L'engagement chez les jeunes d'origine arabe en politique française

manifestation jeunesse du 16 mars au ministère du Travail à grenelle.

*Depuis 38 ans, une quarantaine de jeunes immigrés se sont soulevés face aux crimes racistes dans le but d’obtenir justice en France.

 

* Une élite émerge en France, que ce soit en politique ou dans le monde du spectacle, des lettres et des artsDepuis la première « marche des beurs » en France le 15 octobre 1983, une quarantaine de jeunes immigrés se sont soulevés face aux crimes racistes dans le but d’obtenir justice. Quarante années plus tard, une élite émerge en France, que ce soit en politique ou dans le monde du spectacle, des lettres, des arts etc... De nos jours cette diversité culturelle constitue une véritable richesse pour la France. Cette nouvelle élite doit travailler à ce que la marche de 1983 demeure dans la mémoire nationale. Ainsi, nous pourrons fédérer tous les français pour lutter contre la précarité, les discriminations raciales et l’islamophobie.

 

Notre héroïne est une fille courageuse, elle s’appelle Elodie Bouzid, née en France et y vit depuis toujours. Son père et sa mère ont vécu au Liban pendant une période puisqu’ils sont tous deux originaires de ce pays. De ce fait, elle possède la double nationalité Franco-libanaise et retourne régulièrement au Liban tous les étés.

 

 

 

 

 

La Majalla : tu es trop jeune pour se lancer en politique ! tu fais quoi dans la vie ?

 

Elodie Bouzid:J'ai actuellement 18 ans et suis étudiante en double diplôme de droit et de sciences politiques à Panthéon Sorbonne. Également, je suis très investie en politique malgré mon jeune âge. En effet, en plus d’entreprendre des études dans ce domaine, je suis aussi responsable du groupe local EELV de ma ville, membre du conseil départemental de mon département et candidate cheffe de file EELV dans les Hauts de Seine pour les élections régionales de 2021. Cet investissement politique se ressent aussi dans mes études puisque j’ai monté et dirigé une association politique (EELV Paris 1) au sein de ma faculté.

 

 

La Majalla : pourquoi vous avez choisi la politique et pourquoi ce courant précisément ?

 

Elodie Bouzid:C’est à un très jeune âge que j’ai pris conscience de l’enjeu environnemental qui nous attend. Il y a eu une tournure dans ma vie durant mes années de collège, du jour au lendemain je suis devenue végétarienne et me suis particulièrement intéressée à l’écologie. A cette période, j’avais d’ores et déjà conscience qu’on ne pouvait plus continuer dans ce modèle de surconsommation qui allait aboutir à la destruction de notre planète. J’ai donc naturellement commencé à réfléchir aux questions environnementales et à appliquer mes convictions dans ma vie personnelle. Plus tard, lorsque je suis rentrée au lycée, j’ai réalisé que mes efforts personnels n’étaient pas et ne seraient jamais suffisants. J’étais révoltée, inquiète et en colère vis à vis de nos gouvernants qui ne proposaient pas de solutions viables pour l’avenir. Motivée par cette colère, j’ai commencé à participer à de nombreuses manifestations et à m’intéresser tout particulièrement à la politique. L’inaction climatique est une aberration face à laquelle je ne pouvais pas me taire. Je faisais partie de ces jeunes indignés qui voulaient tout simplement se faire entendre. Malheureusement, j’ai aussi compris que les gouvernants n’allaient pas écouter des adolescents simplement car nous manifestions. Dès lors, je me suis engagée en politique et j’ai pris ma carte d’adhérente au parti EELV. La politique se présentait pour moi comme le seul moyen de me faire entendre, de faire entendre la voix de cette jeunesse ignorée et mise de côté. Si j’ai choisi EELV c’est car il s’agit selon moi de l’unique parti capable d’apporter un véritable changement. Or, nous avons drastiquement besoin de ce changement de système. L’enjeu de demain qui me semblait lointain s’est transformé en un enjeu d’aujourd’hui, un enjeu immédiat et primordial. Je voulais être actrice de ce changement, participer à la création d’un nouveau système qui permettrait aux générations futures d’avoir un avenir. Cependant, j’avais conscience que pour être légitime et entendue, je devais m’améliorer dans mon discours pour être perçue comme une personne réfléchie, une personne dont la voix méritait d’être écoutée. C’est donc pour cela que j’ai entrepris des études de droit ainsi que des études de sciences politiques; pour avoir en ma possession des arguments qui me permettent d’être écoutée malgré mon âge. A EELV, les politiciens s’intéressent tout particulièrement aux jeunes et nous écoutent. Ils m’ont reçue sans juger mon âge et aujourd’hui me placent à une position de responsabilités.

 

 

 

En tant origine libanais,  cela facilite le travail ou le contraire?

 

- Ma double culture est incontestablement une richesse. Je suis très renseignée sur les politiques du Moyen Orient ce qui n’est pas le cas de tout le monde ici. Dans mon parti, les personnes sont très ouvertes d’esprit et n’ont pas d’aprioris sur les origines des uns et des autres bien au contraire. Je travaille au quotidien avec des personnes très riches intellectuellement et dont certains ont eux même des origines. De ce fait, je n’ai jamais subi de racisme et toutes les personnes que j’ai rencontré m’ont toujours considéré comme française au même titre que celles et ceux qui n’ont pas de double nationalité. Mes origines sont souvent perçues une richesse, un plus qui me distingue.

 

Comment voyez-vous la loi sur les séparatistes

 

- Ce projet de loi est tout simplement honteux. Je pense que nos parlementaires n’ont pas bien compris la notion de laïcité. La France est un pays merveilleux qui a comme principe de respecter la liberté de culte, c’est cela la laïcité : la possibilité de laisser chacun pratiquer librement son culte. C’est pourquoi ce projet de loi est à mon sens une atteinte à nos principes et nos valeurs. La laïcité ne sous-entend pas une neutralité complète qui interdirait à tout en chacun de pratiquer sa religion librement. En France, nous avons l’immense chance d’avoir une population très hétérogène aux cultes et cultures différentes. Pratiquer un culte c’est une partie intégrante d’une culture, c’est ce qui fait la richesse de ce pays. Je pense que ce projet de loi ne ferait qu’empirer le séparatisme, en effet, avec ce projet de loi, on catalogue l’islam comme un culte dangereux. C’est très grave puisqu’à cause d’une telle loi, des milliers de Français vont intégrer en eux cette crainte de l’islam. Or nous savons que la crainte peut se transformer en haine et la haine pousse les hommes à faire des choses odieuses.