Élisabeth Moreno à la «Majalla»: La libération des femmes passe par leur émancipation économique

Actions du gouvernement français pour lutter contre les violences faites aux femmes
La ministre au gouvernement français avec notre correspondant à Paris

*Plus de 2 millions de femmes dans notre pays souffrent de précarité menstruelle.

*En France, tous les 2 ou 3 jours, une femme meurt sous les coups de leurs conjoints ou les ex conjoints.

*On ne peut guère tolérer que les femmes soient tuées violées, frappées ou qu’elles gagnent moins parce qu’elles sont des femmes.

 

PARIS: Née à Tarrafal au Cap-Vert, la charmante Élisabeth Moreno est nommée depuis le 6 juillet 2020, ministre au gouvernement français chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances, par le Président Emmanuel Macron. Diplômée d’une maîtrise en droit des affaires obtenue à l’Université Paris-Est Créteil ainsi que d’un double Executive MBA de l’ESSEC et de la Mannheim Business School en Allemagne, elle complète sa formation à l’École Nationale de la Magistrature afin de devenir juge consulaire. Elle a passé l’essentiel de sa carrière professionnelle en entreprise.

 

 

 

La libération des femmes passera par leur émancipation économique

 

La Majalla : Comment vous avez réussi à être une ministre et devenir une fierté pour les étrangers,  alors que vous êtes issue d’une famille pauvre, vos deux parents étaient illettrés et vivaient dans des conditions très difficile. Quel était votre secret ?

Élisabeth Moreno : J’ai beaucoup travaillé, mon secret était l’éducation et le travail ; je veux que vous disiez à toute la jeunesse qu’il n’y a pas de fatalité, qu’on peut naitre dans une famille pauvre, et que si on étudie et on travailleة on peut prendre son destin en main. Si on m'avait dit un jour, de mon petit Cap Vert natal, que j'aurais la situation professionnelle que j'aie aujourd'hui et que j'aurais la chance d'inspirer les autres... je n'y aurais pas cru. J'ai toujours fait de ma différence, un atout. A l'école, j'étais la seule petite fille noire, quand j'ai démarré dans ma vie professionnelle, non seulement j'avais toujours la même couleur de peau, mais j'étais une femme, jeune qui plus est, dans un secteur ultra masculin. Je crois en fait que je ne me suis jamais posée de questions, mon goût du challenge fait que je ne vois pas les obstacles. J'ai conscience des difficultés, mais pour moi, elles n'entravent pas le chemin à parcourir, elles font partie du chemin. Et c'est sans doute cela qui m'anime le plus dans ma vie. Je n'ai jamais eu peur de repartir de zéro. Bien au contraire, j'aime le dépassement.

La Majalla : votre poste de ministre  l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances n’est pas un cadeau, c’est parmi les plus difficiles ministères car la tâche est grande et très ancienne.

- C’est effectivement un poste plein de défis mais aussi plein de satisfactions humaines et pour moi, pour démarrer en politique, il me fallait quelque chose qui m’inspire humainement, comme vous le savez, j’ai passé les 30 dernières années de ma vie dans le monde de l’entreprise, sans jamais penser qu’un jour j’allais faire de la politique, mais je ne serais pas rentrée en politique si ce n’était pas ce que je fais actuellement.Vous avez bien compris que les sujets d’égalité entre lesfemmes et hommes et les sujets de diversité et d’égalité des chances sont des sujets éminemment sociétaux à mon avis vont prendre de plus en plus des places dans les années prochaine surtout après cette crise sanitaire très grave pour tout le monde et pour les minorités aussi.

La question de la diversité pose beaucoup de sujets. Je pense que votre origine facilite votre mission

L’Afrique et la France font partie de mon identité, je suis européenne convaincue. Je suis extrêmement fière de cette double culture, de cette double appartenance. Je sais que mon cas est loin d’être isolé. Nous sommes des millions à vivre chaque jour ce  métissage identitaire.

Moi, j’ai grandi dans ce pays, il y a 45 ans que je vis en France ; j’y suis arrivée j’avais 7 ans, je connais la valeur de ce pays, mais je connais aussi les sujets qui doivent être traités pour faire en sorte que nous portions à bras le corps nos principes républicains, mais si on ne fait pas vivre la liberté, l’égalité et la fraternité, on aura du mal à faire en sorte que chacun trouve une place dans notre pays.

Pourriez-vous partager avec nous des éléments qui sont sous votre responsabilité ?

- D’accord, Je commence par la grande cause de quinquennat d’Emmanuel Macron qui est l’égalité entre les femmes et les hommes, parce que je pense que la pandémie met l’humanité à rude épreuve, elle remet l’humain au centre de tous les enjeux sociétaux, on se rend compte que, les pays les plus développés économiquement n’ont pas échappé à cette crise sanitaire, je pense que nous avons des leçons à tirer de ce qui s’est passé et à remettre l’humain à toute nos préoccupations.

 

Est-ce qu’on doit mettre l’économie de côté ?

Non, je ne voulais pas dire cela, mais il faut continuer à développer l’économie, d’ailleurs la relance économique va être au cœur des discussions dans tous les pays mais il ne faut pas oublier l’humain car si vous voyez les nombres des humains qui ont perdu la vie dans cette crise (plus que 4 millions), et bien cela nous ramène à repenser de manière dont nous devons considérer l’humain dans la société.Vous savez que les sociétés, finalement, se définissent à l’aube des combats qu’elles décident de mener ou de ne pas mener.

Élisabeth Moreno, ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chance

La violence contre les femmes est devenue un phénomène mondial, que faites-vous pour lutter contre ces crimes ?

- La lutte contre les violences contre les femmes est un pilier de l’égalité entre les femmes et les hommes dans notre gouvernement, vous savez qu’en France tous les 2 ou 3 jours, une femme meurt sous les coups de leurs conjoints ou les ex conjoints. On ne pourra jamais parler d’égalité entre les femmes et les hommes, si on ne commence pas par protéger les femmes dont les lieux où elles se sont censées être (leurs foyers). Donc la lutte conte ces violences est l’une des premières missions dont je me suis saisie lorsque je suis arrivée parce que j’ai constaté que pendant la crise sanitaire, il y a eu une augmentation considérabledes violences faites aux femmes, les violences intrafamiliales ont explosé, on a vu les nombres des plantes augmenter ici de 9% sur l’année 2020, je crois que les femmes en France comme dans le monde, dans le passé avaient peur et honte que la famille ou les amis sachent, elles paniquaient etc, maintenant tout ce tabou est levé, depuis qu’on a mis en place les grenelles des violences conjugales desquelles 46 mesures sont sorties et que nous exécutons depuis qu’elles étaient mis en place, aujourd’hui 67% de ces mesures ont été engagé. Mon objectif est que cela soit 100% réalisé, parmi les mesures, il y a la nécessité d’augmenter le nombre de places d’hébergement en urgence, parce que souvent les femmes ne partent pas parce qu’elles ne savent pas où aller avec leurs enfants, donc nous avons augmenté depuis 2017 de 60%  les place d’hébergements sur tous les territoires pour accueillir les femmes et les enfants qui sont victimes de violence. Nous avons également mis en place des centres de prise en charge d’auteurs de violence parce que jusqu’ici on s’est occupé que de sanctionner les auteurs des violences, mais il faut faire aussi de la prévention, d’expliquer à toutes les personnes et cela commence dès le plus jeune âge à l’école, il faut apprendre aux petits garçons à respecter les filles afin qu’ils puissent comprendre que les femmes ne sont pas des objets, et il faut apprendre aux femme que dès la première gifle, il y a un problème, car un homme qui aime sa femme, ne la frappe pas, ne la trompe pas, ne l’humilie pas ne la méprise pas, ne l’injurie pas et cela, malgré qu’en est en 2021 mais on a des statistiques que certains personne pensent que c’est normal de frapper sa femme quand le plat est trop salé, ou lorsqu’elle porte une jupe très courte etc, donc cette culture d’égalité est essentielle c’est pourquoi je travaille beaucoup avec Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, parce que dès l’école il faut apprendre le respect, mais il faut aussi prendre en charge psychologiquement et mentalement les auteurs des violences parce qu’il y a un rapport aussi entre la violence, la drogue et l’alcool, parce qu’il y a certains hommes qui pensent que les femmes sont leurs objets et qu’ils ont le droit de vie ou de mort sur elles.

Avez-vous des statistiques sur le féminicide (le meurtre d’une ou plusieurs femmes pour la raison qu’elles sont des femmes) ? Est-ce qu’elles sont que des étrangères, arabes ou musulmanes précisément ?

- Il y a de tout, les deux, alors vous avez des femmes riches, des femmes pauvres, des femmes asiatiques, des femmes musulmanes, des femmes françaises, il y a toutes les catégories là, pour le coup tout le monde est concerné. On observe que le sujet progresse parce qu’on voit l’année 2020, on a eu le moins de féminicide, et même s’il n’y a qu’un seul féminicide cela serait  de trop. Mais depuis l’an 2005, date à laquelle nous comptabilisons le nombre de personnes qui sont victimes de violence intrafamiliale, on remarque que 2020 est la première année où il y a eu 102 femmes mortes sous les coups de leurs conjoints alors jusque-là étaient entre 150 et 180 victimes, donc cela prouve qu’on progresse, mais il y a encore un énorme travail à faire sur ce sujet.

Il y a que 30% des femmes dans les postes de la direction

Pourquoi vous parlez souvent de la question d’émancipation économique des femmes ?

-Parce que c’est un sujet important que je connais bien, car j’ai passé 30 ans  dans ma vie dans le monde des entreprises, je suis convaincue que la libération des femmes passe par leur émancipation économique. Il y a une proposition de loi qui a été voté à l’unanimité couvre tous les sujet de l’émancipation économique ou pour les femmes qui veulent créer des entreprises qui ont beaucoup plus du mal que les hommes à trouver les financements. Donc c’est une mesure historique qu’on nous avons fait. On a encouragé les entreprises à créer des emplois pour les femmes ; bientôt on trouvera plus des femmes dans les sociétés, dans la technologie, dans la science, les mathématiques et dans les métiers où elles sont trop rares notamment dans les 5 prochaines années,  car nous sommes en 2021. Les femmes en France ne sont pas faites que pour éduquer les enfants, elles sont parfaitement formées et capables de porter la responsabilité,  c’est pour cela on porte cette loi avec une grande volonté, on doit avoir des femmes responsables dans la direction, il faut aussi que les filles partent sur ce secteur scientifique afin qu’elles ne perdent pas cette opportunité. Ce n’est pas normal qu’en France il y a que 30% des femmes dans les postes de la direction, je suis fière de vous annoncer que la France est le premier pays au monde à se lancer dans cette aventure, la participation des femmes à la vie économique est très importante, ce n’est pas une question de charité, mais plutôt de performance, d’attraction et de talent. C’est une question de contribuer au développement économique du pays après la pandémie.

Plus de 2 millions de femmes dans notre pays souffrent de précarité menstruelle

Vous avez voté qu’une loi pour la question d’égalité entre les hommes et les femmes depuis l’arrivée du président Macron ?

- Non, en 4 ans, nous avons voté 4 lois pourla question d’égalité entre les femmes et les hommes mais au-delà ces 4 lois, il y a eu beaucoup d’autres diapositives que le gouvernement a mis en place comme. Par exemple, le doublement congé de maternité / paternité, pour que les pères puissent aussi participer à la naissance d’un enfant comme les mères le font, nous pensons que c’est à la fois positif pour les bébés et pour les mamans aussi afin alléger les femmes qui travaillent pour leur permettre de reprendre leurs emplois tranquillement et plus rapidement. Nous avons créé aussi de nouveaux services publics pour les plus de 700 000 familles monoparentales en France aujourd’hui, on a constaté que 85% de ces familles sont portées par les mères, il y a beaucoup d’impayés des pensions alimentaires qui constitue 20% des budgets d’une famille monoparentale. Donc avec tous les problèmes qui sont arrivés on ne pouvait pas mettre cette question de côté, nous avons aussi lutté contre les précarités menstruelles qui là aussi c’était un sujet tabou jusqu’à présent, la France a décidé de se saisir sur cette question,  nous avons plus de 2 millions de femmes dans notre pays qui souffrent des précarités menstruelles, c’est plus de 500 millions des femmes dans le monde qui en souffrent. Vous savez que la France est le premier pays au monde à avoir voté une loi d’outrage sexiste, vous savez que les femmes sont souvent harcelées dans la rue et parfois au travail, donc la France a voté une loi pour sanctionner les hommes qui agressent les femmes parce qu’ils sont des hommes et elles des femmes.

 

Pour la loi qui a été voté en 2018 (l’index égalité professionnel) pour favoriser l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, Est-ce que votre salaire est le même que le salaire des ministres, des affaires étrangères, de l’intérieur ou  de la justice ?

- Oui tous les ministres ont payé exactement de la même manière, la loi est une très grande avancée sur la égalité salariale entre les hommes et les femmes cette loi dit que si une femme fait le même métier qu’un homme elle doit être payée de la même manière c’est aussi simple que cela, tous les ans on observe comment les entreprise progressent, on voit qu’il y a des progrès mais on voit aussi qu’il y a encore du travail à faire, par exemple il y a dans  43% des grandes sociétés, il y a une femme seulement dans les 10 plus gros salaires, maintenant la machine est en route mais de manière générale, les femmes gagnent leur vie moins payées que les hommes.  Mais vous savez qu’en France, il y a un écart salarial entre 9 à 25%, même si vous avez les mêmes diplômes, les mêmes expertises, on ne peut expliquer cela. Aujourd’hui, les entreprise qui ne respectent pas la parité salariale risque d’avoir des sanctions, je crois que c’est la meilleure lanière d’avancer sur ce sujet.

Acceptez-vous de travailler avec l’Arabie saoudite un pays qui lutte pour les droits des femmes après l’arrivée du prince héritier  Mohamed ben Salman MBZ ?

- Evidemment on veut travailler avec tous les pays du monde, car nous avons une diplomatie féministe très importante, J’ai un profil international , je pense que le monde est hyper globalisé aujourd’hui et qu’il est interconnecté et que jamais l’expression « le battement d’aile de papillon » n’a eu autant de réalité qu’aujourd’hui, parce que ce qui se passe aux Etats-Unis peut toucher la France et ce qui se passe au proche orient peut toucher l’Europe, ce qui se passe en Afrique de sud peut toucher l’Allemagne . C’est cette interconnexion mondiale que je trouve intéressante, avec ses défauts et ses qualités mais je suis convaincue que nous avons tous des choses à apprendre les uns des autres. mon expérience m’a montré à ma grande surprise que l’inégalitéentre les femmes et les hommes est partout dans le monde est la même,  la femme n’a pas sa vraie place dans les 5 continents même aux Etats-Unis, un pays très avancé dans différents domaines, où il n’y a pas ni quota, ni égalité salariale, où énormément des choses manquent, pareil dans beaucoup de pays européens, certainement il y a des pays plus avancés que d’autres en termes d’inégalité. Je parle souvent avec mes homologues espagnole, portugaise et allemande etc. il y a  mais de manière générale systématiquement s’apporte sur l’économie, la santé, sur le sexisme donc on voit toujours les mêmes problèmes, c’est pour cela qu’il faut mettre nos forces ensemble pour pouvoir trouver des solutions.

Est-ce que vos efforts progressent ?

Oui on progresse, vous savez que pendant des très longues années, de longs siècles, personne n’a parlé de la question des femmes, on pensait que c’était normal que la femme se marie très jeune, reste à la maison sans faire des études et se charge seulement de l’éducation des enfants etc, peut-être cela était possible à cette époque, mais ce n’est plus acceptable, la vie  a changé, pour habiter à Paris, il faut travailler, on ne peut guère tolérer que les femmes soient tuées violées, frappées ou qu’elles gagnent moins parce qu’elles sont des femmes.