La Tunisie à l’ère de la robotique

RedRuby, un robot conçu par Eya Affes pour accompagner les personnes âgées
Eya Affes, étudiante tunisienne en Sciences Appliquées.

« Un robot n’est pas tout à fait une machine. Un robot est une machine fabriquée pour imiter de son mieux l’être humain. » Isaac Asimov, La cité des robots (1990).

 

* Le domaine de la robotique a le potentiel d'améliorer considérablement la qualité de nos vies au travail, à la maison et dans les lieux de divertissement.

*  Le développement de la robotique humanoïde s’avère comme une véritable solution technologique et constitue une alternative pour faire face à la dépendance des vieillissants à une personne de leur entourage.

* Le robot «RedRuby» permettra de diminuer les effets de solitude et d’isolement qui impactent leur autonomie et leur bien-être.

 

 

L'intégration omniprésente des robots dans la vie quotidienne peut signifier que tout le monde pourrait compter sur un robot pour effectuer ses tâches physiques. Au fur et à mesure que les robots passent de notre imagination à nos maisons, bureaux et usines, ils deviennent les meilleurs partenaires capables de nous aider. Qu'il s'agisse de la façon dont nous nous déplaçons, de ce que nous construisons, de l'endroit où nous le faisons ou même des éléments fondamentaux de la création, la robotique ouvrira un monde aux possibilités infinies.

Le domaine de la robotique a le potentiel d'améliorer considérablement la qualité de nos vies au travail, à la maison et dans les lieux de divertissement en fournissant aux gens un soutien dans les tâches cognitives et physiques. Pendant des années, les robots ont soutenu l'activité humaine dans des tâches dangereuses, malpropres et ennuyeuses, et ont permis l'exploration de tant d’environnements inaccessibles, et  d’océans profonds. Dans un futur proche, des robots plus performants seront capables de s'adapter, d'apprendre et d'interagir avec les humains et d’autres machines à des niveaux cognitifs supérieurs.

RedRuby, un robot qui assiste les personnes âgées, conçu par Eya Affes.

Les progrès rapides de la technologie au cours de la dernière décennie ont rendu l'informatique indispensable. Ce domaine a transformé notre façon de travailler et de vivre. C’est ainsi que la numérisation et les avancées de la robotique, promettent un avenir où l'accès aux machines de haute technologie est démocratisé et la personnalisation généralisée.

Comment la robotique et l'IA peuvent-elles aider à surmonter les défis posés par la nouvelle pandémie ?

La robotique et l'IA jouent le rôle d'intermédiaire entre les humains et des tâches spécifiques, et fournissent une entité autonome pour aider à la prise de décision. Avec l'épidémie de Covid-19, des mesures de distanciation sociale ont été mises en place dans le monde entier. Dans ce contexte de crise sanitaire mondiale, la robotique s'est imposée comme une solution à la distanciation sociale. Les robots peuvent jouer un rôle intermédiaire, nous protégeant d'une éventuelle contamination. En Tunisie, le premier déploiement de robots s'est fait dans le domaine de la sécurité, permettant aux sécuritaires de maintenir l'ordre et de contrôler le confinement sans entrer réellement en contact avec les citoyens. Le robot intelligent de sécurité Pguard qui a été déployé par le ministère de l’Intérieur pour faire respecter le confinement, a été créé par ‘’Enova Robotics’’ qui avait conçu un robot d’accompagnement familial ‘’OGY’’ doté d’une intelligence artificielle lui permettant de s’adapter aux besoins de son propriétaire.

En effet, la crise du coronavirus était l’occasion d’or pour que les startups participent à leur manière et avec les moyens dont elles disposent à la lutte contre l’épidémie durant la première vague du virus.

Nous verrons, peut-être, la robotique mise en œuvre dans le secteur de la santé en Tunisie. Bon nombre d'hôpitaux souhaitent utiliser des robots de téléprésence pour offrir aux membres de la famille la possibilité de parler avec les patients ou les personnes âgées via un appel vidéo en raison de la politique de visite dans ces établissements. Dans certains cas, c'est le seul moyen pour les patients agonisants de voir leurs proches. De plus, la robotique et l'IA pourraient servir à dépister les patients à l'entrée des hôpitaux. Un chatbot sera utilisé pour poser des questions aux patients et une caméra thermique mesurera leur température. 

Parmi les projets innovants dans le domaine de technologies révolutionnaires, ‘’RedRuby’’, un robot qui assiste les personnes âgées, conçu par Eya Affes, une étudiante tunisienne, en Maîtrise en Sciences Appliquées et assistante de recherche en robotique industrielle au laboratoire de Robotique, Électronique et Industrie 4.0 (R.E.I. 4.0) à l’Université de Moncton, au Nouveau-Brunswick, Canada. En 2019, Eya a obtenu son diplôme national d’ingénieur en Informatique Industrielle et Automatique de l’Institut National des Sciences Appliquées et de Technologie (I.N.S.A.T.), Tunisie.

Durant ses études, elle a effectué des stages professionnels au sein de plusieurs entreprises en Tunisie dans des domaines pluridisciplinaires à savoir la Qualité projet (Valeo DAV, 2018), la Sécurité & Automatismes industriels (Thyna Petroleum Services, 2017), et la Maintenance ferroviaire (Société Nationale des Chemins de Fer, 2017).

Grâce au programme Globalink de Mitacs, elle a eu la chance d’achever un stage de recherche au Canada où elle a travaillé sur la conception et la réalisation d’un robot humanoïde, dédié aux personnes âgées durant l’été 2019. Pendant son travail de stage sur l’humanoïde, elle a implémenté sa plateforme d’intelligence artificielle à l’’’Ours Prudent’’, mascotte de la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) afin de le doter d’une capacité sensorielle et de lui permettre d’interagir avec les humains. Elle a été récompensée par un certificat d’appréciation du commandant divisionnaire de la GRC au Nouveau-Brunswick le 13 juin 2019.

Elle a obtenu par la suite la bourse ‘’Mitacs Globalink aux cycles supérieurs’’ pour poursuivre ses études de maîtrise de recherche au Canada.

Eya est engagée dans plusieurs activités para-académiques ayant des impacts positifs sur la société notamment à travers sa participation à la promotion des talents féminins en tant qu'ambassadrice de l'édition pilote du programme de développement de carrière ‘’Promouvoir les talents féminins pour les entreprises en Tunisie’’ sur mandat du Ministère Fédéral Allemand de la Coopération Économique et du Développement (BMZ). Lors de ce programme, elle a été amenée à prendre des initiatives dans le cadre du projet régional ‘’EconoWin’’ en vue d'assurer l'intégration économique et la promotion de l'emploi des femmes dans la région Mena (Middle East and North Africa). Entre 2017 et 2018, elle a agi comme membre dans les réseaux professionnels ‘’Women In Engineering’’ et ‘’Robotics and Automation Society’’, IEEE INSAT Student Branch.

Entre 2016 et 2018, elle a aussi participé à plusieurs compétitions et concours nationaux de robotique en Tunisie dont ENICarthage Robots, EnimRobot, RoboCup, IEEE National Robotics Weekend, et IoT Tunisia Challenge, à l’organisation des journées nationales d’Aéronautique ‘’Tunisia Aeroday 2016’’ et de Robotique ‘’TUNIROBOTS 17’’, et était responsable de l'équipe de parrainage du Club ‘’AerobotiX INSAT’’, le pôle robotique et aéronautique de l’INSAT.

Passionnée par la Gymnastique, Eya s’est impliquée dans le club ‘’Hedi Soussi de Gymnastique’’ et a participé à plusieurs compétitions nationales en Tunisie où elle a été honorée de trois Médailles Académiques de 2008 à 2014.

Dès son arrivée au Nouveau-Brunswick, elle s’est impliquée au sein des entités associatives à savoir le Centre d'accueil et d'accompagnement francophone des immigrants (CAFi), l'Association multiculturelle de la région du Grand Moncton (AMGM), et TravailNB à travers le Programme de Rétention des Étudiants Internationaux (PREI). Eya participe actuellement à l’organisation et la coordination d’événements aux seins des entités associatives ‘’CAFi’’ et ‘’Chantiers Jeunesses’’ à travers le programme ‘’Social Entrepreneurship Projects’’ et travaille en tant que Leader d’orientation au sein de l’Association des étudiants internationaux du Nouveau-Brunswick.

Dans une interview accordée à ‘’La Majalla’’, Eya Affes nous révèle les secrets de ce projet innovant et les circonstances dans lesquelles ‘’RedRuby’’ a été conçu.

Visite de la délégation de la Fondation de l'Innovation du Nouveau-Brunswick au laboratoire R.E.I.4.0 (19 Avril 2021). A gauche, le président de la FINB, Mr. Jeff White.

Pourriez-vous nous parler de votre projet et des circonstances dans lesquelles il a vu le jour ?

Comme stagiaire de recherche Mitacs Globalink à l’Université de Moncton, j’ai travaillé sur la conception d’une plateforme d’intelligence artificielle que j’ai pu intégrer par la suite dans un prototype d’un humanoïde que j’ai réalisé. L’objectif principal visé par ce travail était la réalisation d’un robot capable d’interagir avec les humains en s’inspirant des assistants intelligents existants comme ‘’Google Assistant’’ et ‘’Alexa’’ d’Amazon. L’idée est d’implémenter une forme d’intelligence artificielle à un robot et contrairement à ces assistants, la solution proposée permet au robot d’opérer d’une manière autonome, sans connexion à Internet. La plateforme réalisée est ouverte et permet d’ajouter facilement d’autres applications. Le système d’interactivité implémenté assure la communication de l’humanoïde avec l’utilisateur et repose essentiellement sur la reconnaissance vocale et le traitement automatique du langage naturel, la détection faciale, la synthèse vocale, et les mouvements mécaniques robotisés.

Comment vous avez eu l’idée de créer ce robot ?

Dans un contexte où la population mondiale est de plus en plus vieillissante, vivre seul présente un des plus gros problèmes des personnes âgées. Le développement de la robotique humanoïde s’avère comme une véritable solution technologique et constitue une alternative pour faire face à la dépendance des vieillissants à une personne de leur entourage.

C’est dans ce cadre que s’intègre ce projet qui consiste à développer une solution d’assistance à ces personnes. Il leur permettra de diminuer les effets de solitude et d’isolement qui impactent leur autonomie et leur bien-être.

Avez-vous reçu des offres d’investissement ?

Ce projet a été réalisé grâce au financement de la Fondation de l'innovation du Nouveau-Brunswick (FINB). Il est prévu que le travail sur le projet reprendra l’été prochain et idéalement, avec un partenaire industriel intéressé par la commercialisation d’un tel produit.

Jusqu’à présent, il n’y a aucune offre d’investissement qui nous a été proposée.

Y a-t-il des parties, comme des hôpitaux par exemple, qui désirent utiliser le robot que vous avez conçu ?

Au début du projet, l’intention était de présenter un prototype opérationnel à des centres de soin et à des résidences pour personnes âgées. Malheureusement, la pandémie COVID-19 a affecté ces organisations et a beaucoup changé leurs priorités.

Nous sommes actuellement à la recherche d’un partenaire intéressé à poursuivre le travail sur un prototype plus avancé et l’amener à une étape de commercialisation.

Quels sont vos futurs projets ?

En tant qu’assistante de recherche au sein du laboratoire de Robotique, Électronique et Industrie 4.0 (R.E.I. 4.0), je me suis beaucoup intéressée aux projets industriels avec nos entreprises partenaires au Nouveau-Brunswick. Je travaille sur plusieurs applications de robotique industrielle pour l’industrie de Fabrication. Je suis passionnée par l’automatisation des processus industriels, l’innovation dans les procédés de fabrication, et l’intégration de technologies avancées dont la vision machine et l’intelligence artificielle.