Les enjeux de la France en Afrique

Le Président français Emmanuel Macron

*D’un point de vue géopolitique, l’Afrique est restée le seul continent où la présence française a pu et peut jouer un rôle.

*Macron a touché les cœurs des africains lorsqu’il avait déclaré: «La colonisation est un crime contre l’humanité».

*Dès les indépendances, Paris a fait le choix de développer des relations fortes avec les États d’Afrique subsaharienne.

*La France est déterminée à éviter la montée du djihadisme.

 Paris: La politique africaine de la France a longtemps été perçue comme une dimension fondamentale mais aussi singulière et spécifique de la politique étrangère française, car d’un point de vue géopolitique, l’Afrique est resté le seul continentoù la présence française a pu et peut jouer un rôle (cf. le Liban au Moyen-Orient, l’Indochine en Asie…). Dans d’autres régions du monde, son influence y serait limitée par d’autres grandes puissances. D’ailleurs la France est devenue une puissance mondiale, parce qu’elle était d’abord une puissance africaine et une puissance arabe, d’où elle doit garder ces zones d’influences, elle a pu après la Seconde Guerre mondiale et son mouvement de décolonisation, préserver un leadership fort et une influence réelle, en tant que pays qui possède l’arme nucléaire et membre permanent du Conseil de sécurité, à la hauteur de ses ambitions gaulliennes de grande puissance.

Dans son tout premier discours annuel aux 170 ambassadeurs de France en août 2018, déclarant que « la France est de retour », l’hôte de l’Élysée a réaffirmé son intention de maintenir le continent africain au centre de sa politique étrangère, affirmant sa conviction que « l’avenir du monde se jouera en grande partie en Afrique ». Il a également mis en place un nouveau Conseil présidentiel pour l’Afrique, dont les 11 premiers membres pour le conseiller et préparer ses visites africaines. La diplomatie française a retrouvé son dynamisme dès l’arrivée du Président Emmanuel Macron. Elle s’est activée de manière notable dans des dossiers chauds sur la scène internationale et a réussi à en débloquer certains, ce qui lui a donné les capacités à retrouver la cour des grands après le recul diplomatique évident sous Nicolas Sarkozy et l’immobilisme sous François Hollande. On retrouve en lui Chirac l’africain.

Une sécurisation des intérêts français en Afrique

Dès ses premiers jours à l’Elysée, il a orienté la politique étrangère vers un ancrage et une sécurisation des intérêts français en Afrique pour préserver l’arrière-cour de Paris dans cette région, qui représente ses anciennes colonies. Pour cela, il faut renforcer la compétitivité et écarter les puissances cherchant à poser un pied dans le continent de l’avenir. Emmanuel Macron a touché les cœurs des africains lorsqu’il avait déclaré, en pleine campagne électorale, au mois de février 2017 : « La colonisation fait partie de l’histoire de France,mais c’est un crime contre l’humanité ». Il a tenu les mêmes propos dans un autre discours, au cœur de l’Afrique cette fois-ci, un peu moins virulent : « Il y a eu des crimes graves mais il y a eu aussi des éléments de civilisation et des histoires heureuses ».

L’Afrique pour lui, n’est pas seulement le continent des migrations et des crises, c’est un continent d’avenir, « nous ne pouvons pas le laisser seul face à ses défis démographiques, climatiques, politiques, nos entreprises, nos étudiants, nos chercheurs, nos artistes doivent s’y intéresser », déclare le président. Il s’est rendu en Afrique pour porter ce message, à travers la sécurité, le développement, la diplomatie, les liens économiques et l’innovation, la stratégie qu’il veut mettre en œuvre consiste à créer un axe intégré entre l’Afrique, la Méditerranée et l’Europe.

Oublions le passé et regardons vers l’avenir

Issu du monde de l’après-colonisation, chanceux de n’est pas être né pendant ces guerres historiques, Macron n’avait pas besoin d’assumer cet héritage. Pour lui, il y prescription de ces crimes, qui appartiennent à une histoire à dépasser. Il suffit donc aux Français, ainsi qu’aux Africains, d’oublier ce passé et de regarder vers l’avenir en ouvrant une nouvelle histoire basée sur la paix et la coopération.

Ces nobles vœux et déclarations sont destinés aux africains, il est conscient que hormis les enjeux géopolitiques de son pays, ce continent est une zone prometteuse pour les investissements, avec un potentiel humain de plus d’un milliard d’habitants et dont la plupart des Etats ont besoin d’investissements considérables dans les infrastructures et les services. Il est aussi conscient que de nombreuses entreprises incarnant la force de la France dans le secteur des affaires s’appuient, de manière principale, sur les investissements en Afrique par ce discours « progressiste ».

Les relations entre la France et l'Afrique

Plus qu’ailleurs, le symbole est important en politique. En 2019, le chef des Français touche encore les cœurs des africains lorsqu’il a lancé un appel solennel aux maires de France afin d’honorer les héros africains de la Libération, lors des célébrations des 75 ans du débarquement de Provence, qui a délivré des nazis le sud de la France, aux côtés des forces alliés.

À la nécropole nationale de Boulouris (Var), où reposent 464 combattants de la 1ère armée française, en présence des présidents ivoirien Alassane Ouattara et guinéen Alpha Condé, Macron a demandé aux élus locaux « qu’ils fassent vivre, par le nom de nos rues et de nos places, par nos monuments et nos cérémonies, la mémoire de ces hommes qui rendent fiers toute l’Afrique et disent de la France ce qu’elle est profondément : un engagement, un attachement à la liberté et à la grandeur, un esprit de résistance qui unit dans le courage ». il a énuméré « Ils ont fait l’honneur et la grandeur de la France. Mais qui se souvient aujourd’hui de leur nom, de leur visage ? ». Les africains ont apprécié son discours : « On ne parle que des Américains. Les Africains, on les a un peu oubliés. C’est bien qu’on leur donne des noms de rues  », s’est-il réjoui. Des 260 000 combattants de cette 1ère  armée française dirigée par le général de Lattre de Tassigny, la plupart étaient originaires d’Afrique du Nord et subsaharienne. « Français d’Afrique du Nord, pieds noirs, tirailleurs algériens, marocains, tunisiens, zouaves et sénégalais. »

L’Afrique parmi les priorités de la France

L’Afrique Troisième priorité sur laquelle forme sa politique étrangère après l’Europe et le monde arabe. C'est au fond la politique de voisinage stratégique. Il trouveindispensable de poursuivre ce partenariat. Il travaille étroitement sur leurs sujets de crise, la France est profondément engagée et a fait savoir qu’une part africaine en elle parce que des combattants de ce continent ont sauvé la France et sa liberté. Les destins sont liés, même s'ils sont aussi liés par des pages sombres et des blessures.

Mais l'Afrique est bien davantage pour le vieux continent, elle est son indispensable allié pour que l'Europe continue de jouer tout son rôle dans les affaires du monde. Ancrés dans la proximité géographique de la France. L’Afrique est le voisin le plus proche qui participe à l’identité de la France à travers une histoire commune et par le biais des diasporas africaines de France. Si nombre de compatriotes ont une origine qui les rattache à l’Afrique, en sens inverse, plus de 150 000 Français sont établis en Afrique sub-saharienne (et près de 500 000 pour l’ensemble du continent). La France fait par ailleurs partie de l’espace africain avec ses deux départements de l’océan Indien de la Réunion et de Mayotte dans lesquels vivent plus d’un million de Français.

À bien des égards, présent et l’avenir des français sont intimement liés à ceux de l’Afrique. Selon le quai d’Orsay, la prospérité et la sécurité des pays africains conditionnent aujourd’hui largement les siens:Parce qu’en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme, les défis sont communs et rendent illusoires un engagement et une vigilance qui ne s’étendraient pas aux pays africains. La paix et la sécurité du continent déterminent également la stabilité de la France. C’est le sens, notamment, de son action au Sahel ;Parce qu’en dépit d’une réelle hétérogénéité, l’Afrique est aujourd’hui une zone de très forte croissance économique et qu’elle le restera dans les décennies à venir. Le dynamisme et la prospérité croissante de l’Afrique ouvrent des perspectives nouvelles aux  entreprises françaises alors que la France est l’un des principaux partenaires économiques du continent, son second partenaire commercial en Europe. Sur la base de fortes complémentarités, les relations économiques mutuellement fructueuses avec les pays africains sont appelées à se renforcer, parce que les grandes problématiques globales qui se dessinent, qu’il s’agisse du changement climatique ou de la gestion des migrations, ne trouveront de solutions qu’avec un engagement fort de l’Afrique. Elles seront en outre impactées par la croissance démographique exceptionnelle que l’Afrique va connaître au XXIe siècle, sa population devant passer de 1,2 milliard; aujourd’hui à 2,5 milliards en 2050, dans le contexte d’une intense urbanisation. L’avenir de la langue Française et de la Francophonie est largement porté par les Africains et que le rayonnement accru de la langue française sera un défi et un atout à gérer avec eux. Les pays africains sont comme la France, attachés à la défense du multilatéralisme et leurs intérêts convergents avec les siens pour la promotion d’une meilleure gouvernance mondiale.

Dès les indépendances, Paris a fait le choix de développer des relations fortes avec les États d’Afrique subsaharienne auprès desquels, les Français sont aujourd’hui représentés par 42 ambassades (pour 49 États subsahariens) qui animent un réseau public dense et diversifié dans les domaines éducatif, culturel, scientifique et économique (instituts culturels et alliances françaises, lycées français, Agence française de Développement, instituts de recherche…).

Les djihadistes « réfléchissent à des attaques en Europe », selon le patron de la DGSE

 

Bernard Emié

Lors d’une de ses rares prises de paroles, le patron de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) Bernard Emié-qui était un excellent conseiller de Chirac et grand diplomate-a souligné le 1er février que le terrorisme avait désormais deux « épicentres » : le Sahel et la zone irako-syrienne. A l’occasion d’un « comité exécutif » consacré au contre-terrorisme, qui se tenait sur la base aérienne d’Orléans-Bricy (Loiret), aux côtés de la ministre des armées, Florence Parly, et du chef d’état-major des armées, le général François Lecointre, le patron du renseignement extérieur a toutefois pris le temps, dans une mise en scène relativement atypique, de présenter, images à l’appui, l’analyse de ses services du nouvel état de la menace djihadiste sur les théâtres extérieurs.

 

La DGSE lève (un peu) le voile sur son activité au Sahel

Le patron des 7 000 espions et analystes et experts français de la DGSE,  L’homme qui a sauvé la France des centaines d’opérations terroristes participait à une réunion consacrée au contre-terrorisme. « Nous transmettons aux armées les renseignements très précis sur la manière de vivre et la localisation des chefs terroristes, les puits qu'ils utilisent, les oueds et les Adrars qu'ils fréquentent.» Le patron du plus important service de renseignements en Europe, (DGSE) évoque les succès au Sahel, comme au Levant. La désorganisation des deux mouvements jihadistes, l'État islamique au grand sahara (EIGS - Daseh), et le Rassemblement pour la victoire de l'islam et des musulmans (RVIM, ou JNIM - Al Qaeda), par la "neutralisation" de chefs, de cadres, de recruteurs. Au Levant, c'est-à-dire en Irak et en Syrie, la "destructions du proto-califat" de Daesh. Mais « la bête bouge encore, poursuit Bernard Emié, malgré les efforts incessants et les combats très durs ».

Iyad Ghali, chef du RVIM, émanation d'Al Qaeda au Maghreb Islamique, et 4 de ses lieutenants. AQMI est l'un des deux mouvements jihadistes au Sahel, avec la branche locale de Daesh, l'EIGS, Etat Islamique au Grand Sahara. Il explique encore qu’au Sahel, se préparent à la fois des attentats des grandes ampleurs et l'expansion jihadiste vers le golfe de Guinée, vers la Côte d'Ivoire et le Bénin. C'est donc en ce moment que se joue une partie serrée en Afrique de l'Ouest. Sans oublier, rappelle Bernard Emié, "la Libye, le Yemen, la Somalie, le Mozambique et l'Afghanistan". Le terrorisme international a désormais deux « épicentres », a-t-il ainsi résumé en préambule, mettant au même niveau le Sahel et la zone irako-syrienne. Depuis la chute de Baghouz, en mars 2019, dernier bastion de l’organisation Etat islamique (EI), le Levant apparaissait plus en retrait dans les préoccupations des responsables de la communauté du renseignement. Le patron de la DGSE a pointé une évolution préoccupante de l’EI dans la région, car prenant une forme « insurrectionnelle ».

« Sauvagerie » et « tempérament sanguinaire »

Le patron de la DGSE s’est plus attardé sur la situation au Sahel. Notamment en mettant en avant le fait qu’il s’agissait, selon ses services, d’un théâtre depuis lequel des attentats projetés vers l’Europe étaient possibles. Un regard sensiblement différent d’un certain nombre d’observateurs et d’acteurs de la sécurité intérieure, qui jugeaient jusqu’à présent ce risque faible. « Depuis le Mali, ils [les terroristes] ont travaillé à des attaques contre nous, contre nos partenaires, ils réfléchissent à des attaques dans la région et en Europe », a ainsi développé M. Emié. Au Sahel, la France a deux principales organisations dans le viseur, a-t-il rappelé : l’organisation Etat islamique dans le grand Sahara, et la branche locale d’Al-Qaida, le groupe de soutien à l’islam et aux musulmans au Maghreb. La première se distinguant, selon lui, par sa particulière « sauvagerie » et le tempérament « sanguinaire » de son chef, Adnan Abou Walid Al-Sahraoui.

Opération « barkhane ». Le satisfecit de la France au Sahel

Opération « barkhane »

Il y a un peu plus de 9 ans, la France s’est engagée dans les crises, bien évidemment, il y a le sujet du Sahel, un théâtre essentiel d'opération pour les armées, c’est un sujet sur lequel la France a été déterminée à éviter la montée du djihadisme et que celui-ci ne s'installe. Et sans la décision rapide de la France d'intervenir, sans la qualité d'exécution des arméesrégionales, les choses ne seraient sans doute pas les mêmes aujourd'hui au Sahel. Néanmoins aujourd'hui, on le voit bien, dans un contexte de déstabilisation et d'expansion du phénomène terroriste au Sahel, cela commence dans le golfe de Guinée et dans la région du lac Tchad. Les français devront être prudents quand ils parlent de terrorisme dans cette région parce qu'il n'a pas les mêmes caractéristiques que le califat territorial qu'on a pu connaître au Levant. Et ce sont aussi des groupes terroristes qui jouent des divisions ethniques, du phénomène économique et c'est une traduction africaine très spécifique.

L’opération Barkhane progresse positivement quant à l'autonomisation des forces partenaires, la sahélisation avec une participation croissante de troupes africaines, et l'européanisation avec un soutien accru de forces européennes. 

 

Le chef français a demandé à la force de Sahel de concentrer les efforts dans la région des trois frontières contre un ennemi clairement identifié qui est l'État islamique au Grand Sahara (EIGS). Sur ce segment, les résultats sont là. Les armées des 5 pays ont empêché la montée en puissance de l'EIGS, lui avaient interdit la sanctuarisation de zones, l’ont coupé ses axes logistiques, l'ont perturbé dans ses méthodes et avaient pu mettre hors de combat un certain nombre de ses chefs. On peut aussi constater comme résultat que depuis quelques mois, les attaques complexes ont baissé de fréquence et sont à un niveau jamais enregistré auparavant.

Ce qu'il faut aussi mettre au crédit de l'opération Barkhane, ce sont les deux volets que sont l'européanisation et la sahélisation. Sur la sahélisation, il y a un exemple qui est emblématique. C'est la grande opération « Bourrasque » qui a eu lieu pendant tout un mois et qui a mis sur le terrain 3000 militaires composés à 50 % de Français et à 50 % de forces partenaires dont 1 100 soldats des forces nigériennes et 300 des forces armées maliennes. Ce n'est pas rien parce que l'on a un ratio qui est en train de progressivement diminuer en termes de participation des armées françaises qui, au départ, représentaient 70 à 80 % des militaires engagés.

Les ministres des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian et des Armées Florence Parly, défendaient, la réussite de l’action antiterroriste, avant un sommet crucial au Tchad. Il n'est pour le moment pas question du retrait de la force Barkhane au Sahel, a prévenu la ministre des Armées Florence Parly devant le Sénat le 9 février, au premier débat sur la guerre au Mali. Face aux sénateurs, Parly et Le Drian ont défendu le bilan de la force Barkhane et répondu à une rafale de questions parlementaires et journalistiques sur l'avenir de l'opération française. Ils ont levé un coin du voile sur ce qui sera dit dans la capitale tchadienne. S’il y a un an, le sommet de Pau a eu pour ambition d'amorcer « un sursaut militaire au Sahel ». En utilisant le terme de sursaut, Paris sous-entend qu’à son sens, les choses ne vont pas assez vite. Pour la France, le sommet de Ndjamena devait permettre de donner un coup d’accélérateur d’abord sur un plan diplomatique en renforçant la coopération entre les pays du G5 et les pays riverains du golfe de Guinée, et en favorisant une meilleure coopération avec l’Algérie et le Maroc. Mais ce sursaut doit également être politique. Paris souhaite ainsi que les autorités maliennes accélèrent la mise en place des accords d’Alger.

« Barkhane n’est pas éternelle. Mais à court terme, nous allons rester, ce qui n'exclut pas que les modalités de notre intervention évoluent, s’ajustent diraient certains, bien au contraire. Les pays sahéliens souhaitent que nous continuions à les aider et les résultats obtenus nous permettent d'accentuer la stratégie d'accompagnement des armées locales avec nos partenaires et nos alliés sur le terrain », a résumé Florence Parly très satisfaite de son bilan et ses perspectives, confirmant les grandes lignes de la communication orchestrée par la France, embourbée dans une interminable « guerre contre le terrorisme » initiée par François Hollande en janvier 2013. D’abord, rappeler la légitimité de l’opération « Serval », l’ancêtre de « Barkhane », déclenchée « à la demande des autorités maliennes de transition », dixit l’ancien ministre de la défense Le Drian, « alors que les islamistes s’apprêtaient à prendre d’assaut Bamako, avec la création potentielle d’un sanctuaire djihadiste pour commettre des attentats en Europe ».

Le partenariat militaire opérationnel semble bien l'objectif de cette année 2021, Barkhane tout comme les Européens de la force Takuba continueront donc massivement d'épauler au combat les armées sahéliennes, afin qu'elles s'affermissent et remportent des victoires. L’objectif français vise à engager ses alliés européens sur le plan politique et militaire au Sahel. Paris ne veut plus porter seule le combat à travers la force Barkhane. Le président français compte sur un partenariat avec l’Allemagne pour s’engager sur le plan politique et militaire, souhaite utiliser le nouveau groupement de forces spéciales Takuba, auquel participent plusieurs dizaines d'Estoniens, de Tchèques et de Suédois, « comme un cheval de Troie pour amener davantage d’Européens sur le théâtre sahélien ». 

 

Le sommet du G5 Sahel

Renforcer à la fois la lutte contre les groupes djihadistes et le retour de l’Etat dans les territoires délaissés de la région : c’est sur ces objectifs qu’a insisté le président français Emmanuel Macron, mardi 16 février, en s’adressant au sommet du G5 Sahel de N’Djamena. Un an après le sommet de Pau, en France, « nous avons réussi à obtenir de véritables résultats dans la zone des trois frontières », entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso, et le principal groupe visé, l’organisation Etat islamique dans le grand Sahara, « a perdu son emprise et subit de nombreuses pertes », a estimé le président français lors de son intervention, faite en visioconférence depuis Paris.

Mais les organisations affiliées à Al-Qaida, le Groupe de soutien de l’islam et des musulmans et Katiba Macina, « dont la plus haute hiérarchie continue à nourrir un agenda djihadiste », constituent toujours une menace au Sahel, a souligné en promettant « une action renforcée » pour « essayer d’aller décapiter ces organisations ». « Des évolutions sans doute significatives seront apportées à notre dispositif militaire au Sahel en temps voulu mais elles n’interviendront pas dans l’immédiat », a également expliqué, soulignant qu’« il serait paradoxal d’affaiblir notre dispositif au moment où nous disposons d’un alignement politique et militaire favorable à la réalisation de nos objectifs ». L’opération anti - djihadiste française «Barkhane » compte actuellement quelque 5 100 hommes au Sahel. Macron a dans la foulée salué la décision annoncée la veille par le président tchadien, Idriss Déby, d’envoyer 1 200 soldats dans cette zone dite des « trois frontières ». C’est « une décision forte et courageuse qui viendra conforter la force du G5 Sahel », a-t-il commenté.

 

Les Interventions militaires françaises en Afrique

Donner une perspective aux populations du Sahel

Par ailleurs, « la mobilisation internationale en faveur du Sahel n’a au fond jamais été aussi puissante », a fait valoir le chef de l’Etat en remerciant les pays européens participant au nouveau groupement de forces spéciales Takuba «qui acceptent ainsi de mutualiser le risque du sacrifice ultime que prennent nos soldats». Au-delà du volet militaire, le président français a insisté sur la nécessité de « donner une perspective aux populations du Sahel », en appelant à un « deuxième sursaut : celui du retour de la sécurité et des services aux populations » et en réclamant « une impulsion au plus niveau de l’Etat » pour réinvestir les territoires délaissés de la région. « C’est par le collectif et l’action concrète sur le terrain que nous réussirons. La France continuera d’y prendre sa part parce que je sais que chacun est ici mobilisé », a-t-il conclu.

Le sommet de N’Djamena a lieu un an après celui de Pau, qui, devant la menace d’une rupture sous les coups de boutoir djihadistes, avait débouché sur un renforcement militaire dans la zone des « trois frontières » et l’envoi de 600 soldats français supplémentaires, les faisant passer de 4 500 à 5 100.

En dépit des succès tactiques revendiqués, le tableau demeure un peu sombre au Mali, au Niger et au Burkina Faso. Plus de huit ans après le début de la crise, quasiment pas un jour ne passe sans une attaque armée, l’explosion d’une mine artisanale ou des exactions contre les civils. La barre des 2 millions de déplacés a été franchie en janvier.

Le coup d'État au Mali de l'été dernier a pénalisé la mise en œuvre de la feuille de route de Pau, mais la mise en place des autorités de transition ouvre très clairement une nouvelle fenêtre d'opportunité. La volonté françaises est de consolider cette force conjointe G5 Sahel par un financement pérenne.Macron a eu là aussi de nombreuses discussions. L'Union européenne à sa demande était au rendez-vous de sesengagements financiers permettant les équipements. L'UEMOA a pris des premiers engagements aussi qu'elle a honorés. La France continue à financer cette force dont les coûts defonctionnement annuels ont été identifiés à 40 millions d'euros et obtenir de ses partenairesinternationaux, en particulier du Golfe, de la région et d'Europe et des Etats-Unis. La volonté de Macron est aussi d'obtenir un mandat onusien sous chapitre 7 dans les mois qui viennent pour cette force conjointe du G5 Sahel et permettre un financement pérenne.

L'Alliance pour le Sahel a rassemblé un portefeuille de 900 projets et16 milliards d'euros. Les français ont aussi remobilisé les financements internationaux sur la GrandeMuraille verte en début d'année, avec le président mauritanien. Mais il y a un chaînonmanquant qui est l'échelon minimal d'une présence de l'État dans les zones les plus vulnérables. C'estcette défaillance que l'élan de N'Djaména doit corriger. De manière très concrète, cela passe par un réengagement profond du Mali, du Burkina et du Niger à déployer pour l'action civile un dispositif comparable à celui qui a été mis en place pour l'action militaire, c'est-à-dire une action interministérielle, pilotée au plus haut niveau par les chefs d'État eux-mêmes, un pilotagehebdomadaire, une coordination très étroite pour identifier tous les projets, sous la bonnegouvernance française de ces projets et permettre justement du retour de l'État et des projets de développementune fois que la victoire militaire est obtenue. C'est la mise en œuvre de l'esprit de Pau où, le président français avait défini 4 piliers. La lutte contre le terrorisme, le renforcement des capacités militaires sahéliennes avec la force conjointe G5, le retour de l'État et de l'administration dans toutes ses composantes. Et le quatrième pilier, la politique de développement. C'est autour de ces piliers 3 et 4 qu'il faut maintenant avoir la même force politique. Car dès que l’armée française libère une zone, il faut que l'État africain revienne, les services de l'État. Tout ça, évidemment,concerne l'ensemble de la région.