Tunisie : L’affaire des déchets italiens, bientôt résolue…

Moez Sinaoui, ambassadeur de Tunisie à Rome.

*Environ 600 conteneurs de déchets destinés à une cimenterie tunisienne pour la production de combustibles alternatifs, ont été bloqués par les autorités italiennes, après la détection«d'aspects graves», à Salerne, port ayant déjà servi à l'acheminement de conteneurs de déchets ménagers vers la Tunisie.

*La visite du Chef de l’Etat tunisien en Italie a été une occasion pour trouver une solution à ce problème.

En 2020, la découverte en Tunisie de 282 conteneurs de déchets importés illégalement, a mis le feu aux poudres entre les tunisiens et les italiens.

Pour mémoire, le scandale d'exportation illégale de déchets italiens vers la Tunisie, a mené à des poursuites judiciaires contre 26 personnes en Tunisie, y compris des cadres de la douane et l'ancien ministre de l'Environnement, Mustapha Aroui. Huit personnes sont en prison et une autre est en fuite: le gérant de la société importatrice.
Ces déchets ménagers, dont l'exportation est interdite par la législation tunisienne et par les conventions internationales, se trouvent toujours, au port de Sousse depuis l'été 2020.

 Othman Jerandi, ministre des Affaires étrangères.

Pourtant, les autorités de la province italienne de Campanie ont sommé la société italienne exportatrice de récupérer ses conteneurs dans un délai de quatre-vingt-dix jours à compter du 9 décembre 2020.

Un contrat funeste

L'histoire a commencé à l'automne 2019 avec la signature d'un contrat entre une entreprise basée à Polla dans la province de Salerne et une entreprise tunisienne pour l'expédition de 120 mille tonnes de déchets «non dangereux» vers la Tunisie. Mais les conteneurs, inspectés par le bureau des douanes de Sousse, ne contiennent pas de déchets plastiques, comme indiqué, mais d'autres déchets de toutes sortes, qui proviendraient, sans aucun traitement préventif, de la collecte sélective domestique.

Selon les enquêtes en cours en Tunisie, les déchets en question seraient destinés à l'élimination dans des décharges ou à l'incinération, donc un type non adapté à l'exportation entre les pays de l'UE et les pays tiers, selon la convention de Bâle et Bamako, dont les règles stipulent que les mouvements transfrontaliers ne sont possibles que si les déchets sont effectivement destinés au recyclage. De plus, une entreprise fantôme recevrait les déchets en Tunisie qui, de toute façon, ne pourrait procéder au traitement visant à recycler les matériaux.

Les déchets inquiètent l’Italie.


D’autres conteneurs de déchets bloqués


Mais voilà que les scandales s’enchainent. Environ 600 conteneurs de déchets destinés à une cimenterie tunisienne pour la production de combustibles alternatifs, ont été bloqués par les autorités italiennes, après la détection «d'aspects graves», à Salerne, port ayant déjà servi à l'acheminement de conteneurs de déchets ménagers vers la Tunisie. «Un préavis de rejet de la demande d'exportation a été communiqué et les faits ont été rapportés aux autorités judiciaires compétentes italienne et tunisienne», assurent les autorités italiennes.


Une production

La production de déchets a atteint en Italie 154 millions de tonnes. C'est ce qui ressort du rapport spécial déchets 2021 élaboré par l'Institut supérieur de recherche et de protection de l'environnement (Ispra).

Sur la production totale, plus de 70 millions de tonnes, soit 45,5%, sont constituées de déchets du secteur de la construction et de la démolition. Travaux de recyclage. La matière est récupérée à partir de 69 % des déchets envoyés en gestion ; seulement 7,3 % sont mis en décharge. L'activité - dit Ispra – est «très efficace notamment sur la démolition et la construction, pour lesquelles l'Italie avec 78,1% est au-dessus de l'objectif de relance européen», qui fixe le seuil à 70% d'ici 2020. Les régions du nord où le tissu industriel est le plus développé gérer et produire la plupart des déchets spéciaux en Italie : 88,6 millions de tonnes (57,6 % du total national) sont produites dans cette région du pays, et plus de la moitié des usines de gestion opérationnelles sont situées dans le Nord. Surtout en Lombardie, il y a 2 180 infrastructures, 20,1% du total national.

Le défi pour l’industrie italienne est de réduire la quantité de déchets spéciaux grâce à l'optimisation des cycles de production et à l'éco-conception, en appliquant des techniques capables de rendre les produits plus recyclables ou facilement démontables et de les exporter dans des pays tiers.

Cependant, les associations environnementales tunisiennes qui ont soulevé ce problème demandent depuis des mois au gouvernement italien de prendre des mesures urgentes pour ramener en Italie les déchets de Campanie transférés en Tunisie, dans l'attente de représailles contre les gestionnaires de trafic suite à l'issue de la procédure judiciaire.

Les conteneurs sont toujours au port de Sousse.

Aux vives inquiétudes et demandes des associations tunisiennes s'ajoutent depuis quelque temps les appels de Legambiente, Greenpeace et WWF Italia, et elles demandent à nouveau fermement au gouvernement italien de retirer sans plus tarder les conteneurs du port tunisien, en attendant l'évolution de la procédure judiciaire. Les associations demandent également le respect de la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontaliers de déchets dangereux et leur élimination. Les autorités italiennes dans la province de Campanie, déjà embarrassées par cette affaire, ont détecté "des aspects graves, heureusement découverts à l'avance" dans ce nouveau trafic entre les deux pays, selon une correspondance d'une conseillère régionale de cette province (côte sud-ouest de l'Italie), l'Italie et la Tunisie.
 

Legambiente, Greenpeace, WWF Italie qui demandent le respect de la Convention de Bâle et l'intervention urgente du gouvernement italien pour la collecte des conteneurs en attendant l'issue de la procédure judiciaire, ont sollicité la Commission européenne dont la réponse est arrivée sur le trafic de déchets italiens en Tunisie : elle est au courant de l'affaire et continuera de suivre son évolution avec les autorités italiennes.

 

Bientôt résolue


Contacté par Majalla, le ministre des affaires étrangères Othman Jerandi a affirmé que cette affaire « serait bientôt résolue ». Il a indiqué qu’il existe un consensus entre les autorités tunisiennes et italiennes pour trouver une issue définitive à cette affaire. Il a à cet égard affirmé que «L'affaire des déchets italiens a été parmi les dossiers soulevés lors des entretiens tenus aujourd'hui (mercredi 16 juin 2021, ndlr) par le président de la République, Kais Saied, avec son homologue italien et avec le président du Conseil des ministres, Mario Draghi. Cette affaire est actuellement entre les mains de la justice italienne qui doit se prononcer », précise Jerandi à Majalla, à l'issue de ces rencontres qui s'inscrivent dans le cadre de la visite officielle de deux jours du chef de l'Etat tunisien à Rome.


Il n’empêche, pour l’ambassadeur de Tunisie en Italie, Moez Sinaoui « L’affaire des déchets italiens arrive à son terme ». Il a confirmé à Majalla que le dossier des déchets italien est suivi par la présidence de la République et « qu’il y a des efforts acharnés pour renvoyer les conteneurs en Italie ».

L’ambassadeur a ajouté que la province de Campanie prendra la garantie de l’État italien de restituer les déchets si l’entreprise contractante italienne revient sur la décision initiale.

Sinaoui a ajouté que « la société contractante italienne a déposé une plainte auprès du tribunal administratif au sujet de la décision de la province sans réussir à la modifier ». Il a rappelé dans ce sens que ces déchets se trouvent toujours dans le port de Sousse, et qu’il est obligatoire de déployer tous les efforts pour les renvoyer aux parties italiennes. En effet, les 282 conteneurs chargés de déchets de Campanie, en saisie préventive depuis plus de dix mois (au coût de 26 mille euros par jour), sont toujours dans le port de Sousse.