Les changements climatiques au Sahel

Des sécheresses aux inondations !
Hassan Baka, un responsable d'Aren

*La situation se dégrade dans toute bande de terre, comprise entre le Sénégal et le Soudan.

*Les perturbations liées au climat sont déjà visibles au Sahel, où les températures augmentent 1,5 fois plus vite que dans le reste du monde.

*Des modifications très dangereuses de l’écosystèmes :Désertification démographique de plusieurs régions, et surpopulation ailleurs.

*«Réfugié climatique», est un concept que les experts commencent à évoquer en traitant la région du Sahel.

 

Les générations futures, la prochaine génération plus précisément, doit classer les cartes climatiques, qui sont actuellement en vigueur, du moins concernant le Sahel. Cette région aux contours flous, située au sud du Sahara, change de couleur.

La situation se dégrade dans toute bande de terre, comprise entre le Sénégal et le Soudan. La pauvreté touche encore plus de gens. La pression démographique, bat encore des records. Sans oublier le terrorisme, qui en plus des victimes, entraine des déplacements de populations, déjà très fragiles. Un chambardement, qui lui aussi entraine des violences très meurtrières parfois, entre autochtones qui voient d’un très mal œil, l’arrivée de ces réfugiés qui viennent partager, ou même prendre de force, ce peu de «chose», qui assure au plus une subsistance déjà plus que difficile.

Même les précipitations, qui réglaient un équilibre de plus en plus fragile, se sont transformées en pluies diluviennes. Qui en alternance avec des sécheresses plus arides, dégradent des terres déjà très appauvries :

Les perturbations liées au climat sont déjà visibles dans cette région, où les températures augmentent 1,5 fois plus vite que dans le reste du monde.

Gérémy Panthou, climatologue rattaché à l'Université française Grenoble Alpes.

 

Une surcharge très dangereuse.

Des calculs basés sur les archives des stations météorologiques de la région du Sahel, montrent, que depuis les années 1970 jusqu'à la fin du 20ème siècle, cette région a souffert de sécheresses sans équivalent ailleurs dans le monde.

Toutefois, on observe depuis (fin du 20ème siècle), une reprise des pluies et un reverdissement des zones asséchées. Ceci ne peut en rien, selon Gérémy Panthou, climatologue rattaché à l'Université française Grenoble Alpes, qui collabore avec l'observatoire météorologique Amma-Catch sur l'Afrique de l'Ouest, constituer une preuve d’irréversibilité, avant d’ajouter : «Nous observons une forte augmentation des précipitations extrêmes: Les orages sont plus violents et les sécheresses, lorsqu'elles surviennent, sont plus sévères»,

De ce fait, on observe des modifications très dangereuses de l’écosystèmes : Désertification démographique de plusieurs régions, et surpopulation ailleurs, surtout au bord des fleuves. D’où une surexploitation de ressources naturelles, en premier, le bois de chauffage.

Les annales gardent en mémoire, les crues exceptionnelles du fleuve Niger qui, en 2012, avaient fait des dizaines de morts et plusieurs centaines de milliers de déplacés. Malheureusement, ce genre de ces catastrophes se multiplie…

Qu’il soit à Bamako (Mali), Diffa (Niger) ou encore Bangui (Centrafrique), le scénario se répète depuis avec une régularité étonnante : L’eau qui submerge tout. La population est la première à en payer le prix.

 

Situation pastorale au Sahel.

Une facture plus que salée :

Une étude qui a concerné 17 pays, démontent les effets du réchauffement.L’érosion touche les côtes aussi : les côtes du Sénégal reculent d’un à deux mètres par an. Idem pour Djibouti. Et jusqu’à vingt à trente mètres par an dans le golfe de Guinée.

Pour comprendre le désarroide toute une population du Sahel, il faut savoir que deux habitants sur trois vivent de l'agriculture et de l'élevage tandis que l'immense majorité des terres cultivées sont dépourvues de système d'irrigation.

Pires encore, les rendements agricoles vont diminuer de 20% par décennie d'ici la fin du 21ème siècle dans certaines zones du Sahel, selon les prévisions d’un Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).

On peut aisément en imaginer les conséquences d’une augmentation démographique couplée à une telle baisse des rendements des terres agricoles !!!

Déjà, selon la FAO, environ 9,7 millions de personnes étaient en état d'insécurité alimentaire sévère en Afrique de l'Ouest. Une crise chronique, qui a sévit en juin et août 2019, durant la difficile période de soudure qui sépare la saison sèche et la saison des pluies.

 

«Réfugié climatique», est un concept que les experts commencent à évoquer en traitant la région du Sahel : A savoir des sinistrés obligés à fuir leurs foyers, provoquant un exode rural massif, suite aussi bien pour fuir des inondations à répétition que des sécheresses désastreuses.

«Exode rural» devient un concept récurent, comme l’explique Hassan Baka, un responsable d'Aren, la principale association d'éleveurs au Niger : «en 2019, par exemple, des milliers d’éleveurs ont quitté la brousse pour s'installer en ville, et grossir les bidonvilles, parce que des sécheresses successives, ont décimé leurs troupeaux».

 

Un terreau très fertile : 

Que peut engendrer un tel cocktail, composé de pauvreté, mauvaise gouvernance, changement climatique et pression démographique? Fin septembre, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, en apportent une réponse. Il s'est dit pessimiste face à une telle situation explosive, qui «nourrit les extrémismes violents», avant d’ajouter que «la raréfaction des ressources naturelles exacerbe les tensions», en référence aux affrontements pour la terre entre éleveurs et agriculteurs au Nigeria, qui ont fait des centaines de morts.

Tout en sachant que la population des six pays francophones du Sahel sera multipliée par six, pour atteindre 540 millions d'ici à 2100, selon les projections de l'ONU.

David Cleary, responsable agriculture de l'ONG américaine The Nature Conservancy.

Le verre, moitié plein, ou vide ?

Face à cette situation, 17 pays du Sahel, ont adopté en février 2018 une enveloppe de 400 milliards de dollars, couvrantla période 2019-2030, dans le cadre d’un «plan d'investissement climatique».

Ce plan compte ce qu’il considère comme «excellente capacité d'adaptation », à l’exemple de nombreux pêcheurs qui se sont reconvertis dans l'agriculture sur les terres fertiles découvertes par le retrait des eaux, suite à l'assèchement du lac Tchad, qui a perdu 90% de sa surface en 40 ans.

David Cleary, responsable agriculture de l'ONG américaine The Nature Conservancy, admet un regard très optimiste concernant ce qu’il considère «développement significatif de l'agroforesterie au Sahel», qui «implique des dizaines de milliers d'agriculteurs dans des programmes de plantation d'arbres qui ont littéralement verdi les paysages», avant d’ajouter que «le Sahel est souvent présenté comme une cause perdue, alors qu'il connaît des évolutions importantes et montre ce à quoi pourrait ressembler un futur plus porteur d'espoir». Et conclure par : «Si le Sahel peut le faire, c'est plutôt encourageant».