Kais Saied à La «Majalla» : Il est nécessaire de rechercher les raisons qui poussent à migrer

La migration irrégulière, un dossier qui interpelle l’Italie

*Plus de 13 350 personnes sont arrivées sur les côtes italiennes depuis janvier 2021, parmi eux, 15 % sont de nationalité tunisienne.

* Saied: La migration ne peut pas être abordée uniquement en termes de sécurité et dans une perspective européenne.

*Sghaier : Cette visite est très importante pour nous, car nous considérons l'Italie comme l'un des principaux partenaires de la Tunisie.

*La préoccupation des autorités italiennes de régler ce dossier lors de la visite du Président tunisien en Italie.

* Pour les Italiens, jusqu'à présent, la volonté du gouvernement tunisien d'empêcher les départs a donc semblé faire défaut.

 

Tunis:  Selon les statistiques italiennes, plus de 13 350 personnes sont arrivées sur les côtes italiennes depuis janvier 2021. Parmi eux, 15 % sont de nationalité tunisienne. D’où la préoccupation des autorités italiennes de régler ce dossier lors de la visite du Président tunisien en Italie qui s’est déroulée du 16 au 17 juin.

«La migration ne peut pas être abordée uniquement en termes de sécurité et dans une perspective européenne». C'est l'un des messages clés que le président tunisien Kais Saied a lancé à Rome lors de sa dernière visite en Italie du 16 au 17 juin dernier. Saied a expliqué à son homologue italien que « les migrants arrivant illégalement en Europe en provenance de Tunisie ou d'Afrique du Nord sont encouragés par des réseaux en Europe, qui les exploitent et violent leurs droits fondamentaux », appelant à durcir le contrôle sur ces réseaux de trafiquants.  «Qui les reçoit dans le nord ? Quand ils vont aux champs ou dans certaines usines, et travaillent dans le travail dit illégal ou sans papier, qui les exploite et qui en profite? Nous devons combattre les réseaux de traite d'êtres humains au sein de l'Europe tout en donnant à l'homme son droit partout », a-t-il martelé.

Le président Tunisien avec le Président Italien.

Dans une déclaration à Majalla, le président KaisSaied, a affirmé qu’il est «nécessaire de rechercher les raisons qui poussent les jeunes à migrer, comme le manque d'opportunités d'emploi dans leur propre pays. Mais il demande aussi que le côté positif de la migration qualifiée soit pris en compte, car l'Europe en bénéficie également». «Il faut aussi parler de la migration régulière avec un certain nombre d'universitaires et de compétences. L'année dernière, près de cinq cents médecins sont partis en Europe. Ce sont des ressources humaines absolument inestimables. Le problème doit être traité dans sa globalité mais pas un seul niveau et de manière unilatérale, ni selon une approche purement sécuritaire qui se limite à la présence d'une série d'immigrés pauvres et misérables qui n'ont pas d'espoir...», a ajouté Kais Saied, président de la Tunisie.

 

 

Le président tunisien, Kais Saied, entame aujourd'hui 16 juin une visite officielle de deux jours en Italie, à l'invitation du chef de l'Etat, Sergio Mattarella. Lors de son séjour en Italie, Saied a rencontré non seulement le chef de l'État italien, mais aussi le premier ministre, Mario Draghi. La visite représente «une opportunité renouvelée de continuer à discuter des moyens de développer les mécanismes de coopération et de partenariat entre la Tunisie et l'Italie dans divers secteurs, de renforcer davantage les relations de concertation et de coordination existantes entre les deux pays amis, d'approfondir la discussion et l'échange d'opinions sur divers aspects régionaux et questions internationales d'intérêt commun», explique la présidence tunisienne.

Kaies Saied au Conseil Italien.

«Cette visite est très importante pour nous, car nous considérons l'Italie comme l'un des principaux partenaires de la Tunisie», a déclaré à Majalla Oussama Sghaier, un parlementaire tunisien du parti islamiste Ennahdha. « La Tunisie traverse une période difficile : nous avons le problème de l'économie, celui du terrorisme, la situation sociale. Notre travail au quotidien est d'améliorer la qualité de vie de nos concitoyens, car nous voulons que les Tunisiens se sentent bien dans leur pays, et cela peut aussi contribuer à réduire l'immigration clandestine». «L'Italie - poursuit Sghaier - et les pays de l'UE sont nos premiers partenaires commerciaux» et pourront aider au développement de la Tunisie.

Une grande amitié mais….

La «grande amitié et partenariat de première importance» ont été réitérées par le président de la République italienne, Sergio Mattarella, lors de la visite d'Etat de le président tunisien, une visite qui avait été reportée en raison du Covid en octobre dernier. A son tour, le président Kais Saied a évoqué les «liens historiques et profonds» entre l'Italie et la Tunisie.

Au cours de la rencontre au Quirinal, l’accent a été mis sur les relations économiques qui font de l'Italie le deuxième partenaire commercial de la Tunisie après la France dans les pays de l'Union européenne. Les relations culturelles Tuniso-italiennes importantes ont été aussi mis en avant.

Le président tunisien à Rome, pour rencontrer son homologue italien Mattarella et le Premier ministre Draghi. La centralité des relations entre la Tunisie et l'Italie dans le contexte méditerranéen, entre l'Afrique du Nord et le Sahel. «Une visite très importante pour nous», explique à Majalla le parlementaire tunisien Oussama Sghaier.

Migration

Une autre question abordée a été celle du phénomène migratoire, sur laquelle les deux présidents ont convenu qu'il s'agit d'un phénomène d'époque, qui ne peut être résolu qu'avec des politiques sécuritaires, qui sont aussi nécessaires pour vaincre le phénomène odieux de la traite des hommes. Mais«nous devons créer les conditions du développement en Afrique pour éviter que les gens ne soient obligés d'émigrer pour chercher du travail ou échapper à la faim», ont assuré les deux présidents.

Saied avec la communauté tunisienne en Italie.

Le rapatriement

 

Le vrai problème en matière d'immigration clandestine n'est pas de bloquer les débarquements, comme le disent souverainistes et débonnaires pour avaler des voix : il est impensable de laisser des gens se noyer en mer, ce n'est pas non plus possible à cause des lois internationales.

Le vrai problème c'est le rapatriement, une énigme à laquelle les différentes classes politiques de tous bords n'ont pas su trouver de solution.

L'accord en vigueur avec la Tunisie prévoit que l'Italie envoie deux charters de 40 personnes par semaine face aux milliers d'arrivées, une procédure qui avait été suspendue et reprise à la mi-juillet 2020 à cause de la Covid.

Il est à noter que le Maroc ne veut pas de charters et exige que chaque migrant soit accompagné de deux policiers sur des vols réguliers à des coûts exorbitants, puis il y a des accords pour renvoyer les immigrés clandestins d'Egypte, de Gambie et du Niger. Mais sinon il n'y a rien, et celui qui se trouve en situation de clandestinité reçoit tout au plus une invitation à quitter le pays, vouée en quelques minutes à devenir un vieux papier.

Il faut dire aussi que les économies faibles voient souvent dans les envois de fonds, c'est-à-dire dans l'argent que les migrants envoient aux familles, une injection de liquidités dans des économies délabrées : en Somalie, elles valent 2 milliards de dollars, soit 40 % du PIB.

L'attention se porte désormais sur les Tunisiens qui viennent en permanence avec les «petits bateaux» fuyant la difficile crise économique. La situation s'est exacerbée avec la crise pandémique en Tunisie, en particulier après que des migrants aient fui les centres de quarantaine, exposant au risque la population italienne, qui a fait de nombreux sacrifices pour le confinement général.

La ministre de l'intérieur Luciana Lamorgese qui s'est récemment rendue à Tunis où elle a rencontré le président de la République Kais Saied et le chef du gouvernement Hichem Mechichi, a garanti la collaboration italienne pour soutenir les forces sécuritaires à travers des dons, des moteurs hors-bord, la restructuration de la police des frontières et la formation des agents en échange de davantage de contrôles à la fois sur terre et en mer. En revanche, la côte tunisienne n'est pas infinie.

Pour les Italiens, jusqu'à présent, la volonté du gouvernement tunisien d'empêcher les départs a donc semblé faire défaut, même s'il faut dire qu'entre la crise économique et les problèmes internes de la Tunisie celui des départs n'est certainement pas le problème prioritaire, surtout si les partants sont ceux qui cherchent de l'argent facile en se livrant au monde du crime en Italie.

Quelques jours après la visite de Lamorgese, sur recommandation du ministre des Affaires étrangères Luigi Di Maio, la Farnesina a convoqué l'ambassadeur tunisien Moez Sinaoui pour lui faire part de la préoccupation du gouvernement italien face aux arrivées continues de citoyens tunisiens irrégulièrement par le biais du débarquement.

La pression du gouvernement italien mais aussi de l'Union européenne a abouti à une inspection du président de la République Kais Saied à Mahdia et Sfax, où il a contrôlé les garde-côtes et vérifié la situation, et où il a déclaré aux autorités que « nous devons nous préparer, nous devons augmenter les contrôles». « Nous devons - a poursuivi Saied - éviter les départs en améliorant la situation économique du pays».

L'opinion publique tunisienne est actuellement divisée sur la question, des militants politiques attaquant le gouvernement pour avoir pris de l'argent à l'Italie, ce qui renverra les migrants chez eux, contrairement au droit international.

En réalité, le droit international prévoit assistance et asile aux personnes fuyant les guerres ou les persécutions politiques, mais la Tunisie et 12 autres pays figuraient l'an dernier dans la liste des "pays sûrs, et de fait ni le pays n'est en guerre, ni avec la démocratie introduite par le «printemps arabe», on peut parler de persécutions politiques.

Ce qui est certain, c'est que pour l'Italie, menant au sud de l'Europe, une arrivée continue de migrants irréguliers est insoutenable, souvent difficile à gérer précisément parce qu'ils sont conscients de leur propre irrégularité et fuient et se livrent à la petite délinquance ou au travail illégal.