Conflit en Soudan et Ethiopie : Le Nil, pour attiser ou éteindre les braises ?

Un refugié Ethiopien qui risque de grandir loin de son pays.

*Qui est venu réveiller le démon du conflit dans cette région, à la fois instable et stratégique ?

*Le Soudan accuse des milices éthiopiennes, d’opérer des incursions dans le territoire soudanais, et surtout commettre des exactions, qui ont fait des dizaines de victimes civiles.

*L’Ethiopie accuse son voisin, de profiter de l’engagement de son armée contre la rébellion au Tigré, pour militariser les frontières, et profiter à l’occasion, pour changer le traçage des frontières entre les deux pays, et intégrer le triangle d’Al-Fashaga.

*Tant toute la région de la Mer rouge, du Corne de l’Afrique, et même la Somalie, et au-delà le Kenya, risquent de payer un prix très fort.

 

 

Le torchon brûle entre les deux pays voisins du Corne de l’Afrique. Certes, le mal n’est guère récent. La crise est ancestrale. Les braises dormaient sous les cendres. Qui est venu réveiller le démon du conflit dans cette région, à la fois instable et stratégique ?

 

Une chronique quotidienne et (malheureusement) triste.

En dépassant les images de la pauvreté, du sous-développement, et même de la misère, qui font désormais partie intégrante du paysage quotidien, et donc «acceptables», les agences de presse, nous font que nous inonder de dépêches, traitant de moult sujets :

  • Le différent qui oppose l’Ethiopie à l’Egypte et au Soudan, au sujet du barrage de la «Renaissance», aussi bien l’existence du projet en soi (chose qui semble être dépassée), que le remplissage de ce «géant», mettraient (de l’avis de tous les experts) les deux pays, à savoir l’Egypte et le Soudan, dans une situation assez critique, si ce remplissage se faisant en une seule année. Certes, le problème semble «purement technique», à savoir un manque de coordination entre les techniciens des trois pays, mais le passé revient toujours à la charge : Entre une Egypte à la démographie plus galopante, qui voit ses besoins en eaux, aussi bien pour usage domestique que pour l’irrigation exploser en exponentiel, un Soudan, qui pense pouvoir engendrer un développement soutenu et durable de son secteur agricole, grâce aux eaux du Nil. Et enfin, une Ethiopie, qui pense devenir une «puissance régionale», économique en premier, en disposant d’une énergie électrique durable et à la fois peu couteuse. Et par conséquence, une puissance politique, qui peut attirer les investisseurs, la tension ne peut être que grande.
  • Même si l’Ethiopie ne cesse de le dire et le répéter que la question du Tigré, relève d’une dimension interne, les accusations ne cessent d’être échangées entre le Soudan et l’Ethiopie. Le premier ne cesse d’alerter la communauté internationale qu’il est en train de subir une guerre ou un conflit, qu’il n’est nullement le sien : Le flux des réfugies ne cesse d’augmenter, qui reprennent les anciens camps. Chose qui va obliger le gouvernement de Khartoum à assumer une charge, qui vient plomber encore plus une économie à la dérive. Sans oublier le coté sécuritaire. A l’inverse l’Ethiopie avance une peur qui trouve une légitimité dans le passé, à savoir l’exploitation du Soudan de la rébellion du Tigré comme carte de chantage.
Des refugiés qui reprennent les mêmes camps d’antan.
  • Même si le différent frontalier ne date pas d’hier, il (re)vient sur le devant : Le Soudan accuse des milices éthiopiennes, qui seraient soutenues par le gouvernement d’Addis-Abeba, d’opérer des incursions dans le territoire soudanais, et surtout commettre des exactions, qui ont fait des dizaines de victimes civiles, selon des sources militaires soudanaises. Par contre, l’Ethiopie accuse son voisin, de profiter de l’engagement de son armée contre la rébellion au Tigré, pour militariser les frontières, et profiter à l’occasion, pour changer le traçage des frontières entre les deux pays, et intégrer le triangle d’Al-Fashaga Un territoire agricole disputé par ces deux pays de la Corne.

 

Le même fil conducteur :

Même si l’un des deux pays l’affirme, et l’autre le nie : Les dossiers mettant en conflit ces pays frontaliers sont portés par un même fil conducteur, à savoir l’instabilité interne que vit les deux belligérants. Le Soudan qui vient de vivre une «Révolution» qui n’a pas apporté, surtout au niveau économique les réponses attendues. Même pire, pour certains l’économie du pays ne cesse de sombrer, avec un flottement de la monnaie qui a fait chuter la monnaie locale face au dollar. D’où l’émergence de quelques foyers de contestation. L’Ethiopie, qui vit une «guerre civile» non-annoncée, même si le Premier ministre Abiy Ahmed, a promis que le contrôle de la province du Tigré ne serait qu’une «campagne de printemps».

 

Un barrage d’eau, mais aussi entre les deux pays voisins.

Une exploitation du conflit avec le pays voisin pour occulter les problèmes internes ? Certainement, oui, les deux adversaires ne cessent de taper sur le tambour du «danger externe» : A savoir occulter et dépasser le «conflit interne» dans le but de forger une «sainte alliance» qui doit face à cette «invasion» qui menacerait le pays.

«Nos forces sont en alerte permanente, prêtes à défendre notre souveraineté. Si le Soudan ne met pas un terme à son offensive sur nos territoires, l’Ethiopie sera forcée de contre-attaquer. Ainsi étaient les propos du porte-parole du ministère des affaires étrangères éthiopien Dina Mufti.

L’attente peut durer longtemps.

L’état-major soudanais a affirmé, quant à lui, avoir repris le contrôle sur la quasi-totalité de cette zone face à des miliciens affiliés aux forces fédérales éthiopiennes, à savoir ce que les Soudanais ont pris de nommer péjorativement «shifta» (bandits), qui ont contrôlé et exploité des centaines d’hectares, assurant leur mainmise par des raids ou des kidnappings menaçant les agriculteurs soudanais.

Il faut noter qu’au fil des années, ce triangle s’est converti en terre de contrebande et théâtre de tous les trafics, mais aussi d’affrontements sanglants. Sans oublier que le triangle d’Al-Fashaga représente un enjeu économique et alimentaire crucial pour les populations locales même si pour le Soudan, Al-Fashaga fait partie intégrante de son territoire, selon la démarcation établie sous la colonisation britannique au début du siècle dernier.

 

La confrontation totale : Un «luxe» qui peut coûter (excessivement) cher.

Les deux pays, autant l’un et l’autre essaye d’exploiter l’adversité en «ciment national», autant l’un et l’autre porte la certitude qu’il existe une limite à ne jamais dépasser. Car, aussi bien à Khartoum qu’à Addis-Abeba, la certitude est plus que grande qu’une confrontation générale, serait dévastatrice aussi bien pour l’un que pour l’autre, surtout en période de crise économique aggravée par la pandémie du Coronavirus. Aussi, une confrontation va entrainer toute la région du Corne de l’Afrique, déjà instable, dans un tourbillon qui ne peut que déplaire aux grandes puissances. Tant toute la région de la Mer rouge, du Corne de l’Afrique, et même la Somalie, et au-delà le Kenya, risquent de payer un prix très fort.

De-là, le segment de résonnance du conflit est bien établi. Un embrasement total est strictement interdit. Une tension «contrôlée» qui ne dérange pas la stabilité dans les deux pays et au-delà, reste tolérée.