Covid-19 : Les Tunisiens réticents face à la vaccination

Pourquoi certaines personnes hésitent à se faire vacciner ?

* La vaccination, est une question de santé publique!

* Les vaccins disponibles actuellement sont tous efficaces contre la Covid.

* Tout le monde aspire à un retour à la vie normale qui n’est possible que si la majorité de la population est vaccinée.

 

Comme des milliards de personnes dans le monde, vous attendez peut-être avec impatience votre tour pour se faire vacciner contre la Covid. Cependant, certains ne font pas confiance aux laboratoires qui ont fabriqué ces injections. Ils préfèrent fortifier leur système immunitaire avec des suppléments et un mode de vie sain. À présent, le terme ‘’hésitation à la vaccination’’ est entré dans le discours quotidien de la pandémie.

En effet, les chercheurs ont constaté une hésitation généralisée. Des citoyens du monde entier refusent de recevoir une injection. Des études récentes indiquent que généralement les personnes âgées étaient plus disposées à se faire vacciner que les plus jeunes. De même, les femmes en âge de procréer s'inquiètent de l'impact de ce virus sur leur fertilité. Des dizaines de mythes sur le vaccin anti-covid ont vu le jour. Certains croient que les femmes enceintes ne devraient pas être vaccinées, mais selon des études récentes les femmes enceintes ayant reçu le vaccin, transmettent leurs anticorps à leurs nouveau-nés, ce qui constitue une protection automatique contre la Covid ; d’autres soupçonnent un lien entre les vaccins anti-covid et l'impuissance ou pensent que les vaccins modifient l'ADN. Toutefois, les chercheurs assurent que l'ARN messager pénètre dans les cellules mais pas dans le noyau où réside l'ADN et ne l'affecte pas du tout.

 

En Tunisie, les campagnes de vaccination avancent à tâtons !

Le ministre de la Santé, Faouzi Mehdi, a qualifié, vendredi 28 mai 2021, la situation épidémiologique d’inquiétante, précisant que les chiffres stagnent mais dans un niveau élevé. «Nous nous tenons prêts à gérer toutes les situations et à prendre en charge les cas qui seront enregistrés d’ici là», a-t-il indiqué, soulignant que la Tunisie doit se préparer à une quatrième vague de contaminations au Coronavirus dans deux semaines.

Hamdi Mbarek, docteur chercheur en génomique à l'université Amsterdam Netherlands

Le ministre tunisien de la Santé, qui a appelé à accélérer les campagnes de vaccination, a annoncé deux nouveaux cas d’infection au variant sud-africain.

Bien que le vaccin anti-covid approuvé se soit avéré sûr et efficace, la vaccination de masse chez les Tunisiens reste un défi. Est-ce une simple hésitation à se faire vacciner ou le déni du Coronavirus ?

Pour élucider les mécanismes impliqués dans cette réticence à la vaccination, «La Majalla» a interviewé DR. Hamdi Mbarek, docteur chercheur en génomique à l'université Amsterdam Netherlands.

Le mufti de la république reçoit la première dose de vaccin anti-covid, le 14 avril 2021.

* Nous avons vu que plusieurs Tunisiens, y compris des médecins, refusent de se faire vacciner. Pourquoi autant de réticence face au vaccin ?

 Oui. C’est un comportement qu’on a observé surtout au début de la campagne de vaccination, mais je pense que les choses ont changé depuis et le rythme de vaccination s’est accéléré ces dernières semaines. Ce changement est expliqué aussi par la publication d’études scientifiques sur l’efficacité des vaccins dans des études de terrain. Cela encourage davantage les gens à se faire vacciner pour se protéger eux-mêmes et protéger leurs proches. Tout le monde aspire à un retour à la vie normale qui n’est possible que si la majorité de la population est vaccinée.

* Ces vaccins anti-covid auraient-ils des effets à long terme que l'on ne connaît pas ?

 La réponse courte à la plupart des questions concernant les effets à long terme des vaccins sur la santé est que «tout simplement nous ne savons pas encore». Cependant, ces vaccins n'existent que depuis 6 mois, il n'y a pas de recherche à long terme sur aucun aspect de leur efficacité. Les scientifiques sont en train de rassembler les données pour analyser les effets comme ils sont en train de le faire pour étudier les effets à long terme de la Covid ou ce qu’on appelle «Long-Covid».

* Existe-t-il une énorme différence entre les vaccins actuellement disponibles ?

Les vaccins disponibles actuellement sont tous efficaces contre la Covid. La différence qui existe est liée à leurs modes d’action et quelques différences techniques sur le mode de stockage et le nombre de doses.

*Dans certains pays, comme le Maroc, le vaccin anti-covid est obligatoire, ne voyez-vous pas qu’il s’agit là d’une atteinte à la liberté individuelle ?

Je pense plutôt que c’est une responsabilité individuelle envers soi et envers autrui. Vous pouvez refuser de se faire vacciner, mais dans ce cas, vous engendrez un risque pour vous et pour la société. Il y a d’autres raisons de refuser de se faire vacciner, comme par exemple avoir une allergie sévère, mais sans une raison scientifique ou sanitaire valide, c’est comme si vous refusiez de faire votre devoir. Prenez l’exemple du carnet de vaccination dès l’enfance, il y a des vaccins qui sont obligatoires et qu’on ne discute même pas, c’est une question de santé publique!

 

Des citoyens tunisiens dans un centre de vaccination pour recevoir le vaccin anti-covid, Tunis, le 25 mars 2021.

Quelles solutions ?

Les faibles niveaux de vaccination, en particulier parmi les communautés à faible revenu, reflètent souvent certaines contraintes logistiques. Offrir des heures prolongées pour les vaccinations et expliquer au public qu'il n'y a pas de frais sont deux façons d'améliorer les taux.

Pour les personnes oublieuses, de simples rappels - par SMS ou message vocal - peuvent aider. Une étude réalisée en 2019 a montré que des rappels quotidiens pour terminer le traitement médicamenteux de la tuberculose avaient amélioré considérablement les résultats.