Un voilier géant à l’assaut de la pollution plastique océanique

VUE LATERALE TANGONS DEPLOYES (Synthes3D for The Sea Cleaners)

  • Bourgnon :« Dès l’âge de 8 ans, j’ai eu la chance de faire le tour du monde avec mes parents, pendant quatre ans»
  • Il a vu les océans se dégrader sous ses yeux, souillés notamment par la pollution plastique
  • The SeaCleaners et le projet Manta sont nés du choc qu'il a ressenti lorsqu'il a réalisé l'ampleur de cette pollution
  • Le Manta sera le seul bateau de travail au monde capable de gérer à bord 100 % des déchets plastiques
  • Trois autres missions sont assignées à ce navire-usine, faisant du Manta une solution complète de lutte contre la pollution plastique
  • Le Manta sera mis à l’eau en 2024 : « Nous avons l’intention d’organiser notre première mission en Méditerranée, au large de la Tunisie, de l’Egypte ou encore du Liban»

Paris:  L’histoire d’amour d’Yvan Bourgnon avec la mer date de sa plus tendre enfance. « Dès l’âge de 8 ans, j’ai eu la chance de faire le tour du monde avec mes parents, pendant quatre ans». Aventurier et navigateur aux multiples records, il a vu les océans se dégrader sous ses yeux, souillés notamment par la pollution plastique.

Lors de ses courses transatlantiques, Yvan Bourgnon est souvent entré en collision avec des containers - en 2015 notamment, dans le golfe de Gascogne, lors de la Transat Jacques Vabre, l’obligeant à abandonner la course - ou d’autres OFNI (objets flottants non identifiés) qui lui ont fait prendre conscience de l'augmentation de la pollution plastique. Mais The SeaCleaners et le projet Manta sont vraiment nés du choc qu'il a ressenti lorsqu'il a réalisé l'ampleur de cette pollution dans certaines régions du monde où il naviguait.

« Quand j’ai fait le tour du monde en catamaran de sport, en solitaire de 2013 à 2015, j’ai été sidéré de découvrir que les endroits vus enfant et dont je me souvenais comme étant sauvages, paradisiaques, étaient devenus de véritables décharges à ciel ouvert », nous confie le navigateur franco-suisse.

Yvan Bourgnon (Synthes3D for The Sea Cleaners)

Grand responsable de cette situation ? Le plastique, une invention humaine qui ne date que des années 1950. « De retour en France, j’ai décidé d'agir et j’ai créé́ The Sea Cleaners en 2016 », nous déclare Yvan Bourgnon.

« Projet-phare de The Sea Cleaners, le Manta est le fruit de trois années de recherche et développement. Ce navire unique au monde est un catamaran géant, le premier bateau-usine capable de collecter et valoriser en mer de grandes quantités de macro-déchets plastiques flottants. Sa conception biomimétique inspiré de la raie Manta (d’où son nom), son système de propulsion hybride novateur et son alimentation par des sources d'énergies renouvelables permettront au Manta de fonctionner la plupart du temps de manière autonome», nous explique le Président-Fondateur de The SeaCleaners.

 

Grâce à une combinaison unique de moyens de collecte, le Manta, long de 56 m, avec une envergure de 46 m lorsque ses systèmes de collecte de surface seront déployés, et haut de 62 m, sera en mesure de ramasser aussi bien les macrodéchets flottants que les débris plus petits à partir de 1 cm, jusqu'à un mètre de profondeur.

Le Manta sera le seul bateau de travail au monde capable de gérer à bord 100 % des déchets plastiques collectés en mer grâce à son usine embarquée. Ils y seront triés manuellement, traités et valorisés grâce à une unité de conversion énergétique par pyrolyse, capable de transformer l’intégralité du plastique collecté en énergie, avec une empreinte environnementale minime. Avec une capacité de collecte et de traitement des déchets de 1 à 3 tonnes par heure, l'objectif du Manta est de débarrasser les océans de 5 000 à 10 000 tonnes de déchets plastiques par an.

La propulsion du navire sera quant à elle assurée par un système hybride sur mesure combinant 1 500 m2 de voiles installées sur des gréements automatisés et des moteurs à propulsion électrique. L'électricité sera produite par une série d’équipementsembarqués de production d’énergies renouvelables (deux éoliennes, des hydro-générateurs, près de 500 m2 de panneaux solaires photovoltaïques) et par une unité embarquée de valorisation énergétique des déchets. Ce système unique et novateur permettra au Manta de fonctionner 50 à 75 % du temps en moyenne de manière autonome, sans utiliser d'énergie fossile, avec une empreinte environnementale réduite au strict minimum.

Au-delà de sa vocation de « nettoyeur des mers », trois autres missions sont assignées à ce navire-usine, faisant du Manta une solution complète de lutte contre la pollution plastique, à la fois corrective et préventive.

 

Après trois semaines de collecte en mer, les escales du Manta lui permettront d’assurer la mission de sensibilisation et d'éducation que s’est fixée The SeaCleaners. Chaque jour, plusieurs centaines de personnes seront accueillies à bord du navire pour des conférenceséducatives et des activitéspédagogiques sur la pollution plastique. 200 m2, dont une salle de conférence pouvant accueillir 80 personnes, seront dédiés à cette mission. « Chez The SeaCleaners, nous allons déjà sensibiliser les gens dans les écoles, les entreprises ou dans des festivals notamment, car chaque geste compte, et la réduction du plastique se fait à la source ! », explique Yvan Bourgnon.

La vocation du Manta est également d’être un bateau de démonstration technologique pour accompagner les acteurs locaux dans le développement et la structuration de filières locales de gestion et de valorisation des déchets. Dans une optique de transfert de compétences et de codéveloppement, des visites seront organisées à bord pour les décideurs politiques, industriels et économiques des régionsconcernées, afin d’adapter aux contextes locaux les solutions présentes sur le Manta, notamment les Mobula (petits bateaux de collecte), l’usine de tri et de préparation des déchets, l'unité́ de valorisation énergétique des déchets ainsi que les technologies de navigation propre du Manta, pouvant servir au développement des "green ships" et "smart ships".

Bateau-ambassadeur, il s’agira pour The Sea Cleaners de montrer que les technologies de collecte et de valorisation des déchets plastiques marins sont efficaces et abordables. En favorisant un modèle de duplication, l’objectif de l’association est d’ouvrir la voie en étant un pionnier, en incitant d’autres acteurs à s’emparer du problème et à agir, que ce soit des collectivités, des entreprises privées ou des Etats.

Le Manta accueillera également des équipes scientifiques à son bord, pour des missions au long cours. 6 à 10 chercheurs internationaux seront accueillis en permanence. Ils auront à leur disposition des salles de travail, deux laboratoires et tous les équipements océanographiques nécessaires pour mener à bien des missions de géolocalisation, quantification et caractérisation des déchets. L’ensemble des résultats de ces missions sera publié et les données mises à disposition en open data afin d’améliorer la lutte contre la pollution plastique océanique et de faire avancer la recherche scientifique.

 

Le Manta sera mis à l’eau en 2024 : « Nous avons l’intention d’organiser notre première mission en Méditerranée, au large de la Tunisie, de l’Egypte ou encore du Liban, mais également d’aller en Mer Rouge et dans le Golfe persique car nous savons que la problématique des déchets plastiques se pose en Arabie Saoudite ou à Bahreïn notamment. Nous mettrons ensuite le cap vers l’Asie du Sud-Est », nous confie le navigateur franco-suisse.

En effet, aucune zone du monde n’est épargnée par ce fléau pointe encore Yvan Bourgnon : « Est-ce que vous vous rendez compte que chaque minute, 17 tonnes de déchets plastiques sont déversées dans les océans ? Soit 9 à 12 millions de tonnes chaque année. Selon l'ONU, cela coûte 13 milliards de dollars par an à la société. Face à cette donnée, notre bateau ne coûte « que » 30 millions ! Avec 400 Manta, on pourrait d’ici 2030 débarrasser les océans d’une grande quantité de ses déchets».

Mais attention, cela ne veut pas dire qu’il faut continuer de produire et de consommer toujours autant de plastiques, non ! « Car de toutes façons, si aucune mesure ambitieuse n’est prise, en 2050, il y aura plus de déchets plastiques que de poissons dans les océans », déplore-t-il.

Le Manta interviendra principalement sur des secteurs stratégiques où la pollution plastique marine est particulièrement dense : zones côtières, rivières, embouchures des grands fleuves et estuaires. Navire hauturier, le Manta sera également capable d’intervenir rapidement dans les zones polluées à la suite d’une catastrophe naturelle ou climatique (cyclones, tsunamis...).

 « Les gens doivent garder en tête qu’il est urgent d’agir à la source car chaque année, 1,5 million d’animaux meurt à cause de la pollution plastique, mais aussi plus de 100 000 mammifères marins et 1 million d’oiseaux ! Alors oui à la prévention et à la sensibilisation mais oui aussi à l’action ! », ajoute avec fougue le skipper.

Yvan Bourgnon précise enfin que l’association The Sea Cleaners n’est pas destinée à vendre des bateaux mais travaille pour le bien commun : « Un bateau comme celui-ci vaut 30 millions d’euros et nous avons déjà réuni un tiers de son financement. Nous sommes aujourd’hui à la recherche de nouveaux mécènes pour démarrer la construction en 2022. 50 entreprises françaises et étrangères nous accompagnent déjà, mais nous avons également de nombreux dons de particuliers. C’est formidable de voir ces entreprises et ces citoyens prendre conscience du problème et s’engager avec nous dans cette aventure. »