone de stabilité, face aux intempéries du Sahel, il faut construire le Grand Maghreb. Cela constituerait un pôle de croissance, mais aussi une ouverture vers l’Afrique, sur les plans économique, sécuritaire et d’influence, face à une Chine qui a avancé ses pions. Ces travaux d’Hercule seront la vraie priorité de Joe Biden.