L’Egypte face au barrage de «La Renaissance»

Souffler le froid, tout en se préparant au chaud
Le Nil, une colonne vertébrale, qui risque de se briser

* L’Egypte est (toujours) un don du Nil

* L’Ethiopie a plus besoin d’électricité que d’eau

* Un barrage qui va produire le triple du barrage égyptien

* Existe-t-il une solution pouvant satisfaire toutes les parties ?

 

 

Nul ne peut imaginer toute la dorsale orientale de l’Afrique, sans le Nil, aussi bien l’Egypte ancienne et ses pyramides que les temps présents. Cette artère principale traverse 11 pays, sur 6700 km, le plus long au monde, conditionne depuis des milliers d’années, la vie de dizaines de millions de personnes. Il se compose du Nil bleu (85% de l’eau, prend source en Ethiopie) et du Nil blanc (15%, prend source au lac Victoria).

«L’Egypte est un don du Nil» selon Hérodote. Cette phrase est toujours d’actualité, tant les besoins de presque 100% des besoins en eaux, des 100 millions d’habitants, sont assurés par ce fleuve.

Le barrage de toutes les discordes

Les temps présents :

Ce «veine aquatique» qui a porté la paix, comme elle a véhiculé les guerres, est source de toutes les tensions, actuellement. L’Ethiopie a dévoilé un projet qui ne peut plaire à tout le monde, surtout aux Egyptiens : La construction d’un barrage sur le Nil, appelé «La Renaissance»… Un nom certes porteur d’espoir pour les Ethiopiens, mais ne pas de même pour les autres. Essentiellement les Soudanais et surtout les Egyptiens : De quoi chambarder un rituel installé depuis la nuit des temps.

Un accord entre l’Egypte et le Soudan sous mandat britannique, conclu en 1929, octroie à l’Egypte le droit de veto concernant tout projet sur le Nil, pouvant mettre en danger son quota. L’accord de 1959 vient consolider la position du Caire, avec un quota de plus de 50% des eaux.

 

Un bémol (et de taille):L’Ethiopie compte construire le plus grand barraged’Afrique, avec un budget de 5 milliards de dollars. 8500 personnes s’activent 24/24 dans le but d’accomplir cette œuvre, qui peut contenir 74 milliards de m2, l’équivalent des quotas de l’Egypte et du Soudan pour une année.

Il faut rappeler que les précipitations assurent à l’Ethiopie une bonne pluviométrie, et par conséquence, le besoin en eau, n’est pas aussi pressant (en comparaison à la situation de l’Egypte), plutôt l’électricité se fait nécessaire. Le nouveau barrage va produire 6.000 mégawatts, le triple de la capacité du barrage égyptien, pour un pays de 100 millions d’habitats, connaissant une croissance économique importante.

Dr Mustapha Kamel Saïd, politologue Egyptien

 

Equation impossible ?

Un éventuel usage de l’Egypte de son droit de veto, en application des Accords de 1929 et 1959, ne peut consister une pression de taille sur l’Ethiopie, car ce dernier ne reconnait pas les deux Accords, sans oublier qu’Addis-Abeba insiste quant à son besoin crucial d’électricité, aussi bien pour usage domestique, qu’industriel». De ce fait, l’Ethiopie considère ce projet comme vital pour son économie. Idem pour l’Egypte qui considère son approvisionnement en eaux comme vital. Après quatre ans de tension, un accord est conclu entre l’Egypte, le Soudan et l’Ethiopie.

Le président Egyptien, Abdelfattah Sissi

Cet accord a servi à calmer la situation sans pour autant réussir à dénouer la crise, et surtout présenter les réponses que le Caire attendait, tant ce différent de taille, traine à trouver sa solution : Le remplissage du bassin du barrage de la Renaissance doit s’étaler sur dix ans, tout en prenant en considération les années de sécheresse, selon l’Egypte. A l’inverse de l’Ethiopie qui ne veut débattre de la question, car elle émane de sa souveraineté, comme ne cessent d’insister les responsables de ce pays, considérant que le remplissage peut se faire, en quatre à sept ans. Action qui portera un coup, et de taille au quota de l’Egypte.

De première vue, une équation impossible à résoudre, entre une Egypte, qui par la voix de son président Abdelfattah Sissi, sans donner de précisions, a assuré que «nul ne peut porter atteinte au quota de l’Egypte», mais aussi, son pays «ne peut rester les bras croisés», tout en insistant sur le fait que l’Egypte «observera tous les moyens diplomatiques dans le but de dénouer cette crise».

Un fleuve qui a conditionné la vie depuis la nuit des temps

Une chose est plus que certaine : Tout en insistant concernant un règlement respectueux de tous les droits, le Caire semble se préparer au pire. Les manœuvres militaires aériennes, opérées dernièrement avec le Soudain portaient un parfum de «mise-en-garde» adressée à l’Ethiopie, même si aucun officiel, aussi bien civil ou militaire n’ait fait le lien. Seuls des militaires Egyptiens à la retraite, sur des plateaux de télévision, n’ont exclu aucune option.

 

Un ambiguïté, bien entretenue

Le politologue Egyptien, Dr Mustapha Kamel Saïd considère qu’il n’est pas sûr que «le moment d'affronter la vérité ait sonné, pour toutes les parties intéressées par la crise du barrage de la Renaissance, en Égypte», et que «ce fait est clair pour ceux qui suivent les efforts de l’Egypte, pour parvenir à une solution juste et équitable du différend concernant le projet de construction de ce barrage, à savoir que le gouvernement éthiopien n'est pas prêt à renoncer à sa position de principe selon laquelle la construction du barrage est une question de souveraineté, niant tout préjudice grave au Soudan ou à l'Égypte».

Après un retenu (presque) « diplomatique», le politologue change de vitesse, et commence à souffler le chaud et le froid en annonçant : «Nous devons donc nous adresser aux puissances internationales et régionales en fonction de leurs intérêts, et leur montrer que tout comme elles peuvent bénéficier des relations mutuelles, nous pouvons à l’inverse réduire ces intérêts, peut-être au profit d’autres pays qui prennent une position appropriée.»

Une certitude irréfutable : L’Egypte ne peut rester inactive face aux menaces éthiopiennes, mais aussi doit savoir doser sa réaction : Tout en souhaitant la paix, doit se préparer au pire…