Jack Lang à « la Majalla » : Le monde arabe est ma passion

Le ministre de la culture Jack Lang

  • J’ai eu de la chance d’être le seul ministre de la culture de François Mitterrand et de disposer des moyens et d’une liberté sans précédent
  • Je suis heureux d’être en contact directe avec le monde arabe ; sa culture est ma passion
  • Je défends l’islam et les musulmans, car je connais la vérité de cette religion, je sais aussi que les musulmans sont les premiers victimes des terroristes
  • Nous sommes heureux et fiers de son altesse royal MBS qui avait réussi avec courage et dignité cette réconciliation avec le petit frère qui est le Qatar

 

Paris: Le Haut conseil de l’Institut du monde arabe qui rassemble tous les chefs d’Etat, les ministres, les ambassadeurs de France et des pays arabes, puis le Conseil d’administration se sont réunis à Paris. À l’unanimité, Jack Lang a été reconduit à la tête de l’institution pour trois ans.

Ce Grand Ministre de la Culture français de 1981 à 1986, puis de 1988 à 1993, et aussi de l’Éducation nationale de 2000 à 2002, le fidèle des fidèles de François Mitterrand a été nommé par François Hollande en 2013 à la présidence de l’IMA (l’institut du monde arabe). Sous la houlette de Jack Lang, l’Institut du monde arabe, qui avait été construit par Jean Nouvel et inauguré en 1987. Né en 1939, diplômé de l’Institut d’Études Politiques de Paris, Docteur en Droit et agrégé de Droit Public et de Sciences Politiques, Jack LANG a été professeur de Droit Public et Doyen de la Faculté de Droit de Nancy. En 1963, il crée et devient Directeur du Festival international de théâtre universitaire de Nancy avant de prendre la direction en 1972 du Théâtre National de Chaillot. Sa carrière politique débute en 1977 comme Conseiller de Paris. Maire de Blois de 1989 à 2000, il est, également, député pendant plus de 20 ans, d’abord du Loir-et-Cher, puis du Pas-de-Calais.

En 1997, il devient Président de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée Nationale. Il est, également, Président du jury au Festival du Film de Berlin et prend la direction du Piccolo Teatro de Milan.

De 2000 à 2002, il rejoint le gouvernement du Premier ministre Lionel Jospin en tant que ministre de l’Éducation nationale. Jack Lang a également été Conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-Moon, sur la question de la piraterie internationale. En 2013, le Président de la République François Hollande le nomme à la présidence de l’Institut du monde arabe. Il est, également, l’auteur de très nombreux ouvrages et articles de référence. La Majalla a rencontré ce monument culturel français et le grand ami des arabes.

 

La Majalla : Vous étiez la joie des socialistes pendant 25 ans, et maintenant vous êtes l’homme le plus populaire de France pour la troisième année consécutive, quel est votre secret ?

Jack Lang : Il est difficile de parler de soi même, mais je n’ai pas de secret je crois que les citoyens de France ou d’ailleurs ont besoin de se reconnaitre à travers des personnalités qui ont une vision positive concrète et vivante de la société j’ai eu de la chance d’être le seul ministre de la culture de François Mitterrand et de disposer des moyens et d’une liberté sans précédent, les actes que j’ai pu aboutir ont touché les cœurs des gens et aujourd’hui encore très nombreux institutions que j’ai créé ou encouragé, le Louvre l’opéra la bibliothèque de France lima la fête de la musique et tant d’autres sont aujourd’hui là, elles portent témoigne d’une époque où le président de la république et son équipe dirigeait les affaires de l’état à la fois avec efficacité et enthousiasme. Vous savez que je suis un promeneur, j’aime me promener dans la rue et lorsque les gens me rencontrent je sens qu’ils aiment ce rapport direct facile sincère et humain avec eux souvent les jeunes et d’autres je suis heureux de voir aussi d’autres jeunes viennent du monde et témoignent leur admiration sur ce que j’ai fait , je ne cherche pas à me faire applaudir il me prennent comme un grand frère ou père, cette sympathie et cette popularité me permet d’engager une conversation facilement avec toutes les personnes que je rencontre par hasard, j’aime les écouter ou les aider parfois à travers mes amis ou mes élèves, ils me racontent des histoires très passionnantes sur leurs vies sur leurs espoir ou sur le changement de la société dans ce monde qui bouge.

 Le ministre de la culture Jack Lang avec notre correspondant à Paris

D’où vient votre culture encyclopédique ? On dit que vous lisez trois ou quatre livres par jour, est-ce vrai ?

 -     Non c’est faux, je lis qu’un livre par jour,mais je vais 3 fois par semaine à l’opéra ou au théâtre ou au cinéma, presque tous les jours c’est ma passion.Je regrette avec ce covid-19 que les activités sont arrêtées. Vous savez que parmi les choses que je regrette aussi,ce que les jeunes n’aime pas la culture, j’aimerais qu’on donne à tous les enfants en France et ailleurs, ce lien directe avec la culture vivante pas seulement la culture académique, ou la culture triste,  et qu’ à l’école et partout, on puisse donner aux enfants le goût et le plaisir de l’art et de la culture,je pense qu’ils réussiraient mieux dans la vie, car le chemin de l’art et de la culture ouvre souvent vers la langue et les mathématiques et d’autres savoirs, j’aimerai qu’on éduqueaux enfants la passion de la culture vivante.

La Majalla : Parlez-moi de votre merveille que vous avez créée avec votre ami le grand François Mitterrand qui est l’IMA, devenu l’un des monuments culturels de Paris, et que les présidents français et étrangers visitent souvent pour voir la magnifique œuvre de l’architecte Jean Nouvel.

- Oui, Jean nouvel, était un jeune architecte inconnu il avait 26 ans que j’ai découvert, je l’ai choisi pour construire un institut qui fait le pont entre le monde arabe et la France.Il est devenu une star mondial grâce à cet œuvre , je me réjouis que depuis ma nomination à la tête de l’institut du monde arabe, le président François hollande est venu 4 fois  et Sarkozy 2 fois et le président Macron plusieurs fois ainsi que les souverains arabes, européens, les princes et les ministres aussi.

*Quand est-ce l’idée de l’institut du monde arabe est née en réalité ?

- En fait, vers la fin des années 1970, le gouvernement français est plus que jamais conscient de l’absence de représentation du monde arabe en France alors que la France entretient des liens historiques anciens avec une grande partie des États qui composent le monde arabe. Depuis 1926, date à laquelle l’État a fait construire la Grande Mosquée de Paris, il manquait un lieu laïque pour valoriser la civilisation du monde arabe, son savoir, son art, son esprit et son esthétique. La volonté puissante des politiques de créer un pont entre l’Orient et l’Occident donne naissance le 28 février 1980 à l’idée de fondation de l’Institut du monde arabe, un établissement placé sous l’autorité morale d’un Haut Conseil, composé des représentants de tous les États membres de la Ligue arabe, et financé par la France et les États arabes.

*Donc ce n’est pas Mitterrand qui a eu l’idée ?

- Bien sûr que si, il l’a même concrétisé, mais c’est Valéry Giscard d’Estaing qui a été le premier à envisager un organisme de ce type afin d’apaiser les tensions du moment et de permettre des collaborations créatrices au lendemain de la première crise pétrolière. Très vite, à l’automne 1981, le président François Mitterrand augmente considérablement l’ampleur du projet en faisant en sorte que lui soit attribué un lieu en bord de Seine : une parcelle de terrain de l’université de Jussieu jusque-là inutilisée. Il m’avait consulté et j’ai beaucoup réfléchit j’ai lancé un concours est alors lancé auprès de jeunes talents pour concevoir un écrin exceptionnel au cœur du Quartier latin. Jean Nouvel, Pierre Soria, Gilbert Lezènes et Architecture Studio sont choisis (l’architecte-conseil saoudien Zyad Zaidan est également consulté). J’ai choisi Jean Nouvel il avait du talent son œuvre m’avait plu. L’IMA s’est inscrit très rapidement dans le paysage culturel parisien et confère un rayonnement nouveau à la culture arabe en France et en Europe.

La Majalla : Vous y organisez des évènements culturels phares ?

-Tout à fait, nos expositions permettent tous les jours au public de l’IMA de se confronter à ce monde singulier et bouillonnant. on a organisé des expositions phares comme celle très remarquée sur Les Chrétiens d’Orient ou sur le pèlerinage à la Mecque, Le pèlerinage a des racines qui remontent à la période antéislamique. Depuis l’instauration de l’islam, c’est-à-dire depuis tantôt quinze siècles, le hajj est l’occasion d’une rencontre religieuse, mais aussi sociale et culturelle, de millions de Musulmans de toutes origines ethniques et géographiques. C’est pour cela que j’ai invité les Théologiens, lettrés, artistes, commerçants, politiques ou simples croyants,qui ont fait de la Mecque, pendant quelques jours, un microcosme universel. Avec L’exposition Hajj je voulais présenter le pèlerinage à la Mecque dans ses diverses dimensions et à travers leur évolution historique. Expérience mystique individuelle, de méditation religieuse, source d’inspiration artistique et d’échanges transculturels, ces multiples facettes du pèlerinage sont présentées au public à travers des objets d’art médiéval, manuscrits et enluminures, tissus d’apparats et offrandes. La dimension contemporaine est largement présente, avec le regard d’artistes saoudiens sur le pèlerinage, les nombreux projets architecturaux d’aménagements des lieux saints et la parole des pèlerins. Le regard occidental n’est pas oublié : peintres orientalistes, voyageurs et chroniqueurs se sont interrogés sur cet évènement central de l’islam, croisant des thèmes communs aux deux civilisations : universalisme, figure d’Abraham, rapport à l’autre. C’était un grand succès nos expositions parfois organisées en partenariat avec des pays arabes. De nombreuses autres activités à l’IMA ont lieu : importante bibliothèque, concerts, conférences, performances, festivals. Cet institut a pour vocation d’accroître la connaissance et le rayonnement de la culture du monde arabe à Paris.Son musée s’est enrichi d’une donation de 1 500 œuvres d’artistes contemporain  comme celui du collectionneur libanais Claude Lemand, qui l’ont fait passer au rang de plus grand musée d’art du monde arabe d’Europe.

 

*L’institution s’affirme comme un outil culturel et diplomatique d’exception au service des relations franco-arabes

- Tout à fait, vous savez que l’IMA a été élu « Marque Culturelle Européenne 2014 » lors de la soirée « Awards des Marques Européennes de la Culture (9e édition) » (Berlin - 30 octobre 2014). En 2017, l’IMA a fêté ses 30 ans et continue de remplir sa mission au fil d'expositions patrimoniales variées qui toutes ont rencontré leur public, dont « L'épopée du canal de Suez. Des pharaons au XXIe siècle », « Cités millénaires. Voyage virtuel de Palmyre à Mossoul »; et « Foot et monde arabe. La révolution du ballon rond », qui vient d'ouvrir ses portes.L’Institut du monde arabe a été conçu pour établir des liens forts et durables entre les cultures pour ainsi cultiver un véritable dialogue entre le monde arabe, la France et l’Europe. Cet espace pluridisciplinaire est un lieu privilégié d’élaboration de projets culturels, bien souvent pensés en collaboration avec les institutions, les créateurs et les penseurs du monde arabe. L’IMA s’ancre pleinement dans le présent. Il se veut le reflet de toutes les énergies du monde arabe. Il entend ainsi marquer sa place unique dans le paysage des institutions culturelles. Aucun autre établissement dans le monde ne propose un éventail de manifestations aussi élargi en lien avec le monde arabe. Débats, colloques, séminaires, conférences, spectacles de danse, concerts, films, ouvrages, rencontres, cours de langue, de civilisation, grandes

L’Institut du monde arabe a également vocation à créer des passerelles en multipliant les collaborations avec des associations, des établissements scolaires et des hauts lieux culturels européens tels que La Comédie-Française, Bozar à Bruxelles, le Louvre ou encore la Maison européenne de la photographie. De nombreux projets sont en cours notamment grâce à l’ouverture d’une université de tous les savoirs (projet sous réserve de financements) et qui viendra compléter l’édition des Rendez-vous de l’Histoire du monde arabe.

 

La Majalla : Je vous vois dans toutes les fêtes nationales des ambassades arabes à Paris ou dans leurs pays comme invité d’honneur

-Je suis heureux d’être en contact directe avec le monde arabe, sa culture est ma passion, c’est pourquoi, je ne rate jamais les fêtes nationales des pays arabes, nous avons reçu des grande artistes du cinéma égyptienne je suis très heureux de rencontrer les grands du monde les princes des pays du Golfe nous avons très grand nombre des projets communs et concrets.J’étaisinvité en Egypte au festival du cinéma du Caire ils m’ont rendu hommage et à mon amiYoussefChahine, j’ai même organisé en avril 2019.un festival du Drama arabe à l’IMA .Son altesse l’émir du Qatar Tamim ben Hamed Al Thani m’a invité à l’inauguration de la bibliothèque du Qatar et aussi à l’inauguration du muse du Qatar, j’étais invité aussi lors de l’inauguration du Muséd’AbouDhabiqueJean Nouvel a construit. je réfléchis avec les princes des Emirats et du Qatar et de l’Arabie Saoudite à des séries plans de coopérations entre l’institut et leurs musés nationaux c’est un lien solide et sérieux que garde avec nos amis arabes qui  sont désireux comme nous-mêmes de construire des projets communs et d’aller plus loinque les projets.J’ai eu honneur aussi de rencontrer les souverains arabes, rois, princes et présidents à paris et dans leur pays j’ai eu l’occasion de les saluer,je leur ai dit ma gratitude et présenté l’amitié la France je vais parfois seul et parfois avec ma femme.

*Vous êtes l’ami de tous les arabes, vous étiez le seul responsable qui pouvait voir en même temps les princes MBS et MBZ et TAMIM pendant qu’ils étaient en conflit, maintenant ils se sont réconciliés grâce à l’initiative du prince héritier du royaume saoudien Mohamed Ben Salman, que pensez-vous de cette réconciliation et de la déclaration de solidarité adoptée à l’occasion du Sommet de Coopération du Golfe qui s’est tenu le 5 janvier à Al-Ula, en Arabie Saoudite?

 -  Je suis très heureux de cette excellente initiative qui témoigne la clairvoyance et la sagesse du jeune prince héritier saoudien MBS, car ils sont des pays frères je ne suis pas ministre des affaires étrangère mais je voyais que cette tension entre ces pays arabes du golfe avait trop duré et qui n’a fait que du mal aux arabes et à nous les français et m’ a fait beaucoup de peine car ils sont des pays amis et frères, le monde arabe devrait s’unir et pas se diviserPour nous ,la stabilité, la sécurité et le développement économique et culturel de la région passent par une coopération étroite entre les membres du Conseil de Coopération des États Arabes du Golfe. Je ne peux me substituer aux différents gouvernements, mais à travers la culture et l’histoire qui nous uni tous nous avons manifesté notre fidélité et amitié aux pays arabes nous avons des liens solides et historiques avec tout le monde arabe nous sommes heureux et fiers de son altesse royal MBS quiavait réussi avec courage et dignité cette réconciliation avec le petit frère qui est le Qatar. La France salue chaleureusement, et se félicite du rapprochement engagé entre les membres du Conseil de Coopération des États Arabes du Golfe. L’ouverture des frontières qui a été annoncée le 4 janvier représente une étape positive importante dans ce processus de réconciliation. Je salue particulièrement la médiation de l’État du Koweït, le rôle des États-Unis et les efforts de tous les pays qui ont permis d’aboutir à ce résultat.

*En quelle langue (anglais ou arabe) parlez-vous avec les princes arabes?

- Vous savez que je me réjouis énormément, car il y a beaucoupde princes arabes parlent français comme le prince Tamim ben Hamed Al Thani que je connais bien il parle un français admirable ainsi que son frèreMohamed son conseiller diplomatique et sa sœur Sheikha Mayassa je connais aussi des hauts responsables, certains princes Saoudiens, émiratis, koweitiens et des autres pays du golfe sont francophiles ou francophones. Moi-même je suis fière d’être arabophone.Vous savez que L’institut du monde arabe a mis en valeur l’apprentissage de la langue arabe  pour le sort de cette magnifique langue.

*Vous êtes le plus grand défenseur de l’islam lorsqu’il est attaqué en France par le front national ou par les médias et certains Français qui font l’amalgame après les attentats commis par des barbares qui n’ont rien à voir avec l’Islam, alors que le monde occidental a eu ses propres terroristes religieux au sein du christianisme mais on n’a jamais prononcé le terme « terroriste chrétien » mais ici on entend souvent « les terroristes islamistes »

-Je défends l’islam et les musulmans car je connais la vérité de cette religion, je sais aussi que les musulmans sont les premiers victimes des terroristes ; je suis un homme de culture et il suffit de lire le Qûran et l’histoire des musulmanset ce qu’ils ont offert au monde dans toutes les domaines, pour connaitre et aimer cette culture,  nous avons organisé un musé sur le rénové arabe le monde arabe ont réalisé des merveilles dans toutes les domaines positive dans la recherche, science, philosophie, culture, médecine, architecture, art etc le président a inauguré l’évènement. Nous avons organisé avec un grand succès l’exposition sur la Mecque à laquelle nous avons invité tous les représentants de toutes les religions monothéistes en présence du premier ministre ; chaque Français musulman ou non doit engager une action pour que l’islam soit reconnu dans toute sa dignité l’Islam est synonyme de paix et non pas de violence. Vous avez raison de dire que nous en occident avons connu cela dans d’autres religions au sein même de la religion catholique, l’acquisition en Espagne et ailleurs par exemple, il y a eu des déviations pour des raisons diverses ces barbares comme vous dite utilisent la religion pour exercer le pouvoiret exercent une sorte de dictature religieuse ils font mal considérable à la religion et aux musulmans et au monde arabe. Je défens l’islam cat c’est une religion de respect et de non pas d’agression, c’est la raison pour laquelle il faut combattre ces intégristes c’est pourquoi le président de la république a demandé de faire sortir une loi contre les séparatistes religieux on doit monter le vrai visage de l’islam.

Oum Kalthoum

*On a remarqué que vous êtes aussi amoureux de« l’art et la poésie arabes »

- Effectivement et j’en suis fière, vous savez qu’au tournant du XIXe et du XXe siècle, alors que l’histoire de l’art commence à s’intéresser au monde islamique, la question passionne les savants européens et surtout français. Un art a-t-il pu naître « du sol stérile de l’Arabie, où vivaient de frustes populations bédouines, de « race » sémite ? Si le sujet fait autant débat, c’est sans doute que le terme « arabe » lui-même est polysémique. Pour certains, il ne s’applique qu’aux habitants « originels » de la péninsule Arabique, c’est-à-dire essentiellement des Bédouins nomades, peuples du désert, dont la principale tradition artistique est poétique. Pour d’autres, il englobe, de manière plus vaste, toutes les populations, à l’origine de productions riches et diversifiées, qui ont adopté l’arabe comme langue vernaculaire. Fortement teinté de racisme, ce débat s’est éteint de lui-même après le milieu du XXe siècle. Les historiens d’art ont généralement adopté l’expression « art islamique », ou « arts de l’Islam », en considérant l’Islam comme une vaste civilisation, rassemblant des peuples, des religions, des langues et des cultures différentes. Car si un élément devait caractériser la production artistique du monde arabe, c’est sans doute le fait que, placé à un carrefour entre Europe, Afrique et Asie, celui-ci s’est enrichi au contact de cultures diverses et a donné naissance à un art aux expressions riches et multiples.

Asmahan

La poésie, art arabe par excellence

Quant à la poésie, je pense que s’il doit exister un art purement « arabe », c’est sans doute dans la littérature qu’il faut le chercher. La poésie était pratiquée dès avant l’islam par les tribus bédouines du désert d’Arabie. Les arabes étaient champions du monde de la poésie, au cours du VIe siècle de l’ère chrétienne, le poète était le porte-parole de sa tribu, qui en défendait l’honneur lors de joutes régulières. L’éloge, personnel ou du groupe, est prépondérant. Après la naissance de l’islam, de nouveaux thèmes viennent enrichir le répertoire : satires, célébrations bachiques, odes à l’amour, chastes ou érotiques, poèmes mystiques. Comme d’autres, la poésie arabe est destinée à être déclamée. Le poème est une musique, l’alternance des syllabes longues et courtes lui confèrent son rythme particulier. Chaque vers, composé de deux parties, suit la même construction tout au long du poème. Seize mètres canoniques ont été codifiés dans les premiers siècles de l’Islam, mais des variations existent selon les régions et les époques. De nos jours, la poésie demeure prisée dans le monde arabe. Les concours télévisés de récitation de poésie rassemblent des milliers d’amateurs. Tout en continuant de porter une attention au rythme et à la musicalité du vers, les poètes d’aujourd’hui se sont progressivement affranchis des formes et des mètres classiques, au profit du vers libre.

 

Dalida

*Vous savez que chez nous la musique et la danse, sont compagnes de la poésie

- Oui tout à fait, si la poésie est musique, la musique arabe ne saurait se passer de la poésie. Dans l’Arabie préislamique, les poètes étaient également des chanteurs, et les voix de certaines femmes accompagnaient les armées à la guerre. Malgré une réticence religieuse vis-à-vis de la musique, la civilisation de l’Islam a largement développé l’art musical, à la fois en contexte profane, pour accompagner les célébrations des âges de la vie et les banquets, et en contexte religieux. Si l’appel à la prière du muezzin peut parfois être comparé à un chant, ce sont surtout les mystiques soufis qui ont  développé cette pratique, afin d’atteindre une pureté spirituelle et d’entrer en communion avec Dieu.

 

La musique arabe a puisé à de nombreuses sources byzantines et surtout persanes. L’interprète principal, chanteur ou instrumentiste, se livre le plus souvent à l’improvisation sur l’un des modes définis par les théoriciens du Moyen Âge d’après des conceptions mathématiques. Le chant, qui met en valeur le texte poétique, est particulièrement prisé, mais les instruments sont aussi utilisés : en premier lieu le luth, ou oud, mais aussi les percussions et les instruments à vent.

Si les instruments arabes ont gagné l’Europe dès l’époque médiévale, à partir du XVIIIe siècle, les influences occidentales se font à leur tour sentir dans le monde méditerranéen. En 1869 ouvre au Caire un opéra. Au XXe siècle, les styles se mélangent et revivifient la tradition musicale arabe, portée par de grandes divas comme Oum Kalsoum ou Fayrouz. Dans le monde arabe, la musique accompagne aussi les danseurs. Très loin de l’image de la « danse du ventre », popularisée pendant la colonisation, puis dans les films égyptiens des années 1960, les danses arabes se signalent par leur diversité. Comme ailleurs, elles se pratiquent en groupe ou en solo, par des hommes, des femmes, ou des ensembles mixtes. Imprégnées de traditions d’Afrique noire, d’Andalousie, des mondes turc et berbère, etc., les danses du monde arabe ont aussi exporté certaines de leurs traditions. Le domaine a connu, depuis les années 1980, un profond renouvellement, avec le développement de chorégraphies « savantes » contemporaines, mais aussi de mouvements comme le hip hop.

*Quelles sont vos activités pour 2021 ?

- Pour le cette année 2021,  on organise beaucoup d’évènements tout en respectant les consignes et la sécurité sanitaire, mais nous allons rendre un hommage unique aux plus grandes artistes femmes de la musique et du cinéma arabes du XXe siècle, avec une exposition événement qui célèbre à la fois leur histoire et leur héritage contemporain. Dès cet été, un avant-goût musical en est donné sur le toit de l’Institut avec l’ouverture de l’IMA Summer Club, le club éphémère« rooftop » de l’Institut. 3 mars 2021 - 25 juillet 2021 Expositions.

Fayrouz

D'Oum Kalthoum à Dalida

L’exposition ‘’Divas’’, d’Oum Kalthoum à Dalida dresse les portraits épiques et étonnants des divas de l’« âge d’or » de la chanson et du cinéma arabes, à travers un parcours abondamment nourri de photographies d’époque, souvent inédites, d’extraits de films ou de concerts mythiques, d’affiches cinématographiques au graphisme glamour, de magnifiques robes de scène, d’objets personnels et d’interviews rares. D’Oum Kalthoum à Warda al-Djazaïria, d’Asmahan à Fayrouz, de Laila Mourad à Samia Gamal, en passant par Souad Hosni, Sabah sans oublier la toute jeune Dalida, l’exposition se veut un fabuleux voyage au cœur des vies et de l’art de ces chanteuses et actrices de légende, mais également une exploration des changements profonds qu’elles ont portés. Icônes intemporelles, femmes puissantes, symboles adulés dans les sociétés arabes d’après-guerre, ces divas aux carrières exceptionnelles s’imposent du Caire à Beyrouth, du Maghreb à Paris, incarnant une période d’effervescence artistique et intellectuelle, une nouvelle image de la femme, ainsi que le renouveau politique national qui s’exprime du début des années 1920, notamment en Égypte, jusqu’aux années 1970. L’exposition met ainsi en lumière, à travers ces divas, l'histoire sociale des femmes arabes et la naissance du féminisme au sein de ces sociétés patriarcales, leur participation au panarabisme et aux luttes d'indépendance dans les contextes de la colonisation et de la décolonisation, et – avant tout – leur rôle central dans les différents domaines artistiques qu'elles ont contribué à révolutionner.