Une nouvelle administration en Libye...

Peut - elle unifier un pays déchiré par la guerre ?

* Hamid Dbeibah comme Premier ministre intérimaire, qui aura pour tâche de préparer le scrutin national prévu en décembre.

* La nouvelle administration intérimaire en Libye, sera confrontée à de "nouveaux vieux problèmes", notamment celles relevant de l’ingérence externes.

 

Tunis: Dix ans après le soulèvement qui a renversé le régime de Mouammar Kadhafi en 2011, deux autorités rivales se disputent le pouvoir en Libye sur fond d’ingérences étrangères : dans l'Ouest, le Gouvernement d'union nationale (GNA à Tripoli), reconnu par l'ONU et soutenu par la Turquie, et à l’Est, une autorité incarnée par Khalifa Haftar, homme fort, soutenu notamment par la Russie.

Le 23 octobre, les deux camps ont signé un cessez-le-feu permanent avec « effet immédiat », après des discussions à Genève sous l’égide de l'ONU. En effet, les participants au dialogue inter-libyen réunis sous les auspices de l'ONU en Suisse ont désigné lors d'un vote surprise, Abdel Hamid Dbeibah comme Premier ministre intérimaire, qui aura pour tâche de préparer le scrutin national prévu en décembre. M. Dbeibah et les trois membres du Conseil présidentiel désignés avec lui devront "réunifier les institutions de l'Etat et assurer la sécurité" jusqu'aux élections, a souligné l'ONU, alors que le pays est en proie au chaos depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011. Mais la tentative d’assassinat du ministre de l’Intérieur est venue rappeler que la situation sécuritaire reste précaire.

 

Le Premier ministre libyen désigné, Abdel Hamid Dbeibah

Une quatrième tentative

C’est que le Premier ministre libyen désigné, Abdel Hamid Dbeibah, qui devait soumettre, hier, la composition de son gouvernement en vue de son approbation par le Parlement, première étape d'une transition qui prévoit la tenue d'élections en décembre pour mettre fin à une décennie de chaos, a jusqu'au 19 mars pour obtenir cette confiance, avant de s'atteler à la lourde tâche d'unifier les institutions et mener la transition jusqu'au scrutin.

Le bureau de M. Dbeibah a annoncé mercredi soir que la liste serait transmise " au Conseil présidentiel, avant d'être soumise à l'approbation de la Chambre des représentants". Selon la feuille de route onusienne, au moins "30% des postes de direction du gouvernement, ministres et vice-ministres inclus", doivent revenir à des femmes mais aussi à des jeunes, depuis longtemps mis à l'écart par des caciques. Il a en outre promis de choisir les ministres "selon des critères de compétence, de diversité et d'inclusion".

L'objectif final est de tenter de répondre aux attentes des Libyens, qui souffrent de pénuries de liquidités et d'essence, de coupures d'électricité et d'une inflation galopante.

 

Jan Kubis, le nouvel émissaire de l'ONU en Libye.

Des défis

 

C’est que la nouvelle administration intérimaire en Libye, qui était le fruit de la quatrième tentative des Nations Unies de mettre en place un gouvernement libyen unifié depuis la révolution du 17 février 2011, sera confrontée à de "nouveaux vieux problèmes", notamment celles relevant de l’ingérence externe.

En effet, selon les analystes, les seigneurs de guerre et les parties étrangères tenteront tous de contrecarrer les efforts du nouveau gouvernement issu du Forum de dialogue politique libyen à Genève.

Pourtant, ce nouveau gouvernement intérimaire est appelé à effectuer des tâches de base, notamment la tenue d'élections présidentielles et législatives le 24 décembre prochain, ainsi que de rouvrir la route côtière Benghazi-Tripoli fermée par les parties en conflit (les forces du général de division à la retraite Khalifa Haftar et du gouvernement d’accord national et de leurs alliés). Depuis, il a multiplié rencontres et déplacements pour mettre sur pied une équipe devant remplacer le Gouvernement d'union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj, installé en 2016 à Tripoli (ouest) et reconnu par l'ONU.

 

Les participants au dialogue interlibyen réunis sous les auspices de l'ONU en Suisse (Photo, AFP).

 

Signes d'espoir

Cependant, il est attendu que la nouvelle direction intérimaire fera tout son possible pour persuader les seigneurs de guerre de renoncer à leurs armes, et il sera probablement difficile de ramener les Libyens de l'Est du pays à ses rangs parce que beaucoup d'entre eux ne font pas confiance au nouveau Premier ministre, Abdelhamid Dbeibah, parce qu'il est originaire de la ville occidentale de Misurata.

Dans ce contexte, le Premier ministre de la région de l'Est, Abdullah al-Thani, a annoncé après la fin du Forum de dialogue politique à Genève qu'il attendait les instructions de l'ancien parlement, situé à Tobrouk.

Mais malgré les indications selon lesquelles les puissances étrangères ne veulent probablement pas que la nouvelle administration libyenne réussisse, il y a des signes d'espoir au cours des six derniers mois, avec un accord de cessez-le-feu signé en octobre 2020 tenu en grande partie sous les auspices de l'ONU avec échange de prisonniers.

En septembre dernier, le général de division à la retraite Khalifa Haftar a levé le blocus imposé aux exportations de pétrole, principale source de revenus du pays, en rouvrant ses ambassades dans la capitale, Tripoli.

Bien que les puissances étrangères, se délectent de la voie politique pour mettre fin au conflit, elles ont ignoré l'échéance fixée par les Nations Unies pour le retrait des forces étrangères et des éléments de combat du pays, et leurs interventions ne seront pas la responsabilité du nouveau gouvernement facile.

D'une part, la Turquie - qui a signé un accord de sécurité et pour l'exploration pétrolière et gazière au large des côtes libyennes avec la Grèce - cherche avec le GNA à maintenir son influence en Libye.

D’autre part, la Russie, principal soutien d'Haftar, aux côtés de la France, de l'Égypte et des Émirats arabes unis, souhaite conserver sa capacité à accéder aux bases aériennes et aux ports situés dans une zone stratégique proche de la sphère d'influence de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN).

Peu de temps après le vote sur le nouveau gouvernement, la Russie a envoyé davantage de mercenaires en Libye, et continue d'aider le général de division à la retraite Khalifa Haftar à creuser la «ligne Maginot» libyenne, une tranchée fortifiée qui s'étend de la ville de Syrte à la région de Jufra au plus profond du désert libyen.