Les stéréotypes du vieillissement et leurs effets sur la santé des personnes âgées

* La discrimination sur la base de l’âge est peu dénoncée.

* Les attitudes négatives à l'égard du vieillissement et des personnes âgées ont des conséquences importantes sur la santé physique et mentale des personnes âgées.

* Le monde arabe donne une valeur augmentée aux personnes âgées.

* Il faut accorder aux personnes âgées plus d’autonomie.

* Pour vivre et vieillir sainement, nous devrions éradiquer les préjugés âgistes.

 

Les stéréotypes sont des mythes incontestés ou des croyances associées à une catégorie qui sont répandues et ancrées dans des contextes verbaux, écrits et visuels au sein de la société. Ils jouent un rôle important dans la façon dont nous pensons et interagissons avec les individus. Les termes ‘’personnes âgées’’, ‘’ vieilles personnes’’ ou ‘’séniors’’, sont utilisés de manière interchangeable en littérature, politique ou presse pour désigner les personnes qui sont âgées de 55 ans ou plus. En effet, le vieillissement est un processus individualisé et complexe; pourtant, il continue d'être stéréotypé, en particulier, dans les cultures occidentales.

 

La discrimination sur la base de l’âge est peu dénoncée. Faut-il chercher les raisons de ce silence dans l’absence d’informations ?

Les stéréotypes du vieillissement sont des généralisations sur la façon dont les personnes âgées devraient se comporter et vivre. Ils sont dans la culture contemporaine, en particulier, en Amérique du Nord, majoritairement négatifs, et caractérisent la vie des personnes âgées de santé dégradée, de solitude, de dépendance et de mauvais fonctionnement physique et mental. Les opinions sur la vieillesse et le regard que les personnes âgées ont d'eux-mêmes sont complexes, multidimensionnels et dynamiques. En d'autres termes, les stéréotypes sur le vieillissement sont des constructions sociales qui sont nées dans un contexte socio-historique bien déterminé, et interprétées individuellement.

La discrimination sur la base de l’âge semble être moins exercée dans le monde arabe, en comparaison avec les pays occidentaux. C’est ce que confirme la psychologue tunisienne Rania Bellaaj.

‘’Je pense que, contrairement à plusieurs pays de l’Ouest, le monde arabe donne une valeur augmentée aux personnes âgées. C’est principalement parce que les pays arabes représentent généralement une société basée sur l’esprit de la communauté. Ça fait partie de leur valeur de prendre soin des personnes âgées. Néanmoins, on peut trouver une discrimination surtout en milieu de travail contre les personnes âgées, car leur performance est diminuée’’, explique la psychologue.

© Phil Decressac.

 

Discrimination et attitudes négatives à l'égard des personnes âgées…

Une nouvelle analyse de l'OMS montre que les attitudes négatives à l'égard des personnes âgées sont répandues. Elles affectent leur santé physique et mentale.

Pas moins de 60% des personnes interrogées, dans le cadre de l’enquête ‘’World Values ​​Survey’’ menée par l'OMS, ont déclaré que les personnes âgées ne sont pas respectées. Plus de 83 000 personnes dans 57 pays ont participé à l'enquête qui a évalué les attitudes à l'égard des personnes âgées de toutes les catégories d'âge. Les niveaux de respect les plus faibles ont été signalés dans les pays à revenu élevé.

‘’Cette analyse confirme que l'âgisme est extrêmement courant. Pourtant, la plupart des gens ne sont absolument pas conscients des stéréotypes subconscients qu'ils entretiennent sur les personnes âgées’’, a déclaré John Beard, Directeur du Département Vieillissement et qualité de vie à l'OMS. ‘’Tout comme le sexisme et le racisme, il est possible de changer les normes sociales. Il est temps d'arrêter de définir les gens en fonction de leur âge pour que nos sociétés soient plus prospères, plus équitables et plus saines’’, a-t-il ajouté.

 

Quelles sont les conséquences de ces pratiques discriminatoires ?

Les attitudes négatives à l'égard du vieillissement et des personnes âgées ont des conséquences importantes sur la santé physique et mentale des personnes âgées. Les personnes âgées, qui se sentent un fardeau, considèrent leur vie comme moins précieuse, ce qui les expose à un risque de dépression et d'isolement social. Des recherches récemment publiées montrent que les personnes âgées qui ont des opinions négatives sur leur propre vieillissement, ne se remettent pas aussi bien de leur handicap et vivent en moyenne 7,5 ans de moins que les personnes ayant des attitudes positives.

‘’Les personnes âgées deviennent de plus en plus sensibles psychologiquement et leurs réactions émotionnelles face à ces discriminations peuvent avoir beaucoup d’impacts négatifs sur leur bien-être. Les besoins psychologiques principaux de l’être humain sont: la compétence, l’autonomie et l’appartenance à un groupe. Par conséquent, la discrimination va engendrer des conséquences négatives comme la dépression, car ces personnes peuvent se sentir incapables et isolées de la société’’, explique Rania Bellaaj.

 

Les stéréotypes affectent la santé mentale des personnes âgées…

‘’Le développement de l'adulte et de la personne âgée montre le changement au niveau des performances cognitives. En effet, l'évolution cognitive générale, évaluée par le test de Wechsler, démontre que les performances non verbales diminuent avec l'âge, tandis que les performances verbales restent stables’’, indique Ines Ben Slima, psychologue de la famille.

Si la diminution des capacités physiques et cognitives peut être expliquée en termes physiologiques, les facteurs psychosociaux et socioculturels jouent, également, un rôle clé dans ce processus. La recherche en gérontologie et en psychologie traditionnelles a démontré les effets des stéréotypes du vieillissement sur la santé des personnes âgées. Les chercheurs ont identifié de nombreuses théories sur l'impact des stéréotypes du vieillissement sur les personnes âgées.

Dans ce cadre, des études expérimentales impliquant l'activation de stéréotypes ont montré que les stéréotypes négatifs implicites (subtils / subconscients) et explicites (conscients) peuvent avoir des effets néfastes sur les performances des personnes âgées dans les tâches physiques et mentales. Dr Brad Meisner, professeur à l'École de kinésiologie et des sciences de la santé de York, a mené une méta-analyse pour comparer la force des effets positifs et négatifs des stéréotypes d'âge sur les résultats comportementaux chez les personnes âgées. Il a découvert que, quel que soit le type de conscience principale, la discipline d'étude, la méthode ou le groupe de participants, l'amorçage négatif de l'âge a eu un effet plus fort (presque trois fois plus important) sur la performance des personnes plus âgées pendant les tâches physiques et mentales.

La plupart des études sur la discrimination sur la base d’âge se concentrent sur les effets contraignants des stéréotypes négatifs sur la santé d'une personne âgée et sur les moyens de minimiser / contrer ces effets. Les résultats de nombreuses études expérimentales menées par Becca Levy, professeur de psychologie à l'Université de Yale, et ses coéquipiers pour tester la mémoire, les compétences d'écriture à la main et la capacité de marche ont indiqué que l'exposition subliminale à des stéréotypes d'âge négatifs tels que (le niveau d'éducation, l'utilisation antérieure de l'ordinateur ou le lieu de résidence) peut avoir un impact négatif ou entraîner un changement dans la performance dans ces domaines chez les personnes âgées et augmenter le stress cardiovasculaire chez eux.

En plus de ces effets sur les performances, Levy a montré que les stéréotypes liés au vieillissement peuvent influencer la volonté de vivre des personnes âgées.

De plus, l'influence de ces formes discriminatoires sur la santé des personnes âgées peut varier d'une culture à l'autre. Par exemple, en utilisant une approche interculturelle, Becca Levy et Ellen Jane Langer (professeur de psychologie à Université Harvard) ont mené une étude comparative et ont constaté que les personnes âgées américaines avaient les opinions les moins positives du processus de vieillissement par rapport aux personnes âgées chinoises.

 

Existe-t-il des solutions pour contrer le phénomène de l’âgisme ?

Voici ce que propose la psychologue tunisienne, Ines Ben Slima, comme solutions pour contrer le phénomène de l’âgisme, soulignant par là même qu’il faut travailler sur les approches neurologique, psychologique et sociale :

  1. Travailler sur la maturité biologique et les processus de changement.
  2. Travailler sur la notion de l'adaptation chez les personnes âgées par rapport au système social et à ses changements.
  3. 3- Travailler sur les aspects spécifiques ‘’les caractéristiques individuelles’’ et les facteurs culturels.
  4. Travailler sur le développement de l'intelligence pour améliorer les capacités d'attention et de concentration.

Michael Schöll, professeur associé et membre de l'équipe basée à l'Université de Lund et à l'Université de Göteborg, estime que pour réduire l'impact de la menace stéréotypée, il faut accorder aux personnes âgées plus d’autonomie, surtout par rapport aux décisions personnelles qui concernent leur santé.

Il convient d’ajouter, également, que la Journée internationale des personnes âgées, célébrée le 1er octobre, met en lumière les contributions importantes que les personnes âgées apportent à la société et sensibilise aux problèmes et aux défis du vieillissement.

D'ici 2025, le nombre de personnes âgées de 60 ans et plus doublera et, d'ici 2050, il atteindra 2 milliards dans le monde, la grande majorité des personnes âgées vivant dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. Pour vivre et vieillir sainement, nous devrions éradiquer les préjugés âgistes.