Le Sahel, au cœur des enjeux du changement climatique

Issa Diallo: Un fond de reforestation du Sahel doit être mis sur pieds dans les plus brefs délais

Le Professeur Issa Diallo est titulaire d’un Doctorat en Sciences Economiques de l'Université Paris X-Nanterre. A enseigné à l’Université des lettres et des sciences humaines de Bamako. Actuellement à la retraite, il s’est engagé dans la société civile. Porte un regard assez critique sur la situation en Afrique en général, et dans la région du Sahel. Sa vision est pessimiste ? Il répond par la négation. Il ne fait que constater. Un regard assez «gris» foncé même, mais laisse toujours la place à une solution réelle et surtout réaliste. D’où l’importance de l’interview qu’il a accordée à «Majalla» :

Issa Diallo, Docteur et chercheur Malie

 

* Une soixantaine d’années ou même plus depuis la vague des indépendances, la situation économique et sociale, certes a évolué, mais pas autant que les espérances des Africains, pourquoi ?

- Osons décrire la situation comme elle se présence. Sans trop de pessimisme, car la situation a relativement évolué dans le bon sens, dans certains pays, mais reste à constater que la majorité des Africains, restent prisonniers d’une misère chronique, qui ne semble guère se dégager.

* On se pose toujours depuis plus d’un demi-siècle : Que faut-il faire pour casser cette fatalité, dans le sens réel, et pas uniquement en théorie ?

- Je pense plus aux initiatives qui peuvent aider à stopper la descente aux enfers, car pour être logique. Nous constatons un recul de la dimension prise par «la classe moyenne», qui dans le temps a fait penser à un développement soutenu, et pourquoi pas capable de faire accéder l’Afrique, ou du moins certains pays, à un stade de développement durable, et surtout irréversible.

* Vous être pessimiste à ce point ?

- Nuances, je ne fais que constater la réalité. Je ne fais évoquer qu’unefacette de la crise. A savoir les changements climatiques, qui touchent essentiellement la région du Sahel, qui est train de céder de la place à un désert invivable. Au moins 40 millions de personnes sont concernées par ce changement climatique. On va prochainement utiliser une nouvelle notion : «Réfugiés climatiques» : Une population grandissante, va laisser ses terres et par conséquence son pays, non pas parce qu’ils veulent vivre mieux, mais uniquement survivre. Leur terrer ancestrale ne produit plus rien. Partir ou mourir de faim.

 Les Africains prisonniers d’une misère chronique

* Avec de graves conséquences en perspectif ?

- La zone du Sahel vit déjà de graves problèmes : Le terrorisme, le banditisme, sans oublier des tribus de paysans ou de pasteurs, qui s’arment pour conquérir de l’espace utile, ou ce qui en reste, ou défendre le sien, n’est qu’une conséquence des changements climatiques.

* La carte de l’Afrique va changer de frontières ?

- On commence à avoir dans certains pays des zones qui ne sont plus sous l’emprise de l’Etat central. Dans les deux sens : La capitale prétend ne pas disposer d’assez de moyens pour subvenir à tous les besoins (infrastructures, enseignement, Santé, et surtout assurer les produits de base à un prix abordable), contre une population délaissée, qui ne voit de l’Etat que son Armée qui vient combattre les terroristes et/ou séparatistes.

* Les instances internationales ne sont aussi pessimistes concernant la situation climatique au Sahel, et pensent qu’on peut combattre la désertification.

Certes, sur le plan théorique, une reforestation du Sahel est possible. Mais qui peut convaincre un pasteur que son maigre cheptel ne doit pas manger les arbustes nouvellement plantés, ou à une mère qu’elle ne doit pas couper ces arbustes pour en faire du bois, unique combustible dans ces régions. Il faut pour sauver le Sahel, arrêter le temps pendant cinq ans minimums, planter des milliards d’arbustes, les entretenir, et enfin être certain que cette action a fait reculer la désertification. Chose impensable même à envisager.

* Où vont aller ces populations, si leurs terres n’arrivent plus à les nourrir ?

- Ce qu’elles font déjà : Partir dans des régions où la vie est plus aisée. Unique bémol, ces terres plus «accueillantes» sont déjà peuplées, par des populations qui ne veulent partager leurs terres et leurs eaux.

 

* Vous voulez dire que ce qu’on constate maintenant, ne constitue que les prémices d’une confrontation à plus grande échelle.

- Certainement, l’instinct de survie va primer sur la raison. On va voir ce que l’Homme primitif a toujours fait, pour tracer, défendre, ou même élargir son espace. Unique changement, les flèches et les armes primitives seront remplacées par des kalachnikovs. D’où le nombre élevé de victimes qu’on voit déjà, à l’exemple du Burkina-Faso.

 

* Rien ne peut être fait ?

- La réponse revient à l’humanité entière. Les pays du Sahel ne peuvent faute de moyens et d’organisation, et absence de structure, et même d’infrastructures, assumer une telle mission. Un fond international pour la reforestation du Sahel, doit être mis en place dans les plus brefs délais, sans oublier de sensibiliser les habitants de la région, que l’arbuste planté, va être demain l’arbre, et par conséquence la forêt qui va rendre à cette région sa verdure.