Lutte contre le terrorisme

Ambassadeur de France en Tunisie à «La Majalla» : «La loi sur le séparatisme est faite pour ressouder la communauté nationale»
Karim Amellal, ambassadeur de France en Tunisie

*La loi sur le séparatisme vise à prévenir et à lutter contre le séparatisme ou ce qui peut conduire au séparatisme.

*Le Forum méditerranéen est un format de dialogue innovant complètement centré sur les acteurs de la société civile.

* Le forum envisagé représente le cadre idoine pour recueillir les propositions de la jeunesse du Sud et de les soumettre au président Macron dans la perspective de la présidence Française de l’UpM.

* Le forum focalisera aussi les débats sur un autre sujet qui tourne autour de la formation, l’éducation.

 

Tunis:  Karim Amellal est ambassadeur mais également délégué interministériel qui a une compétence transversale pour mobiliser des énergies pour trouver des solutions à certains maux qui traumatisent cet espace commun qui est la Méditerranée. Il s’occupe aussi de l’Union pour la Méditerranée, du dialogue 5 +5 et est très engagé sur les questions des jeunes, les chantiers mémoriels, le séparatisme. Il vient d’effectuer une visite de trois jours en Tunisie où il a enchainé une série de rencontres tout à fait intéressantes avec des acteurs de la société civile et des acteurs plus institutionnels. Trois jours d’échanges et de rencontres principalement axées autour de la société civile dans la perspective d’un évènement que le président de la République française souhaite organiser à Marseille en automne prochain. Il a parlé à Majalla avec franchise sur les sujets de l’heure.

 

Pouvez-vous nous expliquer davantage l’approche française sur le séparatisme ?

Pendant très longtemps, les responsables politiques ont parlé de communautarisme. Ces communautés qui ne sont pas interdites en France. Il y a une communauté juive, arabe, bretonne, etc. Ce terme de communautarisme était mal perçu. Ça n’allait pas du tout. On en est arrivé au terme du séparatisme. Le problème c’est qu’il y a des gens qui à l’intérieur d’une communauté, se séparent des principes de la république. Ce sont les valeurs communes. En utilisant et en déformant la religion musulmane ils en viennent à se séparer des autres. En effet, le but ou l’intention est de cibler ou prévenir ceux et celles qui pour des raisons économiques, religieuses, minoritaires, en viennent à se détacher de la communauté nationale et auxquels il arrive de commettre des actes terribles que tout le monde réprouve tels que l’assassinat de Samuel Paty. Ainsi ils jettent l’opprobre sur toute la communauté musulmane. Cette loi sur le séparatisme vise à prévenir et à lutter contre le séparatisme ou ce qui peut conduire au séparatisme. Elle est faite pour ressouder la communauté nationale et pour qu’une infime minorité ne disqualifie une majorité normale. Perpétuer la Nation et le corpus de valeurs qui vous unissent et pour qu’une poignée de terroristes ne disqualifie pas l’œuvre que vous êtes en train de faire.

 Karim Amellal

Vous êtes en tournée pour préparer le Forum méditerranéen. En quoi diffère-il des autres évènements ?

Le Forum méditerranéen est un format de dialogue innovant complètement centré sur les acteurs de la société civile qui seront réunis autour d’un certain nombre de thématiques qui sont très importantes pour nous en France, en Europe mais aussi au sens large pour la Méditerranée parce que ce sont des sujets communs. Le forum envisagé représente le cadre idoine pour recueillir les propositions de la jeunesse du Sud et de les soumettre au président Macron dans la perspective de la présidence Française de l’UpM. Il ne faut pas qu’il y ait des tabous sur certains sujets qu’on devrait restituer au président de la République surtout sur ces sujets-là. Il faudra dire le problème mais aussi les solutions qu’on propose.

Ce forums’articulera autour de cinq axes majeurs à savoir l’environnement et le développement durable, la digitalisation de l’économie, la formation, l’inclusion sociale et enfin la culture et le patrimoine.

Qui seront invités à ce forum ?

Comme c’est un forum société civile, on va inviter des acteurs des sociétés civile de la rive sud ce qui n’exclue pas d’inviter des acteurs institutionnels. Autour de ces cinq thématiques déjà évoqués on souhaiterait dans chaque pays qu’il y ait des groupes de travaillent en amont du forum pour élaborer des propositions.

L’objectif est d’avoir une plateforme de propositions qui viennent des pays du sud et qui correspondent à la réalité et qui permettent de bâtir une méditerranée où il y a des opportunités. Il y a aussi tous les projets enclenchés qu’on essaye d’identifier. Ce forum doit être une occasion d’échanger autour de solutions, de mettre en valeur les initiatives des projets portés par des acteurs de la société civile.

 

Pouvez-vous nous détailler un peu plus les thèmes qui seront débattus ?

Le premier axe porte sur l’environnement, le développement durable et les questions qui sont liés à la biodiversité, aux changementsclimatiques qui sont des enjeux centraux dont les conséquences sont visibles que ce soit sur la Cote d’azur ou dans les pays du sud. C’est pourquoi on cherchera à trouver des solutions et ces solutions ne viennent pas uniquement du Nord mais aussi des pays du Sud tels que le projet qui est conduit par les pêcheurs aux iles Kerkennah (Tunisie). En ce qui concerne la digitalisation de l’économie, plein d’enjeux seront abordés comme la cyber sécurité, la lutte contre le discours de la haine.

Mais le forum focalisera aussi les débats sur un autre sujet qui tourne autour de la formation, l’éducation.   Comment faire pour former des jeunes sur des métiers nouveaux tels que l’économie bleue ? Ce sont ces opportunités économiques et les emplois nouveaux à créer que nous essayerons de mettre en valeur lors de ce forum.

Toutefois, des questions liées à l’inclusion à l’égard des publics défavorisés, fragiles, vulnérables, seront largement évoquées lors de cette rencontre. La question du genre aussi, l’égalité des chances et comment faire pour que des jeunes dans les régions éloignées et défavorisées puissent accéder à des opportunités d’emplois, de développement, seront évoquées.

Et les autres problèmes qui intéressent la Méditerranée tels que le chômage et l’immigration irrégulière ?

En effet, les problèmes en méditerranée existent ; comme une mer avec des bateaux pleins de migrants qui se noient, des bateaux de guerre, des rivalités, des gisements de gaz qui suscitent des conflits. Mais la Méditerranée ne peut pas se réduire à cela et ce qu’on voudrait faire c’est montrer la Méditerranée positive où malgré toutes les difficultés il y a plein de choses qui se font. Cet évènement s’inscrira dans un spectre plus large. Le but est que la Méditerranée résonne positivement.

Est-ce que la question de la mobilité sera soulevée ?

J’ai grandi à Alger et toute ma vie j’ai a entendu ces histoires. Je comprends l’attente légitime et la frustration eu égard notamment aux procédures qui sont compliquées. Ce sont des choses qu’il faut corriger et on y travaille bien que les résultats ne seront pas toujours satisfaisants  car l’octroi des visas ou l’entrée sur le territoire est une politique d’Etat et tous les pays du monde conduisent des politiques de ce type. Mais la France fait partie de l’Union Européenne avec certaines contraintes et restrictions.Il n’empêche,des efforts doivent être déployés sur ce sujet comme la mobilité des étudiants avec le projet Erasmus Med qui n’a pas encore été mis en œuvre. La Méditerrané positive c’est aussi cela. Imaginer, inventer des choses et proposer, d’ailleurs c’est ce qu’on envisage de faire lors du forum.

On attend toujours des excuses pour les crimes et les exactions commis pendant la colonisation. Est-ce que c’est envisageable lors de ce forum ?

Je m’exprime comme ambassadeur d’origine algérienne et qui est franco-algérien. Je suis très engagé aux cotes du président sur ces sujets là et militant de la première heure pour que le président conduise enfin une politique de reconnaissance. Il y a cette formule qui est derrière : ni déni, ni repentance qu’a employé Macron. C’est sa philosophie de l’histoire qu’il veut conduire.

Ceci-dit, la question de la repentance est délicate pour tous les pays qui ont conduit des politiques impérialistes tels que le Japon et parcequ’ il y a des stigmates ou des excuses qui peuvent être proférés. Ces excuses peuvent satisfaire mais ne feront pas avancer. C’est parfaitementlégitime et compréhensible car elles peuvent satisfaire une partie de ceux qui sont concernés par ces excuses mais cela ne permettra pas de panser les blessures pour tout le monde. Non seulement d’avancer avec le pays qui est concerné où il y aune politique coloniale qui a été conduite et qui a produit un certain nombre de choses négatives et désastreuses, criminelles. La justice ce ne sont pas les excuses proférées par le président de la République. La justice ce sont des processus avec des magistrats comme ce qui a été fait avec l’IVD mais en aucun cas le Chef de l’Etat peut se prononcer au nom de la justice. Le plus important c’est le déni. Les excuses on peut en attendre. Ce n’est pas cela qui fera avancer les choses. Mais la politique de reconnaissance et c’est là où la France a accusé beaucoup de retard à faire, c’est de reconnaitre les faits. Reconnaitre les faits sur la base du travail des historiens ou d’une commission et sur la base des conclusions sur la responsabilité de l’Etat. Cela doit être une politique de large spectre. Le président ne peut dire de façon abstraite et sans aucun fait établi et sans que les historiens aient travaillés dessus que la responsabilité de la France est engagée.