Afrique du Sud crise

Salomé Hufke à La «Majalla»: L’Apartheid socio-économique est de loin plus grave que l’Apartheid racial
L’activiste intellectuelle Salomé Hufke

Les acquis enregistrés sur le plan socio-économique n’honorent guère l’idéal révolutionnaire, pour lequel ont versé mes compatriotes leurs sangs.

*L’économie sud-africaine, qui a connu un réel boum à la chute de l’Apartheid, n’a plus cette santé d’antan.

*Tant le libéralisme économique, basé sur une concurrence internationale, entre les pays sous-développés, et en l’absence d’une politique sociale réelle et efficace, la situation ne peut s’améliorer.

 

L’Afrique du Sud, ce «géant africain», pays de l’Apartheid, cette abominable ségrégation raciste, mais aussi, une nation multiculturelle et multiethnique, que Nelson Mandela a pu dégager des amibes de l’histoire moderne, et la porter vers une démocratie. Une expérience, qui a tant fait la une des médias.

Que reste-t-il de cette image de «carte postale» politique ? Comment est la situation sociale ? Comment ce pays combat le Coronavirus ? Et autres questions que «Majalla» a posées à cette dame, qui se définit comme activiste intellectuelle.

D’où cette interview :

 

* De cette image de Nelson Mandela quittant devant les caméras du monde sa prison, pour occuper quelque temps après la magistrature suprême du pays, et ses très larges promesses, qui affirmait de combler, de très profonds et surtout douloureux fossés, en un temps record, que reste-t-il ?

La réponse à votre question ne peut se faire en quelques phrases : Dire que les promesses ont été tenues totalement, serait une faute grave. Mais aussi prétendre que rien n’a été fait, le serait aussi. Il y a des cas, où les promesses ont vu le jour. D’autres piétinent encore. Mais j’aime souligner que des acquis concrétisés depuis la fin du régime de l’Apartheid, ont été balayés.

En Afrique, la crise économique a davantage circulé que la Covid-19

 

* Pouvez-vous détailler ?

Sur le plan politique, la constitution d’un parti politique ou d’une association à but non -lucratif, est une chose plus qu’aisée. Une liberté qui compte énormément sur le plan des droits politiques et civiques. But pour lequel, sont tombés des centaines de mes compatriotes. Mais à être influent sur la scène politique, ou engendrer des acquis sur le plan la sociale. La question y est ?

 

* Quelle serait la réponse d’après vous ?

La réponse se trouve dans la continuité de mon analyse : Sur le plan économique et par conséquence social, la concrétisation des promesses et surtout de cet idéal de justice sociale, et du partage équitable des richesses, restent des promesses non totalement tenues, et je dirai même plus, que les acquis enregistrés sur le plan socio-économique n’honorent guère l’idéal révolutionnaire, pour lequel ont versé mes compatriotes leurs sangs ?

 

* Pourquoi cette «rechute» ???

Appliquer la «justice» dans le sens historique du terme, nécessite des décisions avec des répercussions que la stabilité sud-africaine ne peut supporter. Car cette justice nécessitait moralement, une nationalisation de tous les biens, terres, mines et usines, qui ont été acquis du temps de l’Apartheid.

 

* Comment se présente la situation actuellement dans votre pays ?

J’évoque un facteur, le plus déterminant parmi tant d’autres :

L’économie sud-africaine, qui a connu un réel boum à la chute de l’Apartheid, n’a plus cette santé d’antan. Les crises économiques mondiales, mais surtout la mondialisation à résonnance libérale à outrance, a pu grignoter petit à petit, les quelques acquis enregistrés.

La «justice économique» à savoir permette à tous les sud-africains les mêmes «libertés économiques» n’est guère une «justice» ou une «liberté». Car on peut parler de «concurrence loyale» entre un «athlète» super-entrainé disposant de tous les moyens d’une part, et un «accidenté» que la situation nécessite une multitude d’interventions chirurgicales.

 

* Sur la base de ce constat, la situation sociale, ne serait pas meilleure ?

Vous avez raison, tant la situation sociale n’est autre (en partie déterminante) que la projection de la situation économique, l’écart social est plus grand qu’avant. Tant le libéralisme économique, basé sur une concurrence internationale, entre les pays sous-développés, et en l’absence d’une politique sociale réelle et efficace, la situation ne peut s’améliorer.

Le pouvoir politique postapartheid, nous pouvait ni instaurer la «justice historique», ni la «justice sociale», car pour accomplir la première, il aurait fallu un «courage historique» ne faisant pas partie de l’accord de réconciliation. Pour la seconde, il faillait disposer du courage de faire face aux multinationales surtout.

Nelson Mandela, premier président dans l'après-apartheid. 

 

Comment l’Afrique du Sud fait face à la pandémie du Coronavirus ?

La pandémie du Coronavirus, reste une grave menace, pour le monde entier. Mais reste que les médias évoquent plus le virus en soi, à savoir la menace potentielle qui pèse sur la tête de tous les humains, que la situation socioéconomique, qui est indirectement touchée, et même gravement dans certains pays.

Un confinement total, illimité, et généralisée à travers chaque pays ou même le monde entier, est capable de freiner d’une manière radicale la contagion. Mais reste, au constat des expériences du monde entier, que le coût économique, social, et psychologique, surtout, est plus élevé que le coût en vies humaines.

 

Vous revenez toujours à la situation socioéconomique ?

Il serait plus qu’aberrant d’évoquer le terme «confinement» dans les bidonvilles du monde entier, sans oublier les camps des immigrés en Europe. Celui ou celle qui vit la misère au quotidien, et n’a pas eu accès, aux droits les plus élémentaires, ne peut comprendre l’appel de «sauver sa vie», tant cette vie est menacée et surtout, misérable et désolante.