L’Occident et le «grand pardon» colonial

La France et l’Allemagne, en «éclaireurs» ?

* Qu’il s’agisse de «pardon», «excuses», «reconnaissance», «regrets», ou encore «désolations», le mot compte peu.

* La France de Macron vient de reconnaitre concernent l’histoire (dite) présente.

* Le terme «génocide» est employé ici et là, par les deux puissances européennes.

* Emmanuel Macron, est allé «reconnaître les responsabilités» de la France dans le génocide de 1994 au Rwanda.

* Nous qualifierons maintenant officiellement ces événements pour ce qu’ils sont du point de vue d’aujourd’hui: un génocide.

* Pendant ces trois ans, le rôle de la France avant, pendant et après le génocide des Tutsi du Rwanda, a été un sujet brûlant et de discorde.

Qu’il s’agisse de «pardon», «excuses», «reconnaissance», «regrets», ou encore «désolations», le mot compte peu, du moins au début :

L’Allemagne vient de reconnaître «avoir commis «un génocide» en Namibie». Quant à Emmanuel Macron, il annonce : «Je viens reconnaître nos responsabilités » dans le génocide des Tutsi», lors d’une visite dans ce pays.

Certes, la comparaison s’arrête à ce niveau de «reconnaissance», mais tout sépare les deux plus importants pays du continent européen. La reconnaissance allemande concerne des «crimes» qui remontent au début du siècle dernier, tant disque les faits dont la France de Macron vient de reconnaitre concernent l’histoire (dite) présente. En 1994, pour plus de précision. Un temps, où le colonialisme, ancien des années du début du vingtième siècle (entre 1904 et 1908), n’est de mise.

Commémoration pour les survivants et leurs familles.

 

Au bout du compte.

Le terme «génocide» est employé ici et là, par les deux puissances européennes. L’Allemagne reconnaissent la mise à mort d’environ 60.000 Herero et environ 10.000 Nama, entre 1904 et 1908 pendant la colonisation du territoire namibien. La date du vendredi 28 mai 2021, est à marquer d’une pierre. Enfin, la Namibie, après plus d’un siècle d’oubli et de négation, est surtout de refus, voit (enfin) des officiels Allemands prononcer le mot «génocide» contre les populations des Herero et des Nama pendant l’ère coloniale.

Emmanuel Macron, est allé «reconnaître les responsabilités» de la France dans le génocide de 1994 au Rwanda. La France «n’a pas été complice», mais elle a fait «trop longtemps prévaloir le silence sur l’examen de la vérité», avant de reconnaitre que «seuls ceux qui ont traversé la nuit peuvent peut-être pardonner, nous faire le don de nous pardonner».

Devant le Mémorial du génocide de Kigali, symbole de l’un des drames les plus meurtriers du XXe siècle, où reposent les restes de 250.000 des plus de 800.000 victimes. Le président français, a (enfin) reconnu «une responsabilité» de son pays. Une responsabilité certes «passive» selon le président français, mais tout de même un «aveu».

Une «reconnaissance», mais…

Même si le communiqué, à travers duquel le ministre des affaires étrangères allemand, Heiko Maas admet : «Nous qualifierons maintenant officiellement ces événements pour ce qu’ils sont du point de vue d’aujourd’hui : un génocide», l’Allemagne reste «avare» concernant les «réparations». Du moins, ce que pensent les Namibiens, aussi le pouvoir officiel, que la population. Aussi, des intellectuels de ce pays africain récusent le point de vue allemand, qui insiste concernant la formulation «du point de vue d’aujourd’hui». Chose qui veut dire que l’acte (en son temps) n’était pas commis entant que «génocide». Il l’est devenu d’un point de vue actuel. En conclusion : Les auteurs Allemands des «faits» ne pensaient nullement commettre un «génocide». Uniquement, le terme ne serait qu’une simple «interprétation» des temps présents. Une «simple différence de points de vue», pas plus.

Egide Nkuranga, le président d’Ibuka, une des plus importantes associations de soutien aux victimes du génocide des Tutsi, a annoncé avec regret : «On s’attendait à ce qu’il présente clairement des excuses au nom de l’Etat français. Il ne l’a pas fait. Même demander pardon, il ne l’a pas fait», tout en nuançant que leprésident Macron «a vraiment essayé d’expliquer le génocide, comment ça s’est passé, ce qu’ils n’ont pas fait, leurs responsabilités (…) C’est très important, ça montre qu’il nous comprend». Et conclure : «Même s’il n’a pas clairement présenté des excuses, on voit quand même que c’est quelque chose qui peut venir après».

«Le chef de l’Etat français a rendez-vous avec l’histoire», selon l’eurodéputé Raphaël Glucksmann, avant de rappeler à Macron de «présenter des excuses aux victimes du génocide au nom de la France».

 

Egide Nkuranga, président d’Ibuka.

Simple reconnaissance ou, un geste hautement politique ?

La réponse à cette question ne laisse pas beaucoup de choix, si on rappelle que les relations diplomatiques entre Paris et Kigali entre 2006 et 2009, ont été rompues. Pendant ces trois ans, le rôle de la France avant, pendant et après le génocide des Tutsi du Rwanda, a été un sujet brûlant et de discorde.

Il faut bien reconnaitre qu’avant Macron, Nicolas Sarkozy a essayé d’adoucir la pente, sans vraiment rien reconnaitre. Il avait alors reconnu de «graves erreurs» et «une forme d’aveuglement» des autorités françaises ayant eu des conséquences «absolument dramatiques». Mais ces propos n’étaient pas parvenus à normaliser les relations entre Paris et Kigali, qui ont connu depuis d’intenses périodes de tensions.

Pour la partie allemande, il était clair de préciser, qu’en plus du fait que le terme «génocide» ne peut constituer un qualificatif des faits commis en Namibie, entre 1904 et 1908, la «reconnaissance» ne peut conduire à aucune forme de «dédommagements sur une base juridique», et que cette reconnaissance n’ouvre la voie à aucune «demande légale d’indemnisation». L’apport financier apporté par l’Allemagne à la Namibie, qui va s’étaler sur une période de trente ans, selon des sources proches des négociations, et «doit profiter en priorité aux descendants de ces deux populations».

Des ossements de membres des tribus Herero et Nama exterminés, avaient été remis en 2019 à la Namibie, dans une volonté de réconciliation, par la secrétaire d’Etat allemande, aux affaires étrangères, Michelle Müntefering, qui avait alors demandé «pardon du fond du cœur».

 Michelle Müntefering, secrétaire d’Etat allemande, aux affaires étrangères.

«Très peu et insuffisant», est un avis unanime en Namibie, surtout pas les descendants des tribus massacrées. Pas moins d’excuses officielles et des réparations conséquentes. L’Allemagne s’y était à plusieurs reprises opposée, invoquant les millions d’euros d’aide au développement versés à la Namibie depuis son indépendance, en 1990.

 

Une «tâche d’huile» ou des exceptions ???

Certains intellectuels aussi bien en Europe qu’en Europe, ont cru voir (ou plutôt entrevoir) une brèche dans une logique colonialiste, qui a même «vanté» des «bienfaits du colonialisme»…

En premier, le «grand pardon» tant attendu, se fait toujours attendre, et le sera pour un temps encore inconnu. Deux, ni la France ou l’Allemagne n’ait pas reconnu une «responsabilité, à la fois juridique, morale, ou encore historique» du colonialisme.

Uniquement, un constat, à la manière de reconnaitre une catastrophe naturelle, pas plus…