Algérie : Le Hirak de retour

un militant du Hirak lors des manifestations.

Dès qu’il a regagné le pays, mi-février, le président algérien, Abdelmadjid Tebboune a fixé au 12 juin prochain les élections législatives anticipées. Il a, également, annoncé un remaniement ministériel, la dissolution du Parlement et la tenue d’élections anticipées qui auront lieu le 12 juin 2021.

*Après un an d'interruption des manifestations hebdomadaires à cause du Coronavirus, des milliers d'Algériens sont redescendus dans la rue, pour relancer le "Hirak", le mouvement de contestation pro-démocratie.

 

En Algérie, la ferveur populaire est de retour un an après l'arrêt des manifestations. En effet, des milliers de personnes ont bravé l'interdiction de se rassembler pour défiler dans le centre de la capitale algérienne. Leur objectif est de redonner un nouvel élan au Hirak qui s'est progressivement transformé en une vaste contestation contre le régime algérien.

Malgré l'interdiction des rassemblements pour des raisons sanitaires, plusieurs cortèges se sont formés en début d'après-midi dans des quartiers populaires, notamment à Bab El Oued, pour rejoindre le centre-ville, selon des témoignages recueillis par l'AFP.

Des rassemblements étaient également en cours en province, notamment à Bejaïa, en Kabylie (nord-est), et à Oran (nord-ouest), où un pilier des droits de l'Homme, l'universitaire KadourChouicha, a été interpellé, selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD).

 

Le Hirak a repris de plus belle en Algérie.

Le Président Tabboune se manifeste

Hospitalisé pendant deux mois en Allemagne après avoir contracté la Covid-19 à Alger, Tebboune, 75 ans, a dû retourner le 10 janvier se faire opérer à Berlin à la suite de "complications" au pied droit. La nature de ces "complications" n'a jamais été précisée.

Dès qu’il a regagné le pays, mi-février dernière, le président algérien, Abdelmadjid Tebboune a fixé au 12 juin prochain les élections législatives anticipées. Il a, également, annoncé un remaniement ministériel, la dissolution du Parlement et la tenue d’élections anticipées qui auront lieu le 12 juin 2021.

"En vertu des dispositions de l'article 151, alinéa 2, de la Constitution, le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a signé aujourd'hui 27 Rajab 1442, correspondant au 11 mars 2021, le décret présidentiel 96-01 relatif à la convocation du corps électoral en vue des élections législatives, dont la date est fixée au samedi 12 juin 2021", précise le communiqué de la présidence algérienne.

Le jour de son départ pour Berlin, le président Tebboune avait exprimé publiquement son insatisfaction devant l'action du gouvernement d’Abdelaziz Djerad, alimentant les rumeurs de formation d'un nouveau gouvernement. "Ce remaniement concernera des secteurs qui enregistrent des déficits dans leur gestion ressentis par les citoyens et nous-mêmes", a déclaré le président algérien.

 

Remaniement ministériel

Il est à noter que le président algérien après son retour d’Allemagne où il était soigné pour des complications post-Covid, Abdelmadjid Tebboune a eu depuis des consultations avec six partis politiques, dont des formations de l'opposition.

Le chef de l'État algérien n'a toutefois pas reçu les deux partis majoritaires au Parlement, le Front de libération nationale (FLN) et le RND (Rassemblement national démocratique), très impopulaires en raison de leur proximité avec l'ex-président Abdelaziz Bouteflika et son clan. Ces consultations surviennent dans un contexte de crispation du régime à l'approche du deuxième anniversaire du Hirak déclenché le 22 février 2019 et qui a forcé Abdelaziz Bouteflika à la démission deux mois plus tard.

Les manifestations se sont déroulées aussi bien dans la capitale qu’en province.

Grâce présidentielle

Enfin, il décrète une grâce pour plusieurs dizaines de détenus du Hirak, dans un geste d'apaisement à l'adresse de ce mouvement de contestation populaire. « Le Hirak béni » a sauvé l'Algérie. J'ai décidé d'accorder la grâce présidentielle à une trentaine de personnes pour lesquelles une décision de justice avait été rendue, ainsi qu'à d'autres pour lesquelles aucun verdict n'a été prononcé. Entre 55 et 60 personnes rejoindront à partir de ce soir ou demain leur famille", a-t-il déclaré dans un discours à la Nation télévisé. Quelque 70 personnes sont actuellement emprisonnées en Algérie en lien avec les protestations du Hirak et/ou les libertés individuelles, selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD).Toutes ces mesures, y compris la grâce au profit de plusieurs dizaines de détenus du Hirak, n’ont pas atténué l’ardeur des contestations qui ont repris de plus belle.

En effet, des milliers de manifestants du mouvement prodémocratie Hirak ont défilé vendredi dernier  en faveur d'une "presse libre et indépendante", exhortant le pouvoir à cesser toute répression contre les journalistes. Les manifestants ont scandé les slogans historiques du Hirak : "État de droit et justice indépendante", "État civil et non militaire", pour la "démilitarisation" du régime, et "Silmiya !" ("pacifique"), en référence au caractère non violent du soulèvement populaire inédit né en février 2019.

Ils ont aussi fustigé la décision du président Abdelmadjid Tebboune d'organiser des élections législatives anticipées le 12 juin pour tenter de sortir de la crise politique et économique qui ébranle le plus grand pays du Maghreb. "Pas d'élection avec la bande de mafieux (au pouvoir)", ont chanté les contestataires.

Depuis le deuxième anniversaire du Hirak le 22 février, les Algériens redescendent par milliers chaque semaine dans les rues, malgré l'interdiction de tout rassemblement en raison de la pandémie de Covid-19.Les forces de l'ordre ont utilisé matraques et gaz lacrymogènes sur une grande artère de la capitale quand des manifestants ont forcé un barrage de police pour rejoindre la Grande Poste, lieu emblématique des rassemblements des manifestants antirégime, selon une vidéo publiée sur le site Interlignes.