Harga, un feuilleton ramadanesque au succès inattendu mais parfaitement logique

L’immigration clandestine, au cœur du feuilleton à succès «Harga»
Affiche du feuilleton tunisien «Harga».

* Le feuilleton tunisien «Harga» du réalisateur Lassaâd Oueslati a conquis le cœur des téléspectateurs.

* «Harga» raconte l'histoire d'un groupe de jeunes tunisiens contraints d’immigrer illégalement en Italie à la recherche d'un avenir meilleur.

* Ces jeunes défient les vagues, la mort, le temps et leurs parents, pour atteindre l'autre rive: l'Eldorado rêvé de tous les migrants.

 

Le mois sacré marque la saison la plus importante de la télévision arabe avec des dizaines de nouveaux feuilletons et émissions diffusés tous les soirs au moment où les familles se réunissent devant la télévision après la rupture du jeûne. Souvent, ces séries télévisées permettent de mieux comprendre les vices et les vertus de la société et de mettre à nu certaines réalités occultées.

Malgré l’impact de la crise sanitaire sur le monde de la culture, la saison ramadanesque 2021 est plutôt satisfaisante. En effet, le feuilleton tunisien «Harga» du réalisateur Lassaâd Oueslati a conquis le cœur des téléspectateurs. Les principaux acteurs que réunit la série sont notamment Wajiha Jendoubi, Riadh Hamdi, Mhadheb Rmili, Malek Ben Saad, Aicha Ben Ahmed, Sana Al Habib, Abdellatif Kheireddine sans oublier quelques acteurs étrangers qui ont fait briller le drame.

Écrit par Imed Eddine Hakim, «Harga» raconte l'histoire d'un groupe de jeunes tunisiens qui ne se connaissent pas, venus de différentes régions du pays, et qui pour diverses raisons sont contraints d’immigrer illégalement en Italie à la recherche d'un avenir meilleur. Le titre «Harga» évoque le terme arabe «brûler», au sens de «brûler des documents», en traversant les frontières de manière clandestine, et fait également allusion au naufrage.

Aicha Ben Ahmed et Sana Al Habib, lors du tournage de «Harga».

Avec une production et un casting de qualité, «Harga» brise les préjugés sur l'un des problèmes sociaux les plus meurtriers et tragiques que la société tunisienne connaisse: les jeunes tunisiens de toutes les classes sociales se jettent silencieusement dans l'inconnu. Ils défient les vagues, la mort, le temps et leurs parents, pour atteindre l'autre rive: l'Eldorado rêvé de tous les migrants qui n’est que l'Europe, et plus précisément l'Italie.

Trajectoires manquées et voyages souvent perdus d'avance ou qui restent inachevés et riment avec mort, rapatriement, détention dans des centres d'accueil, voici le sort de ces jeunes déçus qui ont tout quitté derrière eux et sont partis en quête d’espoir. En effet, le feuilleton lève le voile sur un problème qui dévore la société tunisienne et ses jeunes tombés au combat, abandonnés à eux-mêmes, confrontés d'emblée au chômage et à la pauvreté, rêvant de cieux plus calmes et de nations qui leur offrent un minimum de sécurité, un travail stable et rentable, un statut et une vie décente. La série, de 20 épisodes, dépeint d’une manière réaliste la souffrance de ces jeunes tunisiens et de leur famille, mais aussi des réfugiés subsahariens qui sont arrivés illégalement en Tunisie, fuyant les guerres et le terrorisme.

La série qui devait être idéalement filmée entre les deux rives, en mer et dans un centre d'accueil à Palerme, met également en lumière une réalité difficile à changer, chargée de stéréotypes de l'Italie et des Italiens vus de l'autre côté de la Méditerranée.

Ce drame captivant, que le producteur aimerait exporter à l'étranger, vise bel et bien à sensibiliser et à éveiller les consciences.