Le nouveau Parlement algérien… La femme, la grande perdante

Le nombre des parlementaires femmes a régressé de 120 à 34 uniquement

* En préparation aux récentes élections législatives, le gouvernement algérien s'est empressé de promulguer un nouveau Code électoral, dans le cadre des promesses de réforme faites par le président Abdelmadjid Tebboune lors de sa campagne présidentielle.

* Un expert juridique : Il était prévu que ce nouveau Code électoral, allait réduire fortement la présence des femmes au Parlement, et dans d'autres institutions élues en l'avenir.

Alger:  Après plusieurs années d'expérience au barreau, Maitre Hajira Ben Alai a finalement décidé de tenter une nouvelle expérience, aussi bien pour sa carrière que pour sa vie, en se lançant dans la course des premières élections législatives, qui se tiennent en Algérie, après le Hirak populaire qui a débuté le 22 février 2019, et a renversé l'ancien président Abdelaziz Bouteflika. Cette avocate s’est présentée, en formant une liste, avec un groupe de jeunes, des deux sexes, qui aspirent à provoquer le changement politique souhaité dans leur pays.

Dans une déclaration accordée à «Majalla», dans sa permanence, à Sidi Moussa, ville à l'ouest de la capitale Alger, pendant les jours de la campagne électorale, Hajira, tout en reconnaissant la difficulté de la mission, étant donné qu'elle entame sa première expérience électorale, dans une ambiance masculine, qui prend mal toute concurrence de la gente féminine, admet qu’elle est animée d’un grand espoir, basé sur un discours officiel, qui veut faire de la place à une présence jeune et féminine dans ce nouveau Parlement. Essentiellement, ceux et celles qui se sont présentés à travers des listes indépendante.

La présence de femmes dans le précédent parlement grâce au système du quota, a suscité de nombreuses critiques

Elle affirme aussi, que «la plupart des candidats, présents sur ces listes émanent du fond du Hirak populaire, qui a renversé l’ancien président Abdelaziz Bouteflika et a mis fin à vingt ans de corruption. Pour cela, elle espérait que «la majorité de sièges au parlement, reviennent au jeunes, des deux sexes, selon la volonté du Hirak, et celle des Algériens, en quête d’un changement souple du régime».

En préparation aux récentes élections législatives, le gouvernement algérien s'est empressé de promulguer un nouveau Code électoral, dans le cadre des promesses de réforme faites par le président Abdelmadjid Tebboune lors de sa campagne présidentielle en novembre 2019. L'un des changements les plus marquants, consiste en l’abandon du principe des quotas, qui octroie à la gente féminine le tiers des sièges du parlement, pour laisser place à une parité au sein des listes, à savoir que les deux sexes se partagent équitablement la liste, qu’elle soit partisane ou indépendante. Cette nouvelle règle a suscité un large débat et une grande controverse, et certains s'attendaient à ce qu'elle ait des répercussions négatives sur la présence des femmes dans la chambre basse du Parlement algérien pour plusieurs causes, et plusieurs causes interdépendantes.

En effet, à l'annonce des résultats, les craintes se sont avérées bien fondées, puisque le nombre des femmes au parlement, est passé de 120 à seulement 34. Et ce, en vertu du nouveau Code électoral.

Dans une déclaration à «Majalla», l'expert juridique, Muhammad Osman, souligne qu'«il était prévu que ce nouveau Code électoral, allait réduire fortement la présence des femmes au Parlement, et dans d'autres institutions élues en l'avenir», avant d’explique que «bien que le Code électoral ait encouragé fortement la présence des femmes dans les listes électorales à travers l'exigence de la parité, le principe de la liste ouverte, et la liberté de choisir parmi plusieurs listes, l’adoption de la proportionnelle, ainsi que la voix préférentielle, a fait disparaitre la notion du «tête de liste». L’électeur a désormais le choix au sein de la même liste, et entre plusieurs, s’il le désire. Cette nouvelle disposition a mis fin, selon ce même expert, à une série de scandales de «vente des postes de têtes de listes, dévoilée par le député controversé, Bahaa El-Din Taliba, indiquant que l’ancien parti au pouvoir, exigeait environ un demi-million de dollars pour ce poste.

Selon Osman, le nouveau Code stipule que «l'électeur, dès qu'il est dans l’isoloir, l’électeur choisit une liste, et vote pour un ou plusieurs candidats de la même liste dans la limite des sièges attribués à la circonscription électorale. L’octroi des sièges se fera à la proportionnelle en premier, en référence aux voix obtenues. Tout en prenant en compte la liste qui dispose du plus grand reste. Chose qui veut dire qu’un candidat en fin de liste, peut obtenir le siège, à condition de recueillir plus de voix que les autres», avant de préciser que «l’abandon du principe du tête de liste, vise à mettre fin à la corruption, comme a été le cas en 2017, essentiellement, le financement politique des élections».

Les élections législatives ont été organisées selon un nouveau Code électoral

Selon ce même expert, «les inconvénients du précédent Code électoral, qui stipule que les femmes doivent former le tier du parlement, a permis à des femmes, ne disposant d’aucun niveau, de faire partie du pouvoir législatif. Au point qu’on parlait du «Parlement des coiffeuses», car plusieurs de ces femmes exerçait ce métier, et ne disposaient d’aucun bagage intellectuel». De ce fait l’image de la femme a été ternie, à son avis «parmi les milieux populaires, qui refusaient déjà la présence des femmes dans la politique, pour des considérations sociales, culturelles et religieuses». Par conséquent, il souligne que «le nouveau Code électoral, malgré l'égalité préconisée, mérite encore du travail, au niveau des consciences et de la société, quant à l’importance de la participation des femmes dans diverses activités politiques, économiques et sociales». Et conclut par considérer que «les problèmes qui entravent la participation  des femmes à la vie politique, ne résident pas dans les législations uniquement, mais dabs le comportement public et des valeurs sclérosées».

Le chef du mouvement El Bina, Abdelkader Bengrina, avait mis en garde contre ce qu'il a décrit, lors d’une réunion des femmes cadres du parti, «l’usage commercial des femmes à des fins électoraux», avant d’ajouter que «la parité n’offre pas la victoire à la femme, mais en fait un simple décor», et a appelé à «concrétiser le partenariat entre hommes et femmes, pour réformer le système politique, économique et social dans le cadre du projet «Nouvelle Algérie», en s'orientant vers une bonne sélection de femmes hautement qualifiées qui seraient un véritable modèle pour la représentation de leurs consœurs, dans les conseils élus.

Selon Inas Malki, candidate aux élections «le nouveau Code électoral impose la parité des candidatures», et ajoute dans une déclaration à «Majalla» : «Nous ne devons pas omettre que notre société algérienne, est patriarcal, et de ce fait, les femmes ne peuvent disposer des mêmes moyens ou des mêmes compétences que les hommes, aussi bien au niveau matériel que moral. Le nouveau Code électoral, a fait que chaque candidat fasse sa propre campagne, aussi bien les hommes que les femmes. De ce fait la concurrence se passe sans importance de sexe. Ceci ne peut se faire. Mieux était de consacrer 30% des sièges aux femmes. Et la concurrence se jouera entre femmes. Chose qui va induire une concurrence réelle, qui donnera le siège à qui le mérite. Et non une concurrence entre une femme et un groupe d’hommes», chose qui selon elle est «abominable pour toute femme politique ambitieuse.

Quant à l'écrivaine et figure médiatique Nisrine Jafar, elle considère sur son compte Facebook, concernant la baisse qu’a connue la présence féminine au parlement que le «le problème n'est pas forcément lié au système des listes ouvertes, pas même aux dispositions transitoires qui permettent le passage des élections listes qui n'ont pas réussi à atteindre la condition de parité, mais  à la structure sociale dans de nombreuses régions de la patrie, en particulier à l'intérieur, où l’on considère que la politique n'est pas un domaine approprié pour les femmes», avant d’ajouter que le pari réside à «changer les mentalités et briser l'image stéréotypée des femmes sans regarder la nature des lois qui participent fortement à la définition du rôle que doivent jouer les femmes dans l'arène politique en général».

Dans son étude de recherche, la Dr Zahida Rabahi, chercheuse à la Faculté des sciences politiques et des relations internationales de l'Université d'Alger, a recensé plusieurs obstacles qui entravent la représentation réelle et la participation politique effective des femmes algériennes, dans toute activité politique et autres présences dans les institutions élues. Le défi le plus important pour elle, est «la mainmise des coutumes et des traditions qui privilégient les hommes dans la société». Sans oublier que les femmes ne disposent nullement de préparation pour accéder à l’action publique, y compris le domaine politique. Et ce malgré la certitude que la femme puisse porter en elle, quant son efficacité politique, car le regard négatif que porte la femme concernant la qualité des discours avec les hommes, consolide son retard sur la scène politique». Autre exemple que cite notre interlocutrice : «L’absence de toute participation effective de la femme dans la vie politique, ainsi que la restriction de son rôle dans les instances du parti, et aussi au sein des structures syndicales, et autres corporations professionnelles. Sans oublier le clivage existant entre le discours et la réalité. A savoir l’absence de toute stratégie visant à permettre à la femme d’influer dans la prise des décisions au sein des partis politiques».

La part des femmes est passée de 120 sièges à seulement 34

Pour surmonter ce dilemme, la chercheuse propose plusieurs façons, pour impliquer les femmes dans la politique. La première consiste à «tenter de changer le mode de pensée de la société qui repose sur des pratiques qui privilégient l’homme au dépend de la femme, tout en essayant de généraliser la culture de l'égalité et de la participation au travail politique», car la chercheuse croit en la nécessité de «réduire la faille entre les législations d’une part, et la vie courante. Tout en suscitant une conscience politique chez tous segments de la société pour comprendre la nature du système politique et analyser la réalité sociale et économique afin d'incarner l'égalité non seulement entre les sexes mais entre tous les citoyens sans distinction d'appartenance politique, ethnique ou de statut social. Aussi ouvrir devant la femmes des horizons autres que la famille, pour parvenir à un stade lui permettant de gérer les affaires publiques». Ceci ne peut voir le jour sans «la mobilisation des acteurs de la société civile pour mener des programmes de sensibilisation et de formation des femmes pour les informer de leurs droits sociaux et politiques», et aussi «mettre en évidence les mécanismes de la pratique de la démocratie en trouvant les moyens d'activer la représentation des femmes au niveau des conseils élus, comme signe d'une prise de conscience politique accrue et d'une meilleure participation des citoyens aux postes de pouvoir». Ceci ne peut voir le jour, selon notre interlocutrice sans «l’existence d’une volonté politique permettant d'élargir les possibilités de participation des femmes au travail politique, et l'application du système de quotas ou d'égalité dans divers domaines de la vie politique, non limités aux élus conseils seulement.