Saad Ramadan à «Majalla» : J'ai vécu une «histoire d'amour» avec ses délices et ses amertumes

A l'intention d'immigrer en Egypte
L’artiste libanais Saad Ramadan

* Je rêve de fonder une famille, et être acteur me séduit

* J’ai le cœur brisé suite à l’explosion du port. «Les douleurs de Beyrouth» est la chanson que j'ai chantée de tout cœur

* Je garde mon secret et je deviens faible devant ma bien-aimée

* Après la révolution libanaise, j’ai compté sur la honte des politiciens. Je ne peux être tranquille avant leur départ.

 

Beyrouth: Les histoires d'amour nous donnent l'illusion d’être parfaites, mais ne résistent pas aux tempêtes, et ne connaissent pas toujours par des fins heureuses, qui contrastent avec les débuts glorieux. Tel est l’avis exprimé par le chanteur libanais Saad Ramadan dans sa dernière chanson «Histoire d’amour». Il nous ouvre son cœur, à travers cette interview, révélant qu'il a vécu la réalité de la chanson avec son amour, et évoquant les souvenirs des premiers jours de cette relation, qui ne meurent pas, mais résonnent toujours dans l'âme.

 

* À la fin de 2020, vous avez lancé une chanson réaliste qui relate des événements réels, une «Histoire d'amour» qui raconte, la rupture d'une relation que nous avions imaginée parfaite, alors que le destin est parsemé de déception et de séparation. L'avez-vous vécue ?

- J'ai chanté une «Histoire d'amour» il y a un an et reporté son lancement en raison des circonstances actuelles, et pendant cette période, j'ai découvert à quel point elle est réelle. J'ai traversé une situation personnelle qui m'a fait découvrir encore plus le sens de la chanson. Je l'ai vécue à la lettre, et j'ai découvert après sa sortie qu'elle incarne vraiment ma relation avec ma bien-aimée. Donc les mots sont très sincères et profonds. «Qu’on me raconte une histoire d’amour, qui a fini telle elle a commencé. Les plus célèbres histoires ont mal fini». Même Roméo et Juliette ont fini par se quitter.

J'ai pensé à immigrer et pris la décision de m'installer en Egypte

Le public a adoré la chanson et salué son réalisme. J’ai collaboré avec le poète Ali al-Mawla, le compositeur FadlSuleiman et l’arrangeur Elia Nesta. Le clip a été réalisé par KifahBallani.

 

* Voulez-vous dire que vous avez rompu avec votre bien-aimée ?

- Je pense que notre histoire est terminée. Après 5 ans d'amour, j'ai cru que cette relation serait parfaite, mais son éclat n'a pas duré. Tout ce que j'ai vécu pendant cette année a été traduit dans la chanson. J'ai vécu une «Histoire d'amour» avec ses délices et ses amertumes. Comme le précisent si bien les paroles : «L'amour est un mode de vie, et pas uniquement des sensations. L’amour a besoin d’être vécu, et non pas d’être senti».

 

* L'explosion du port de Beyrouth vous a fait pleurer, et en solidarité avec ses victimes et blessés, vous avez lancé la chanson «Les douleurs de Beyrouth»… Qu’est-ce qu’elle présente pour toi ?

- Parmi plus de trente chansons que j'ai interprétées dans ma carrière artistique, «Les douleurs de Beyrouth» est celle que j'ai le plus chantée de tout mon cœur. Il m’a fallu seulement une heure pour la préparer, et je l’ai chantée avec amertume. Même si je n’étais pas touché physiquement, je me suis senti brisé de l’intérieur. Psychologiquement, j’étais ébranlé… J'ai 34 ans et je n'ai jamais ressenti le sentiment de mal comme cela m'est arrivé avec l'explosion du port, la blessure était grande et je voulais traduire mes sentiments à ce moment-là, alors j'ai contacté l'écrivain Mazen Daher, qui a écrit les paroles de la chanson en introduction : «Lève-toi, et protège-nous. Beyrouth, reine du monde, que Dieu a dessinée». Sur une musique de Salah Al-Kurdi, et un arrangement d’Elia Nesta. Je l’ai chantée accompagnée par un piano.

Les gens ont été touchés par la chanson et ils m'ont dit : «Nous avons pleuré», et j'ai en fait pleuré au moment où elle a été enregistrée. Je l'ai aussi chantée sur la scène de l'Opéra égyptien lors de ma participation à la 29e édition du «Festival de la musique arabe» en novembre dernier, et c'est l'une des chansons avec lesquelles les fans d'opéra ont le plus interagi. Comme la chanson ne dépasse pas une minute et demie, j'ai demandé à son auteur de la rallonger. Je l'ai chantée sur scène et mes sentiments étaient, ce jour-là, indescriptibles. La blessure était très profonde, car j’ai chanté de tout mon cœur».

 

* Comment était le retour sur scène après 9 mois d’absence ?

- J'ai senti que c'était mon premier concert, comme si je montais sur scène pour la première fois, d'autant plus que la scène est spéciale, Car le Théâtre de l’Opéra constitue pour tout artiste débutant ou expérimenté, un rêve, sans oublier un public mélomane. Je me suis senti en examen et non dans un concert. Excité de rencontrer la foule, de monter sur scène et de chanter. Une expérience que j’ai savourée. Je suis également fier de ma participation au «Festival de la musique arabe» en tant que plus jeune artiste libanais de ma génération, et pour la quatrième fois, tout y est différent. Espérons qu’on reprendra une vie normale après l'épidémie du Coronavirus. L'art est une humeur plus qu'un métier, et si je ne suis pas de bonne humeur, je ne peux pas chanter. Nous avons été psychologiquement détruits au Liban, mais la vie continuera…

 

* A la lumière des crises dans lesquelles nous vivons au Liban, avez-vous pensé à immigrer ?

J'ai pensé à le faire et pris la décision de m'installer en Egypte, et j'avais l'intention d'y rester, après le concert de l'Opéra, mais je suis revenu. Et je devais visiter le Caire après le Nouvel An, et m'y installer pendant environ deux mois pour préparer un nouvel album, mais l'épidémie du Coronavirus m'en a empêché. J'aime mon pays et je ne souhaite pas émigrer, mais si la crise économique persiste, la situation va pousser la jeunesse à quitter le pays.

L'amour ne disparait pas au moindre problème, et nos beaux souvenirs ne meurent pas, mais palpitent plutôt avec nos âmes!

 

* Vous aviez l'intention de voyager en Egypte pour préparer un nouvel album, le projet est-il toujours valable ?

- Je ne travaillerai pas sur un album, mais plutôt sur des singles, et au vu des conditions dans lesquelles nous vivons, la création vise à marquer la présence, et nullement à gagner de l’argent. Nous sommes les otages des circonstances qui nous entourent, et il nous est difficile de penser à demain. Uniquement au jour le jour, comme on dit. A l’image des paroles d’une chanson que j’ai présentée depuis quelques années : «Je ne sais rien, même mon prénom, je l’ai oublié», ajoute-t-il en plaisantant.

 

* Quel souhait portez-vous pour votre pays ?

- Après le déclenchement de la Révolution du 17 octobre, j'ai parié sur la honte des politiciens que je déteste tous. J'ai espéré qu'ils rendraient l'argent volé au peuple, mais il s'est avéré qu'ils étaient impolis et sans conscience.

Mon pays ne se calmera pas tant l’équipe politique au pouvoir n’aura pas disparu. «Que Dieu nous en soulage». Les gens sont attachés à un fil d'espoir et le changement doit venir. Il est entre les mains de la jeune génération. Cette génération qui ne trouvera pas d'emploi, encore moins de soutien. La jeunesse va opérer des changements, et ne plus permettre à quiconque de s’en moquer, ou acheter leurs voix. A mon avis, tout changera aux prochaines élections.

 

* Vous avez participé avec votre voix à la série «Une seconde chance», où vous avez chanté «Ahwak» du regretté Abdelhalim Hafedh. Allons-nous vous voir en acteur ?

- L'idée de jouer est présente. Après avoir obtenu mon diplôme universitaire, j'ai obtenu une licence en sciences musicales il y a cinq mois. J'ai l'intention de suivre des cours de théâtre, c'est ce sur quoi je me concentre maintenant, car on m'a proposé de participer à de nombreuses œuvres, mais j'ai refusé et je ne l'ai pas regretté en espérant réussir dans un rôle qui me ressemble. Ce qui compte le plus pour moi, est de porter un ajout à ma carrière, car je ne suis pas prêt à démolir ce que j'ai construit au cours des 12 dernières années.

 

* Quels sont les moments les plus heureux de votre vie, qui ne quittent pas votre mémoire ?

- De nombreuses étapes de la vie qui ne quittent pas ma mémoire. Une année s'est écoulée au cours de laquelle j'ai parcouru le monde pour tenir concerts et festivals, remportant de nombreux succès. Ces jours restent inoubliables… Les premiers jours d'amour ont été «fous», des moments que j'ai vécus avec ma bien-aimée. Je n'ai pas oublié, même si l'été de l'année 2020 a été «le meilleur été». J'ai fait du tourisme au Liban et j'ai passé du temps à faire de la randonnée, du hiking, de la méditation et du vélo.

 

* Vous n'avez pas rompu avec vos followers. Vous avez chanté pour eux depuis chez vous pendant la période du confinement. Quel est le rôle des réseaux sociaux dans votre vie ?

Les réseaux sociaux sont très importants dans ma vie et j'y consacre beaucoup d'efforts, car ils me rapprochent du public, et à travers eux je mesure le taux de réussite de mon travail en termes d'audience et de tendance.

 

* Avez-vous un rêve récurrent ?

- Le rêve d’être acteur. Celui d'acquérir une renommée internationale et pas seulement au niveau arabe, également. Mon  grand rêve, est de fonder une famille solide, et d'avoir des enfants.

 

* Quelle est la personne devant laquelle vous êtes faible ?

Je ne fais pas partie de ceux qui montrent leur faiblesse, j'essaye généralement de la cacher, mais une fois tombé amoureux, je deviens plus faible devant ma bien-aimée, car elle est mon miroir.

 

*Pourriez-vous reprendre avec votre ancien amour ?

L'amour ne disparait pas au moindre problème, et nos beaux souvenirs ne meurent pas, mais palpitent plutôt avec nos âmes ! L'idée du retour est toujours présente, car la bien-aimée est le refuge et la sécurité, mais la vraie séparation commence avec l'absence de l'empressement...

 

* À qui faites-vous confiance pour tous vos secrets ?

- Je suis une personne de nature franche et transparente, mais je garde mes secrets pour moi. Du moment où j’ai décidé de garder un secret, personne ne peut le savoir. Depuis plus de 5 ans, j'ai caché l'identité de ma bien-aimée, et personne n'a pu rien découvrir.

 

* Qu’allez-vous présenter après «Histoire d'amour» ?

- Je pense présenter une chanson au rythme des pays du Golfe, et une autre égyptienne. Je veux, aussi, chanter en dialecte tunisien, en plus de préparer une chanson libanaise pour laquelle j'ai collaboré avec Ali al-Mawla, Salah al-Kurdi et Elia Nesta.