Grave crise politique et économique en Tunisie

Comme un bateau ivre

Cette confrontation entre le président de la République et son chef du gouvernement a révélé au grand jour une bataille qui se déroulait entre le Palais présidentiel à Carthage et le Palais du Bardo, siège du Parlement tunisien que préside Rached Ghannouchi, chef du parti islamiste Ennahdha.

*Profitant de la mollesse de l’action présidentielle, Mechichi à lancer une première réunion à Beit El Hikma, s'inscrivant dans le cadre du lancement du plan de réforme économique du gouvernement, visant à faire face aux défis économiques et sociaux.
 

Tunis: Le paysage politique en Tunisie est en pleine ébullition. Une confrontation au sommet de l’Etat dure depuis plus des mois et bloque toutes les institutions névralgiques alors que le pays est au bord d’une faillite économique certaine. La crise a enflé quand le président de la République, Kaïs Saïed, a refusé de recevoir les nouveaux ministres désignés lors du remaniement effectué par le chef du gouvernement, Hichem Mechichi, en janvier dernier et qui ont reçu le vote de confiance de l’Assemblée des Représentants du Peuple. Du coup, le nouveau gouvernementne peut pas entrer en fonction à cause de ce blocage constitutionnel qui exige la prestation du serment des nouveaux ministres comme condition obligatoire pour l’exercice. Au fait le président de la République considère le remaniement effectué comme anticonstitutionnel et n’a pour objectif que de d’opérer la purge  des ministres proches du palais de Carthage et que les nouveaux ministres ont été désignés par le parti Ennahdha qui veut mettre son grappin sur le pouvoir exécutif. En effet, cette confrontation entre le président de la République et son chef du gouvernement a révélé au grand jour une bataille qui se déroulait entre le Palais présidentiel à Carthage et le Palais du Bardo, siège du Parlement tunisien que préside Rached Ghannouchi, chef du parti islamiste Ennahdha. Depuis, échange d’accusations, joutes verbales et contre-attaques fusent de partout.

Le Parlement alimente la crise politique et renvoie des images rebutantes

Blocage

En vue de dépasser le blocage, plusieurs voix se sont élevées pour baliser la voie à des solutions consensuelles à même de remettre à flots le navire Tunisie qui risque de couler à tout moment.

En même temps la situation économique, financière et sociale du pays ne cesse de se détériorer au point de constituer une sérieuse menace pour l’expérience de la transition démocratique et pour la souveraineté même de la Tunisie.

Voulant tirer la sonnette d’alarme, le chef du gouvernement Hichem Mechichi a souligné, dans une déclaration aux médias à la quelle Majalla était présente, que «la situation économique du pays est très grave et nécessite un climat favorable à la relance ». Pour la première fois depuis sa nomination, Mechichi assène que «si le toit s’effondre, tout le monde sera perdant et j’espère que nous n’arrivions pas à cette situation et que nous essayions ensemble de faire valoir l’intérêt du pays ».

Le secrétaire général de l’Ugtt remettant au mois de novembre 2020, au Chef de l’Etat tunisien l’initiative de la Centrale syndicale pour un Dialogue National.

Cette déclaration intervient sur fond d’une crise économique et financière aigue qui fait fuir investisseurs et bailleurs fonds. En effet, la dégradation de la note de la Tunisie dans le dernier classement Moodys inquiète tous les partenaires de la Tunisie. Il faut avouer que le pays ne parvient pas encore à boucler le montage financier de son budget d’Etat et qu’en plus il doit rembourser plusieurs milliards de dollars de dettes dont les échéances commencent à tomber. C’est donc avec des trémolos dans la voix que l’on aborde une phase incertaine pour un pays où les tensions sociales ne font que s’amplifier de jour en jour.

De plus les tensions sous la coupole du Parlement mettent les nerfs des citoyens à vif qui ne cessent de revendiquer sa dissolution et l’organisation de nouvelles élections législatives anticipées.

Pour sa part, le président de la République campe sur sa position et ne compte pas désarmer face à ces belligérants. Il a mis de côté l’initiative de la centrale syndicale (Ugtt) consistant au lancement d’un dialogue nationale pour sortir de la crise. Selon le Secrétaire général de l’Ugtt, Noureddine Tabboubi, le chef de l’Eta aurait imposé le départ de Hichem Mechichi, Chef du gouvernement comme condition Sine qua non avant d’approuver le dialogue. Il a indiqué à Majalla que Kaïs Saied exige aussi d’écarter les corrompus de ce format.

Réunion du Chef du gouvernement tunisien avec les représentants du Patronat tunisien et du Syndicat en vue de trouver un format de dialogue.

Aucune progression

Mais voilà que depuis novembre 2020, aucune progression n’a été enregistrée sur ce plan. D’où l’irritation des syndicalistes qui y voient une forme de méprise à leur égard alors qu’ils soutenaient le chef de l’Etat.  
Profitant de la mollesse de l’action présidentielle, Mechichi a lancé une première réunion à Beit El Hikma, s'inscrivant dans le cadre du lancement du plan de réforme économique du gouvernement, visant à faire face aux défis économiques et sociaux. Ont pris part à cette rencontre, le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), Marouan Abassi, le président de l'Union Tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat (UTICA), Samir Majoul, et le Secrétaire général de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT). Considérant que cette rencontre vise à saper l’initiative du Dialogue national, Saïed n’est pas resté de marbre. De son côté, il a annoncé qu’il compte lancer un dialogue direct avec les jeunes en ayant recours aux formats technologiques innovants dont ils sont friands. L’effet boule de neige ne fait depuis que s’amplifier compliquant davantage l’atmosphère d’un film d’épouvante qui se prépare pour le pays.