Paris pique Tel Aviv

La France, l’Egypte et la Jordanie font taire les armes au Proche-Orient
Sommet tripartite Egypte-Jordanie-France sur la Palestine

*La France est réputée pour sa «politique arabe» et sa capacité à imposer ses vues diplomatiques au Moyen-Orient et à jouer sur ses leviers de négociation.

*La France se mobilise, en lien avec ses partenaires de bonne volonté, pour appeler les autorités israéliennes à s’abstenir de toute action unilatérale qui conduirait à l’annexion de territoires palestiniens.

* Dans l’attente d’un règlement négocié du conflit et conformément au droit international, notamment la résolution 478 (1980) du Conseil de sécurité des Nations unies, la France ne reconnaît aucune souveraineté sur Jérusalem.

Paris: La conduite de la politique étrangère Française est un exercice d’une grande complexité, sans doute davantage encore lorsqu’il s’agit d’une région aussi tourmentée que le Moyen-Orient aujourd’hui. Les relations de la France avec le monde arabe souvent même amicales comme sous les présidences de Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing  et Jacques Chirac  et actuellement Emmanuel Macron. La France s’aligne sur la politique américaine, même sous le roi des socialistes français Mitterrand, qui, sur la défensive a commencé à s’impliquer militairement, bon gré mal gré. Mais reste un seul désaccord de taille cependant avec Washington, est le soutien à la cause palestinienne. Aucun État n’est en mesure de mener une action de nature à ramener la paix. Cette crise met en évidence l’échec consommé des Nations Unies et du mécanisme central de la sécurité collective. Le meilleur de ce que pourrait faire la France serait d’ouvrir la réflexion sur les moyens d’ouvrir une nouvelle étape des relations internationales marquée par une nouvelle organisation adapté

La position de la France sous Macron

Le gaullisme proclame son indépendance de vue et d’engagement au Moyen-Orient par rapport aux États-Unis, La France reste constante et considère que le conflit ne pourra être résolu qu’à travers la solution deux États vivant ; Israël et la Palestine ;côte-à-côte en paix et en sécurité, conformément au droit international. La seule solution est à même de répondre aux aspirations légitimes des Israéliens et des Palestiniens à la sécurité, à l’indépendance, à la reconnaissance et à la dignité. Dans cette perspective, la France a défini, avec ses partenaires européens, les paramètres qui doivent présider à une résolution du conflit : Des frontières basées sur les lignes du 4 juin 1967 avec des échanges agréés de territoires équivalents ; des arrangements de sécurité préservant la souveraineté du futur État palestinien et garantissant la sécurité d’Israël ; une solution juste, équitable et agréée au problème des réfugiés ; un arrangement faisant de Jérusalem la capitale des deux États. C’est dans cet esprit que la France a salué l’Initiative arabe de paix de 2002 et sa réaffirmation récente.

La France est réputée pour sa «politique arabe», pour sa capacité à imposer ses vues diplomatiques au Moyen-Orient et à jouer sur ses leviers de négociation. De fait, Paris est l’une des rares capitales occidentales à pouvoir intervenir politiquement voire militairement dans la région. La France apporte son soutien à la création d’un État palestinien indépendant, viable et souverain, elle accompagne l’Autorité palestinienne dans la voie de l’établissement d’un futur État palestinien et d’institutions fortes et démocratiques, à travers une coopération dense notamment dans les domaines institutionnel, économique, culturel et universitaire. Elle consacre des sommes considérables à l’aide aux Territoires palestiniens (plus de 500 M€ sur la période 2008-2020, et le décaissement anticipé, en 2021 de l’aide budgétaire annuelle à l’Autorité palestinienne, d’un montant de 16 M€, dans le contexte de la pandémie de Covid-19), dont environ un tiers en faveur de Gaza. Les Territoires palestiniens demeurent le premier bénéficiaire de l’aide budgétaire française. La France contribue également au développement économique palestinien et notamment au secteur privé. Le quai d’Orsay travaille surdes axes que le président Macron a tracé avec son brillant ministre des affaires étrangères grand connaisseurde la région depuis qu’il était ministre de la défense sous le mandant de François hollande. La France a été l’un des premiers pays à reconnaître le nouvel État et à établir avec lui des relations diplomatiques. Depuis plus de 70 ans, elle défend le droit d’Israël à exister et à vivre en sécurité ainsi que sa pleine appartenance à la communauté des nations souveraines. La France est aussi l’amie des Palestiniens et soutient la création d’un État palestinien, vivant dans des frontières sûres et reconnues, en sécurité au côté d’Israël, avec Jérusalem comme capitale de ces deux États.

La France se tient du côté du droit international notamment des résolutions pertinentes des Nations unies. Ainsi la France promeut une solution à deux États (résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations unies), une solution juste pour les réfugiés (résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations unies), la fin de l’occupation israélienne (résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations unies) et la préservation du statut de Jérusalem (résolutions 476 et 478 du Conseil de sécurité des Nations unies). Sur cette base, la France appelle chacune des parties à réaffirmer son engagement en faveur d’un règlement négocié et de la solution des deux États et à s’abstenir de toute action unilatérale qui empêcherait de réunir les conditions pour y parvenir.

La France appelle également Israël au plein respect du droit international qui s’applique dans les Territoires palestiniens.

Paris voit que l’implantation de colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est constitue toujours une appropriation illégale de terres qui devraient être l’enjeu de négociations de paix entre les parties sur la base des lignes de 1967. La colonisation est illégale au regard du droit international (notamment au regard de la IVe Convention de Genève et de plusieurs résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies), elle menace la viabilité de la solution des deux États et constitue un obstacle à une paix juste et durable. La résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies, votée à la quasi-unanimité des États membres depuis le 23 décembre 2016, a appelé à l’arrêt immédiat et complet de la colonisation et exhorté les États à différencier entre le territoire de l’État d’Israël et les territoires palestiniens occupés depuis 1967.

Dans ce cadre, la France condamne régulièrement la politique de colonisation, qui s’est traduite en 2021 notamment par l’approbation de plus de 5800 unités de logements, comme en 2019 par les 8 300 soit un record depuis 2013 (6 742 en 2017 et 5 618 en 2018).

La France avait engagé des mesures concrètes qui ont été prises au niveau européen face à l’accélération de la colonisation, notamment celles consistant à traiter de manière différenciée le territoire d’Israël et les colonies. C’est par exemple dans cette approche que s’inscrit l’obligation d’étiquetage des produits alimentaires en provenance des colonies israéliennes, précisé par la notice interprétative de l’Union européenne en novembre 2015 et que la Cour de justice de l’Union européenne a jugé conforme au droit européen dans un arrêt du 12 décembre 2019.

Pourquoi et comment la France se mobilise-t-elle face à la perspective d’annexion d’une partie de la Cisjordanie ?

Le gouvernement israélien, officiellement investi le 17 mai 2020, a été formé sur la base d’un accord de coalition qui prévoyait la possibilité pour Israël d’annexer, à partir du 1er juillet 2020, une partie de la Cisjordanie, c’est-à-dire d’appliquer sa souveraineté sur des territoires palestiniens actuellement occupés. À la suite de l’annonce de la normalisation de ses relations avec les Émirats arabes unis, dont la France s’est félicitée, Israël s’est engagé à suspendre temporairement ses projets d’annexion. La France considère cette décision comme une étape positive, qui doit devenir une mesure définitive. L’annexion de territoires palestiniens, quel qu’en soit le périmètre, violerait le droit international, notamment l’interdiction d’acquisition de territoires par la force. Elle contribuerait à attiser les tensions et compromettrait gravement la solution des deux États. Elle irait à l’encontre des intérêts des Israéliens et des Palestiniens, ainsi que ceux des Européens et de la communauté internationale.

Dans ce contexte, la France se mobilise, en lien avec ses partenaires de bonne volonté, pour appeler les autorités israéliennes à s’abstenir de toute action unilatérale qui conduirait à l’annexion de territoires palestiniens. Elle a indiqué, notamment par la voix du Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, qu’une telle décision, compte tenu de sa gravité, ne pourrait rester sans réponse et être sans conséquence sur les relations de l’Union européenne avec Israël.

Éliane Assassi, Présidente du Groupe communiste.

Jouer avec le feu à Jérusalem

 

Paris répétait souvent à Tel Aviv, qu’« On ne joue jamais avec des allumettes près d’un baril de poudre » et donc conseille Israël de ne plus jouer avec le feu à Jérusalem. Car cette vieille ville qui abrite les lieux saints des trois monothéismes est un baril de poudre.

La France considère que Jérusalem doit devenir la capitale des deux États, Israël et le futur État de Palestine. Depuis 1967 et la conquête de la partie orientale de la ville par Israël lors de la guerre des Six Jours, Jérusalem est entièrement contrôlée par Israël. La question du statut de Jérusalem devra être réglée dans le cadre des négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens, visant en particulier l’établissement de deux États, israélien et palestinien, vivant côte à côte en paix et en sécurité avec Jérusalem pour capitale de ces deux États.

Dans l’attente d’un règlement négocié du conflit et conformément au droit international, notamment la résolution 478 (1980) du Conseil de sécurité des Nations unies, la France ne reconnaît aucune souveraineté sur Jérusalem. C’est dans cet esprit que le Président de la République a déclaré ne pas approuver la décision du Président américain de transférer l’ambassade américaine en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem.

 

La France appelle à mettre un terme immédiataux violences

Depuis la reprise des hostilités, 3000 roquettes ont été tirées en 12 jours. L'escalade de violence est le quatrième depuis lesGuerres de Gaza de 2008-2009 (opération Plomb durci) et de 2012 (opération Pilier de défense) et de 2014 (opération Bordure protectrice). La guerre de Gaza cette année a fait 256 morts palestiniens, dont 66 enfants et des combattants, en Israël, les salves de roquettes tirés de Gaza ont tués 12 personnes y compris un enfant, une adolescente et un soldat.  La classe politique française est mobilisée, Le ministre français des Affaires étrangères, a déclaré au Sénatlors de sa réponse aux questions d’actualité que « la gravité de la situation au Proche-Orient, est le résultat d’une absence de perspective politique à une situation qui n’a que trop duré, et qui ne pourra que continuer à produire des souffrances et de la violence si la volonté n’est pas là pour avancer résolument vers l’établissement de deux États vivant côte à côte en paix et en sécurité, avec Jérusalem pour capitale.»

« La priorité absolue, c’est l’arrêt de l’escalade en cours » explique Jean Castex

Face aux tensions grandissantes entre Israël et la Palestine occupée, engendrées par le projet d’expulsion de familles palestiniennes d’un quartier de Jérusalem Est et les affrontements autour de la mosquée d’Al Aqsa entre forces israéliennes et Palestiniens, le 18 mai 2021devant l'Assemblée nationale Pierre Laurent, sénateur communiste, avait alerté le gouvernement lors d'une séance de questions adressées au Senat, sur ce qu’il avait qualifié de «ratonnades, d’expropriations forcées de familles palestiniennes par des colons d’extrême droite, de heurts ultraviolents et des tirs meurtriers de l’armée israélienne». La situation dramatique à Gaza a poussé aussi Éliane Assassi, présidente du groupe communiste au Sénat, à interpeller une nouvelle fois le gouvernement. Pour la sénatrice, le renvoi dos-à-dos des responsabilités concernant les Israéliens et les Palestiniens n’est pas possible, car « la disproportion de l’usage de la force est évidente » de la part d’Israël. Avant de continuer, « beaucoup renvoient dos à dos agresseurs et agressés. Mais les faits, les images, les chiffres, démontrent le choix de la guerre et de la violence fait par Benyamin Netanyahou et l’extrême droite israélienne ». La sénatrice a jugé ; « L’heure est venue de taper du poing sur la table, car la voix de la France compte encore au Proche-Orient » Au travers de la reconnaissance de l’État palestinien ».

 

Le Drian invité au grand jury.

Mais face à la situation humanitaire à Gaza, qualifiée par de nombreuses ONG comme une «prison à ciel ouvert», Jean Castex a enjoint les autorités israéliennes à «agir de manière proportionnée», il a déclaré que «la situation est effectivement extrêmement grave et préoccupante, nous sommes inquiets du sort des populations civiles à Gaza déjà éprouvés depuis 15 ans de blocuset l’aide doit parvenir rapidement. »

Le Premier ministre avait rappelé les risques liés à une politique de colonisation tout en réitérant son attachement à la sécurité d'Israël. Sa réponse qui est en fait une première d’un chef de gouvernement français envers Israël, a suscité la colère du député UDI Meyer Habib, qui se présente comme un proche de Benjamin Netanyahu. Furieux, l'élu a quitté l'hémicycle avant la fin de la prise de parole du Premier ministre et lui a reproché de ne pas dire "un mot sur les civils israéliens", criant au "scandale". Le Président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) Francis Kalifata exprimé sa stupéfaction et son inquiétude quant à la déclaration du Premier ministre.

Macron, Sissi et Abdala font taire les armes

Préoccupé par l’escalade des violences au Proche-Orient, le Président Macron a été déterminé à œuvrer avec l’ensemble des parties pour y mettre un terme au plus vite. Le retour au calme, la paix sont ses priorités. Dans cet esprit, il s’est entretenu avec le Président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud ABBAS, lui a demandé d’user de tous les moyens de son influence pour que le calme soit rétabli au plus vite.Il s’est entretenu, également avec le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou. Lui avait appelé au «retour à la paix», soulignant le «droit à se défendre» d'Israël tout en montrant «sa préoccupation au sujet des populations civiles à Gaza».

À tous, le Président Macron a dit l’urgence d'un retour à la paix, d’une relance décisive des négociations nécessaires à l’établissement d’une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens et la volonté de la France d’y contribuer dans le respect des aspirations légitimes de chacun.Il s’est également entretenu avec le Président tunisien, Kaïs Saïed dont le pays siège actuellement au Conseil de sécurité des Nations unies. Macron avait poursuivi ses consultations, le 17 mai, Il a tenu une réunion trilatérale avec le Président égyptien Abdelfattah Sissi en tête-à-tête, et avec le Roi Abdallah II de Jordanie par vidéoconférence, principalement sur le conflit au Proche-Orient. Cette médiation était le principal élément qui a permis un cessez-le-feu, la clé pour permettre la réunification des composantes palestiniennes et garantir le non-recours à la violence.  Selon des sources diplomatiques françaises, l'ONU a aussi amorcé, avec l'aide la France, de l'Egypte et du Qatar. Ils ont souligné la nécessité absolue de mettre fin aux hostilités. Ils sont convenus d’y œuvrer ensemble, notamment au Conseil de sécurité des Nations unies.

Le Drian met Israël en colère

 

Jean-Yves Le Drianavait évoqué le 27 mai un «risque d’apartheid en Israël» lors du Grand Jurychez nos confrères (RTL/Le Figaro/LCI) en affirmant que « si d'aventure on avait une autre solution que la solution à deux États, on aurait alors les ingrédients d'un apartheid qui durerait longtemps ». « Le risque d'apartheid est fort si on continue à aller dans une logique à un État ou du statu quo. Même le statu quo produit cela », avait-il ajouté. Une déclaration qui a mis le feu aux poudres. Le chef de la diplomatie israélienne, Gabi Ashkenazy, a indiqué à l'ambassadeur de France en Israël, Éric Danon, que les propos du ministre français étaient « inacceptables, sans fondement et déconnectés de la réalité. Le premier ministre israélien Netanyahou voit rouge, il avait déjà fustigé, le 26 mai, une « leçon de morale hypocrite et mensongère sur cette question». La France adore piquer Israël mais les arabes se réjouissent. Quant à Hamas, il ressort encore une fois renforcé de la guerre contre Israël.