Tunisie.. L’Aïd al-Adha en temps d’épidémie

Célébration sans le moindre respect du protocole sanitaire
Marché aux bestiaux

*Avec le Covid-19, l’équation est autre. Entre respect des normes du protocole sanitaire, d’une part et observation des coutumes, à la fois religieuse et familiale d’autre part.

*Les consignes du protocole sanitaire visent à limiter, et même éradiquer le virus, mais la nature humaine, est autre.

*Les rassemblements (funérailles, mariages …), assument un rôle plus que dangereux dans la propagation du virus.

*La police est incapable, ou plutôt impuissante totalement, de mettre fin à ces «rassemblements illégaux».

 

A l’instar de l’humanité entière, les Tunisiens ont pensé, ou plutôt était dans la certitude qu’il suffisait en Tunisie comme ailleurs, que le peuple observe un confinement strict et sans limites, pour constater la disparition du virus, mais surtout reprendre la vie d’antan…

Les semaines, et même les mois sont passés pour que l’humanité constate deux choses, qui ne cessent de choquer les êtres humains :

  1. Aucune population (dans sa totalité) ne peut observer un confinement ouvert dans le temps. Des séquelles économiques et des lésions sociales, ont été constatées. Une frange de la population a perdu ses revenus. Une autre frange, non-distincte totalement de la première, n’a pu supporter le confinement : D’où une recrudescence des cas de violence conjugale.
  2. L’Etat ne peut prendre en charge les salaires des ouvriers du secteur privé, qui déjà souffraient du mal-emploi, comprendre, absence de toute forme de contrat de travail. Sans oublier que la majorité ne disposait pas de couverture sociale. Certes, l’Etat a plus ou moins, octroyé 200 dinars tunisiens (62 euros) aux personnes dans le besoin. Sans oublier que les pouvoirs publics ont été un plus généreux à l’égard des patrons…

 

Dans cette situation, la vie en Tunisie comme par ailleurs, ne peut s’arrêter. Les gens continuent à travailler, faire du commerce, s’adonner à toutes les uses et coutumes sociales :

Marché aux bestiaux

La mort (version nouvelle) :

Le mode de transmission, et ces images lugubres, que les médias transmettent des salles des soins intensifs, dans des hôpitaux surchargés, sans oublier les cris de secours en quête d’une bonbonne d’oxygène, a induit la mort d’une peine plus grave que celle d’avant le Coronavirus.

Chose encore plus frappante concernant la mort des malades atteints du Coronavirus. Les funérailles qui drainaient des dizaines de parents, amis et voisins, continuent à avoir lieu, sans observer les règles élémentaires du protocole sanitaire. Les mêmes accolades, pleur des uns dans les bras des autres. Rares, et même très rares, ceux et celles, qui portent des masques.

Chose plus étrange, la mort d’un député, a drainé lors des funérailles, un très grand nombre de personnes, aussi bien la famille, qu’une partie de la classe politique, sans le moindre souci des dangers que peuvent représenter ces rassemblements. Comme si le virus n’existait pas.

De ces images de cimetières d’un autre temps, se distinguent des exemples, certes rares, mais ont pu se différencier. Des personnes, tout en annonçant la mort d’un proche, insistent sur le fait, que les funérailles se feront dans la plus stricte intimité familiale. Avec des remercîments pour ceux et celles qui ont pris la peine de présenter leurs condoléances «à distance», par téléphone, ou via les réseaux sociaux.

Certes, des directives existent, les médias ne cessent de mettre en garde la population, essentiellement contre les rassemblements à caractère social. Mais il faut prendre en considération un caractère social plus qu’important : Personne ne peut dire à une autre personne qui vient assister aux funérailles, que «sa présence n’est pas souhaitée». Dans les quartiers populaires, la tradition l’emporte (et de très loin) sur la prudence.

Mariage au temps du Covid-19

L’amour au temps du Covid-19.

Selon les statistiques, le nombre des mariages, a nettement baissé les six premiers mois du Coronavirus. La courbe à repris depuis. Le coté social n’a pas pris une ride, ou presque. Les grandes fêtes restent présentes. Certes, certains portent des masques lors de ces rassemblements, mais ces simples outils de précaution, finissent par tomber. Certains chanteurs populaires, dans un air comique et de rigolade, se moquent de ceux qui portent des masques.

Une minorité de gens, dans un souci de convoler en justes noces, et à la fois respecter les normes instaurées par le protocole sanitaire, ont bien annoncé leur mariage, mais ont insisté pour que tout le «protocole matrimonial» soit au-dessous du protocole sanitaire. A savoir : la mairie ne peut accepter qu’une dizaine de personnes pour la signature du contrat. Le reste de la cérémonie se fera à distance et au virtuel.

Ces «interprétations» assez anodines, ne peuvent satisfaire une population en manque de distractions. Certes, les consignes du protocole sanitaire visent à limiter, et même éradiquer le virus, mais la nature humaine, est autre.

Il faut rappeler que les consignes précisent que la présence ne peut dépasser 30 personnes, qui doivent se rassembler dans un espace pouvant les contenir dans le respect des règles du protocole sanitaire.

 

Une fête pas comme toutes les fêtes.

L’Aïd al-Adha, ou l’Aïd el-Kébir, est comme toutes les fêtes, ne peut se faire sans rassemblement familial. Encore plus, pour une très grande partie des Tunisiens, cette fête est l’occasion par excellence pour passer quelques jours en famille.

Avec le Covid-19, l’équation est autre. Entre respect des normes du protocole sanitaire, d’une part et observation des coutumes, à la fois religieuse et familiale d’autre part, il faut dire que cette fête est l’occasion par excellence pour le plus important déplacement humain en Tunisie. Déplacements, qui de l’avis des scientifiques, constituent une «occasion» de propagation du virus.

L’achat du mouton, dans des marchés improvisés, sans le moindre respect du protocole sanitaire, sont pointus du doigt, surtout que les marchands des bestiaux proviennent de tous les coins du pays. Raisons très valables pour une propagation encore plus grande.

Encore plus, devant un système sanitaire effondré selon les propres paroles d’une imminence en la matière, des voix se sont levées pour demander de faire abstraction de cette fête, et consacrer l’argent en moyenne 700 dinars tunisiens (217 euros) pour l’acquisition de machines respiratoires, qui manquent atrocement aux unités sanitaires en Tunisie. Il suffit d’imaginer que les Tunisiens égorgent chaque Aïd, entre deux millions et deux millions et demi de moutons. Entre 430 et 540 millions d’euros. De quoi rénover un très nombre d’établissements sanitaires.

 

La loi n’est pas la loi :

Les scientifiques sont unanimes : Ces rassemblements (funérailles, mariages et autres), assument un rôle plus que dangereux dans la diffusion du virus.

Plus graves encore : La police est incapable, ou plutôt impuissante totalement, de mettre fin à ces «rassemblements illégaux». La peur d’une confrontation certaine avec la population, fait que la police locale, que les pouvoirs publics, se contentent de conseils, sans oser réprimer les contrevenants.

Dans une déclaration commune, les ministres du Transport et celui de la santé, ont annoncé que toutes les dispositions seront prises, dans le but d’assurer «un respect total et complet, du protocole social» dans les transports publics.

L’image n’a pas changé : Toujours les mêmes bus et les mêmes rames du métro, pleins à craquer. Les voyageurs trouvent plus de peine à respirer que garder des masques qui ne font que suffoquer leurs porteurs.