Les effets des élections éthiopiennes sur la Corne de l'Afrique et la crise du barrage de la Renaissance ?

Au milieu des rapports de nettoyage ethnique et de famine dans la région du Tigré
Elections 2021 en Ethiopie

* Al-Ashaal : La tenue des élections en Ethiopie indique que le gouvernement va poursuivre sa politique concernant le barrage de la Renaissance, et achèvera le deuxième remplissage

Sharaki : L'Éthiopie est un pays qui porte ses propres facteurs de désintégration. Un pays pauvre, avec de graves problèmes interethniques, car il y a 80 groupes différents, avec des coutumes, des traditions, des langues et des religions, différeny

* Al-Faki Organiser des élections en Éthiopie, avec les tensions que vit la région du Tigré, en plus les complications inhérentes au dossier du barrage de la Renaissance, n’est autre qu’une tentative d'Abi Ahmed et sont gouvernement de fuir en avant.

 

Le Caire: De nombreuses questions ont été soulevées concernant les élections éthiopiennes, qui sont les premières élections générales à se tenir dans le pays depuis la prise de fonction de l'actuel Premier ministre Abi Ahmed en 2018. Elles ont été reportées à deux reprises sous prétexte de la pandémie du Coronavirus. Des élections où environ 36 millions d'électeurs y ont le droit de voter pour choisir 547 députés parmi les 8.000 candidats représentant 46 partis politiques dans 10 régions, à l'exception des régions du Tigré et de la province de la Somalie, en raison de la situation sécuritaire, selon le gouvernement fédéral . Les élections n’ont pas eu lieu dans deux autres régions en raison du manque de bulletins de vote, selon le président du Conseil électoral d'Éthiopie, Burtkan Madigsa, qui a souligné que l'État de Sidama a été privé du vote en raison du manque de bulletins. En conclusion 20% de des 547 circonscriptions, n’ont pas participé au vote. A savoir 106 des 547 sièges du Parlement.

 

Les questions concernant les élections se posent en raison des circonstances dans lesquelles le processus électoral s'est déroulé. L'Éthiopie, qui comprend environ 80 ethnies différentes, connaît des troubles interethniques, et des conflits armés entre l'armée fédérale et le Front de libération du Tigré. Chose qui a entraîné le déplacement de milliers de personnes de la région du Tigré vers le Soudan. Aussi, des massacres ont été commis par l’Armée fédérale, et les forces érythréennes soutenant le Premier ministre Abi Ahmed. Massacres et génocide contre le peuple du Tigré, et les dirigeants du Front de libération du Tigré, s'élèvent au niveau des crimes de guerre. Dans une ambiance de famines dont les Nations Unies ont mis en garde contre leurs conséquences. En plus du boycott d'un certain nombre de partis d'opposition du processus électoral. Sans oublier les crises que connaît l'Éthiopie dans son environnement régional, avec les pays voisins, notamment le récent conflit militaire frontalier avec le Soudan qui dure depuis plus de 25 ans. Enfin, la crise du barrage de la Renaissance avec le Soudan et l'Égypte, que le gouvernement éthiopien et le Parti de la Prospérité (le parti au pouvoir) tentent d'intensifier, avec intransigeance face à toute tentative de parvenir à un accord juridique contraignant concernant le processus du second remplissage, et la gestion du barrage, dans une tentative de détourner l'attention de l'opinion publique à l'intérieur de l'Éthiopie, où le lien est fait entre le deuxième remplissage du barrage et l'achèvement des élections générales, comme étant le facteur déterminant de l’avenir du pays et de ses habitants en général. Et qu'il devrait être clair pour quiconque que l'Éthiopie n'abandonnera jamais ses intérêts nationaux en raison de la pression diplomatique et d'autres influences imposées par les puissances qui ont des intérêts dans la région.

Premier ministre éthiopien

Ces problèmes s'ajoutent aux anciennes tensions avec la Somalie concernant la région somalienne de l'Ogaden. Chose qui soulèvent des questions sur l'impact des élections éthiopiennes sur la situation globale dans la Corne de l'Afrique en général, et sur la crise du barrage de la Renaissance en particulier.

Faibles effets sur les pays voisins

L'Éthiopie adopte un système démocratique, et la tenue d'élections renforce la position du Premier ministre Abi Ahmed et du gouvernement éthiopien dans la crise du barrage de la Renaissance, et renforce sa position dans le conflit en cours dans la région du Tigré. Sachant qu’il se présente comme le conservateur de l'intégrité territoriale éthiopienne. Même si certaines parties comme les états Les États-Unis d'Amérique et les Nations Unies enregistrent des abus, au final, ces actes ne représentent pas une grande valeur pour lui. Constat que confirme l’ancien ministre des Affaires étrangères adjoint Egyptien, Dr Abdullah Al-Ashaal à «Majalla» : « Il y a une volonté du gouvernement éthiopien de préserver l'unité du territoire éthiopien, et les élections sont importantes à ce niveau, indépendamment du fait que les élections n'ont pas eu lieu dans certaines zones, mais que leur tenue indique néanmoins que le gouvernement éthiopien, va être renforcé par les résultats des élections, et va poursuivre le choix adopté concernant le barrage de la Renaissance, et l'achèvement du deuxième remplissage, puisqu'il a communiqué dans ce sens. Tout développement dans ce contexte en Éthiopie, va à l'encontre des intérêts égyptiens».

Al-Ashaal ajoute que les élections éthiopiennes auront des effets faibles sur les pays voisins et la Corne de l'Afrique, car chacune de ces régions admet une situation différente. Les relations de l'Éthiopie avec l'Érythrée sont instables parce que l'Érythrée faisant partie de l'Éthiopie. Une guerre civile a éclaté, et a conduit à la sécession de l'Érythrée, qui est devenue un État côtier indépendant, et l'Éthiopie est devenue un État enclavé. La Somalie obéit à des équations différentes, et elle n'est pas en mesure de revendiquer la région de l'Ogaden occupée par l'Éthiopie. Même si la question est évoquée lors des moments de tensions entre les deux pays, et la revendication est remise à jour. L'Ogaden, avec sa grande superficie, a été arraché à la Somalie unie. Actuellement, la Somalie divisée ne peut pas exiger l'unité de ses terres, et donc les événements n'affectent pas beaucoup les pays environnants, car les pays du bassin du Nil ne seront pas affectés par les résultats des élections éthiopiennes. Les relations entre l'Éthiopie et ces pays reposent sur d'autres facteurs. Le Kenya adopte un système démocratique, et des élections démocratiques y sont organisées. Les différents entre l'Éthiopie et les pays des sources du Nil tournent principalement autour des fleuves internationaux partagés entre ces pays. Les élections éthiopiennes en elles-mêmes n'affectent pas les relations avec ces pays. Au final, on peut dire que les élections vont renforcer la position du gouvernement éthiopien dans la crise du barrage de la Renaissance.

État d'instabilité

D’un avis contraire, le professeur au Collège des études africaines, le Dr Abbas Sharaki, a déclaré à «Majalla» que «l'Éthiopie est un pays qui porte ses propres facteurs de désintégration. A savoir, un pays pauvre, avec de graves problèmes ethniques, car il y existe 80 groupes ethniques différents. avec des coutumes, des traditions, des langues et des religions, toutes différentes. Sans oublier, les conflits qui surgissent souvent. Au cours des dix dernières années, le projet du barrage de la Renaissance a contribué à rassembler les Éthiopiens, avec un niveau de tension au plus faible entre ces ethniques. Actuellement, sévit une guerre dans la région du Tigré. Les élections ont été reportées dans quatre régions, pour des raisons logistiques et de sécurité, selon le gouvernement éthiopien.

Sharaki ajoute que la région de la Corne de l'Afrique connaît un état d'instabilité, qui inquiète les États-Unis d'Amérique et menace leurs intérêts, et les tensions actuelles entre l'Éthiopie et le Soudan se sont accrues en raison de problèmes frontaliers, en plus de la crise du barrage de la Renaissance, et parfois des affrontements armés se produisent entre Éthiopiens et Soudanais dans la région d'Al-Fashqa, qui est occupée et contrôlée par l'Éthiopie depuis plus de 25 ans, ce qui a conduit à une grande injustice envers les Soudanais dans cette région. La région du Tigré vit toujours une crise très grave. En plus de la crise de la région somalienne de l'Ogaden, et les habitants de la région de Benishangul ne sont toujours pas satisfaits, car ils sont toujours persécutés par le gouvernement fédéral éthiopien, ce qui les pousse à retourner au Soudan. Existent aussi des conflits en cours entre les Oromo et les Amhara, les deux plus grands groupes ethniques en Éthiopie. La situation est aggravée par la présence dans la Corne de l'Afrique, tels que les États-Unis, La Russie et la Turquie, qui y ont une présence et des bases militaires. Lrs élections, malgré le renforcement de la position du Premier ministre Abi Ahmed, ne peuvent servir au-delà de cette dimension. Car l'Éthiopie est un pays du tiers-monde, où les élections ne sont ni transparentes ou démocratiques. De ce fait, ne peuvent porter un autre groupe politique avec une politique autre.

L'Ethiopie vote dans un climat d'inquiétude et de violence

Toujours selon Sharaki «ces élections ont porté la victoire d'Abi Ahmed, et par conséquence aucun changement radical. Par contre, les résultats des élections pourraient affecter la crise du barrage de la Renaissance. Car l'intransigeance éthiopienne lors des négociations, n’était autre qu’un message, faisant partie de la campagne électorale, à savoir le discours concernant le deuxième remplissage du barrage Renaissance, et la création par l'Éthiopie de 100 autres barrages, étaient principalement dirigés vers l'intérieur de l'Éthiopie. Une certaine flexibilité dans la position éthiopienne a été observée, après les élections, concernant la crise du barrage. Il est fort probable que le deuxième remplissage soit à un niveau moins important. Ceci est le fruit d’une pression exercée conjointement par l’Egypte et le Soudan, qui ont pu mobiliser des positions internationales en leur faveur, comme la Ligue arabe, et d'autres, dont la dernière en date a été la soumission d'une plainte officielle par le Soudan au Conseil de sécurité, et la soumission de l'Égypte aux Nations Unies. Des pressions qui poussent déjà le côté éthiopien à faire preuve de souplesse après les élections et parvenir à un accord, qui sera bénéfique et dans l'intérêt de toutes les parties, en particulier l'Éthiopie, car l'augmentation de la tension, va pousser certainement, l'Égypte et le Soudan à recourir à certaines mesures pour préserver leurs droits, notamment l’option militaire, qui n'est pas dans l'intérêt de l'Éthiopie.

La fuite en avant

Organiser des élections en Éthiopie, avec les tensions que vit la région du Tigré, en plus les complications inhérentes au dossier du barrage de la Renaissance, n’est autre qu’une tentative d'Abi Ahmed et sont gouvernement de fuir en avant. Tel est l’avis de de l'écrivain et analyste politique Soudanais, Khaled Al-Faki, qui a confirmé dans une déclaration à «Majalla» qu’«Abi Ahmed essaie de capitaliser un maximum de soutien internationale à son gouvernement, suite au constats très négatifs, de la part de la communauté internationale concernant les violations humanitaires dans la région du Tigré, sachant que la tenue de ces élections dans les circonstances actuelles représente une bombe à retardement dont les fragments pourraient s'envoler vers les pays voisins de l'Éthiopie. En premier le Soudan, qui accueille actuellement environ 100.000 réfugiés éthiopiens qui ont fui les combats tribaux et le conflit entre le gouvernement avec le front du Tigré.