Livre américain: L’expert chimiste syrien, agent de la CIA

* Le président Obama avait peur de s'enliser dans une autre guerre au Moyen-Orient, alors que la Russie est intervenue et a promis de jouer un rôle de médiateur avec Assad pour se débarrasser de ses armes chimiques.

* Le héros de ce livre est Ayman, un expert syrien en armes chimiques et espion de la CIA. Seuls les hauts responsables de la CIA connaissent son vrai nom ... et les autres l'ont nommé «le chimiste».

 

 

 

Washington: En 2012, après le déclenchement du «Printemps arabe» en Tunisie et dans d'autres pays, les manifestations d'opposition ont regagné la Syrie. Cependant, le gouvernement du président Bachar al-Assad a confronté avec une main de fer les manifestations qui se sont quand même développées et avec eux la force s'est élargie et la Syrie est entrée dans une guerre civile qui perdure jusqu'à présent.

Cette année-là, des informations sont parvenues à la présidence de la Central Intelligence Agency (CIA) selon lesquelles Al-Assad pourrait utiliser ses armes chimiques contre son propre peuple. Quelque temps après, le président Barack Obama a lancé son fameux avertissement à propos de la «ligne rouge» : si Assad utilise des armes chimiques contre son peuple, les forces américaines entreront (comme elles sont intervenues en Irak il y a dix ans, pour protéger les Irakiens de leur président, Saddam Hussein).

Cependant, Assad a osé frapper la banlieue de "Ghouta" (campagne de Damas) avec le gaz mortel "sarin". Et ce qui suit s'est produit:

Premièrement, le président Obama avait peur de s'impliquer dans une autre guerre au Moyen-Orient.

Deuxièmement, la Russie est intervenue, promettant de servir de médiateur avec al-Assad pour éliminer ses armes chimiques.

À l'époque, la CIA obtenait des informations en détails sur les armes chimiques au moyen d'un espion ... qui était l'un des plus importants experts syriens en chimie.

C'est le sujet de ce livre.

L'auteur du livre est Joby Warrick, un reporter chevronné du Washington Post. Il s'est spécialisé dans le Moyen-Orient, et en 2015, il a publié un livre: Les drapeaux noirs, naissance de Daech. Il a reçu le prix Pulitzer du meilleur livre non romancier de cette année.

Le héros de ce livre est Ayman, un expert syrien en armes chimiques et espion de la CIA. Le livre n'a pas utilisé son vrai nom, craignant pour sa famille et ses collègues de l'oppression du gouvernement du président Al-Assad. Son vrai nom n'était connu que des hauts responsables de la CIA. Les autres l'appelaient "le chimiste".

Le livre raconte qu’Ayman « était un scientifique intelligent. Il était bien placé pour être un espion. Il avait des atouts que beaucoup de ses collègues n'en disposaient pas: il a étudié aux États-Unis. Il a été autorisé à voyager à l'étranger pour assister à des conférences scientifiques. Il n'a pas été sous surveillance lorsque des étrangers ont visité Damas et l'ont rencontré. Le livre ajoute: «Quand il parle anglais, il le parle avec un accent américain. Ce qui a été bien apprécié de ceux qui l'ont rencontré, occidentaux et orientaux. Surtout quand il leur parle de hamburgers, de filles à moitié nues sur les plages, de programmes scolaires et des scouts dont il était membre».

Selon le livre, son premier contact américain secret a commencé lorsqu'il s'est rendu en Europe pour assister à une conférence internationale sur les produits chimiques. Et c'est lui qui a pris l'initiative de murmurer à un scientifique américain qui assistait à la conférence qu'il était prêt à «coopérer».

C’est ainsi, que la proposition a pris son chemin au Département d'État américain, puis à la CIA.

Quelques mois plus tard, les Américains ont vérifié sa personnalité, ses antécédents et sa sincérité, et un soir, après avoir terminé une conférence dans le département de chimie de l'Université de Damas, un jeune Américain, dans la vingtaine, l'a approché et lui a dit: Je suis un «officier politique» (officier politique dans la section des intérêts américains. (Cela signifie généralement que la personne est un diplomate secret travaillant pour la CIA.)

Ayman a répondu: "Je vous attendais."

L'auteur du livre, spécialisé dans les affaires du Moyen-Orient, en particulier le renseignement, a déclaré qu'il avait recueilli des informations sur Ayman auprès de responsables actuels et anciens de la CIA. On pense que l'un d'eux était ce jeune homme.

Mais aussi d’un autre «chimiste syrien, qui était un collègue, Ayman, mais qui s'est ensuite enfui en Occident». Mais le livre ne mentionne pas son nom.

Le jeune Américain avait reçu beaucoup d'informations sur Ayman et il s'attendait à ce qu'Ayman lui raconte ses années passées en Amérique, ainsi que les hamburgers et les filles à moitié nues sur les plages, les écoles et les équipes de scouts. Et c'est ce qui est arrivé.

Et l'Américain s'attendait à ce qu'Ayman l'invite dans son modeste appartement, au centre de Damas, comme une sorte d’hospitalité arabe. Et c'est ce qui s’est passé.

Cependant, l'Américain a été surpris qu'Ayman soit marié à deux femmes. Mais, il n'a pas ressenti une gêné chez Ayman. Celui-ci ironisait que l'une est une «bonne cuisinière» et l'autre une «bonne secrétaire». C'est une indication que la première était proche à son cœur et la seconde était sa secrétaire.

Lors d'autres visites à l'appartement, le jeune américain a remarqué que les deux épouses se disputent toujours mais qu’elles s’accordaient sur un point : "celui de haïr leur mari ... Ayman voulait une vie douce, mais il a trouvé une vie amère."

En effet, Ayman a conseillé à l'Américain: «Méfiez-vous d'épouser plus d'une femme», comme si l'Américain le voulait.

Lors de sa première visite à l'appartement, l'Américain a déclaré que les deux épouses leur avaient servi une excellente nourriture et une boisson. Après avoir servi le café, elles se sont retirées. Et "le moment est venu de parler du sujet important": l'espionnage pour la "CIA".

Contrairement à ce que l’Américain attendaient, Ayman a prononcé un discours patriotique enthousiaste sur les Arabes, l'arabisme, le colonialisme, le capitalisme, l'impérialisme et le sionisme et de la détermination des Arabes à «jeter les sionistes à la mer».

D'après ce qu'il a dit: «Si les impérialistes et les colonialistes nous attaquent, ils feront face à un épais brouillard de gaz toxique, qui les laissera des cadavres sans vie. Quant à ceux qui survivront, ils verront les missiles syriens chargés de gaz toxiques se diriger au sud vers les Juifs, pour les transformer également en cadavres sans vie.

Ayman s'est ensuite tourné vers l'Américain et lui a dit: "Parlez à vos patrons à Washington pour qu’ils avertissent leurs amis juifs."

Les patrons de la CIA n'ont pas été surpris par ce qu'a dit Ayman. Mais ils voulaient s'assurer qu'il ne parlait pas seulement, mais qu'il savait de quoi il parlait. Et ils ont demandé à leur agent délégué de demander à Ayman de quels types de produits chimiques toxiques il était fier.

Il ne s’est passé beaucoup de temps quant à l'approche de Noël, Ayman a déclaré à l'Américain: «Vous êtes chrétiens, vous célébrez Noël et échangez des cadeaux. Ceci est un cadeau de ma part à vous ». Il lui a donné un colis. Et l'Américain a compris qu'il y avait des produits chimiques mortels dans le colis (preuve qu'Ayman savait de quoi il parlait).

Rapidement, il a informé ses supérieurs à Washington. Ils ont déclaré l'état d'urgence et un espion est aussitôt  débarqué à l'appartement de l'Américain et a ramené le colis en avion privé à Washington où il a subi un examen approfondi qui a démontré qu'Ayman savait ce qu'il disait.

Ce fut un tournant dans leur relation avec Ayman, qui durera 14 ans: il leur fournissait régulièrement des informations classifiées. Et ils lui ont offert des récompenses attrayantes. Et au lieu d'un appartement modeste au cœur de Damas, il a acheté deux maisons en banlieue, une pour chaque femme. Il leur a fait plaisir avec des cadeaux luxueux, des visites dans les pays européens, et a mis à leur service des bonnes et des serviteurs.

Quatorze ans se sont écoulés, avant qu'Ayman ne souffle sa cinquantième bougie. Ses cheveux sont devenus gris et sa réputation comme l'un des plus importants experts en armes chimiques en Syrie a augmenté. Son département a doublé tout comme le nombre de ses subordonnés. Il a rencontré le président Bashar al-Assad plus d'une fois et a remporté des prix, des médailles et des consécrations de l'État.

Puis, un matin, une division militaire débarque dans son bureau, l'arrête et le transfère à la prison «Adra», à la périphérie de Damas (selon les ordres d'Asif Shawkat, directeur du renseignement militaire et gendre du président al-Assad).

Malheureusement pour lui, Ayman ne savait pas que la raison de l'arrestation était des accusations de pots-de-vin et de corruption, lors de ses visites à l'étranger et de la conclusion des contrats avec des sociétés étrangères et syriennes.

Il croyait qu'on avait découvert qu'il était un espion de la CIA. Et aussitôt, il a tout avoué spontanément.

Shawkat était surpris, les hauts responsables syriens ont été étonnés et ses collègues ébranlés.

En fait, Ayman avait réussi à cacher son jeu pendant 14 ans. Mais il pensait que cela ne fonctionnait plus, et qu’il a été découvert. C’est ainsi qu’une grande calamité s’est abattue sur lui.

Tôt un matin d'avril, les gardiens de la prison militaire ont réveillé Ayman, lui ont bandé les yeux, l'ont conduit dans la cour de la prison, l'ont attaché à un pilier et l'ont abattu.

 

Le livre: "Lignes rouges " (Red Line: Secrets of the Race between Syria and America over Chemical Weapons)

Auteur: Joby Warrick 

Éditeur: Double Day, New York

Pages: 368

Prix: Papier 30 $ - Courrier 15 $