Espionnage : L’affaire Pegasus suscite l'indignation de l’Élysée

*Enquête ouverte à Paris sur l'espionnage de journalistes

*Pegasus, s’il est introduit dans un smartphone, permet d’en récupérer les messages, les photos, les contacts, et même d’écouter les appels de son propriétaire.

*Le chef de l’Etat français fait partie des Treize chefs d’État et de gouvernement, dont trois européens, qui ont aussi été espionnés.

 

Paris: Les Français sont sous le choc, d’après une longue enquête menée pendant 10 mois par un groupe de 17 médias internationaux, un logiciel espion nommé Pegasus, développé par une société israélienne, a été utilisé pour espionner des milliers de personnes dans le monde, parmi lesquelles des journalistes, des dissidents, mais aussi des chefs d’État ou de gouvernement, selon lesquels le programme d'espionnage israélien s'était largement répandu dans le monde et avait été utilisé à mauvais escient.

 

Après la révélation par Le Monde et Radio France, qui font partie du consortium de 17 médias ayant eu accès à cette liste obtenue par le réseau de journalistes Forbidden Stories et l'ONG Amnesty International, une liste de 50.000 numéros de téléphone despersonnalités du monde entier, dont 1000 en France, seraient concernées, depuis 2016 par les clients de l'entreprise israélienne NSO (qui a créé le logiciel espion)été utilisé par certains États pour espionner des personnalités.Pour une surveillance potentielle de certains numéros, dont celui de l'ancien Premier ministre Edouard Philippe et de 15 membres du gouvernementqui figurent dans la liste des numéros sélectionnés par un service de sécurité de l'Etat marocain, utilisateur du logiciel espion Pegasus, pour un potentiel piratage. Cette liste inclut les numéros d’au moins 180 journalistes, des avocats, des ambassadeurs et des opposants du monde entier d’après l’analyse menée par le consortium de journalistes qui a localisé de nombreux numéros au Maroc, en France et en Hongrie.

Pegasus, s’il est introduit dans un smartphone, permet d’en récupérer les messages, les photos, les contacts, et même d’écouter les appels de son propriétaire. Il permet de lire 100% des messages écrits par SMS, sur WhatsApp, sur Telegram. Le royaume chérifien conteste son implication dans cette affaire d'espionnageet a rejeté et condamné catégoriquement les allégations les qualifiant de « mensongères » et « dénuées de tout fondement ». L’ambassadeur du Maroc en France Chakib Benmoussa nie avoir acquis le système Pegasus et toute opération d'espionnage et annonce que  son pays prêt à participer à une convention internationale sur l'usage des logiciels intrusifs.

Des politiques et des parlementaires

Jean Castex, le premier ministre français à l’assemblée nationale

 

Selon la presse française, outre l’ex premier ministre Edouard Philippe et son épouse, des ministres de premier plan, à l'époque où leurs numéros ont été sélectionnés, figurent sur cette liste, dont Jean-Yves Le Drian, Christophe Castaner, Gérald Darmanin, Bruno Le Maire ou François de Rugy. Mais aussi des parlementaires et responsables politiques comme François Bayrou, du MoDem, le député de La France Insoumise Adrien Quatennensou Gilles Le Gendre (LREM).

Interrogé par les députés sur la présence de journalistes et politiques français dans la liste Pegasus, le premier ministre Jean Castex avait auparavant indiqué que des investigations étaient en cours pour vérifier «la matérialité» des faits allégués mais que, pour l'heure, les investigations n'avaient «pas abouti».

Les relations franco-marocaines

Le Gouvernement français était-il au courant que le Maroc avait tenté d’espionner les plus hautes autorités de l’État, à commencer par Emmanuel Macron ? Les informations connues grâce à Forbidden Stories sont-elles de nature à avoir des conséquences sur les relations entre la France et le Maroc et entre la France et Israël comme pays du fournisseur de Pegasus ?

Le ministre de l’Europe et des affaires étrangères au Sénat a répondu aux sénateurs: « Les faits qui sont rapportés, s’ils sont avérés, sont d’une extrême gravité. La France a ordonné des investigations sur leur matérialité. Celles-ci étant toujours en cours, nous ne pouvons-nous exprimer davantage sur ce sujet. »

 

Le parquet de Paris enquête

Le 20 juillet, suite à la plainte déposée par Mediapart et deux de ses journalistes. Le parquet de Paris a annoncé, l'ouverture d'une enquête pour espionnage de journalistes, des personnalités françaises d'atteinte à l'intimité de la vie privée, accès frauduleux à des systèmes technologiques et association de malfaiteurs, entre autres avec le logiciel espion israélien Pegasus, annonce le procureur de la République, Rémy Heitz. Les magistrats ont notamment enquêté sur l’infiltration de téléphones pour le compte de l'État marocain.

Il y a un véritable espion dans votre poche monsieur le président

Le chef de l’Etat français fait partie des Treize chefs d’État et de gouvernement, dont trois européens, qui ont aussi été espionnés et ciblés dans le viseur du Maroc grâce au logiciel israélien. Emmanuel Macron dispose certes de plusieurs téléphones mais, mais il s’agit de l’un de ses numéros qu’il utilise régulièrement depuis au moins 2017 et jusqu’à ces derniers jours. Donc le président avait un véritable espion avec lui et dans sa poche 24h/24.

Très graves

Du côté de l’Élysée, on rapporte que « si les faits sont avérés, ils sont évidemment très graves » et que « toute la lumière sera faite sur ces révélations ».

Macron a convoqué un conseil de défense exceptionnel

Le jeudi 22 juillet à l'Elysée, le président Macron convoque un conseil de défense après les révélations de l'affaire d'espionnage international, face auxquelles, la France est bien forcée de réagir. Et cela est chose faite avec la tenue d'un conseil de défense «exceptionnel dédié à l'affaire Pegasus et à la question de la cybersécurité». Celui-ci s'est déroulé dans le «PC Jupiter», le bunker du palais présidentiel

Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, déclare « Nous regardons ce sujet de très près » et a révélé que son pays « a diligenté une enquête sur le programme d'espionnage israélien « Pegasus », deux jours après qu'il a été révélé que le téléphone de Macron aurait été la cible d'un éventuel piratage ». Il a souligné que Paris travaille sérieusement sur la question de la cybersécurité, et a dépensé au cours de l'année dernière 100 millions d'euros (118 millions de dollars), pour protéger les institutions contre les cyberattaques.

Même si l’enquête trouve qu’il n’a pas été infecté, Macron a décidé de changer de téléphone et de numéro, et a demandé que tous les protocoles de sécurité soient renforcés parallèlement aux opérations techniques en cours.

Les portables du président de la république

En réalité, les téléphones mis à la disposition du président français sont bien sécurisés. Au sein de l’Etat, c’est le Secrétariat général de la Défense nationale (SGDSN), et plus précisément l’OSIIC (opérateur des systèmes d’information interministériels classifiés, 300 personnes) qui fournit à l’exécutif (président et gouvernement) ses moyens de communications pour toutes les informations classifiées, qu’il s’agisse de communications téléphoniques ou d’échanges de données. L’OSIIC fournit également les moyens de communiquer en sécurité avec les autres gouvernements et responsables de l’exécutif.

Les téléphones sécurisés mis à la disposition des responsables de l’exécutif ne sont pas réputés pour leur ergonomie ou leur facilité d’emploi, expliquent des experts en cybersécurité. D’où la propension de certains à utiliser leur téléphonepersonnel, y compris pour des communications qui théoriquement ne devraient pas passer par ce canal.

Le président français donc dispose de plusieurs smartphones personnels, «régulièrement changés, mis à jour et sécurisés», selon une source proche de l’exécutif. Les paramètres de sécurité de ces téléphones sont «les plus restrictifs possibles et les installations d’applications et téléchargements sont bloquées», assure une source sécuritaire.

Parmi ces téléphones figure le modèle Teorem du groupe de technologies Thales. Destiné aux hautes autorités, cet appareil ultra-sécurisé permet d’échanger des informations classifiées jusqu’au niveau secret défense. «Teorem assure la confidentialité et la sécurité des communications vocales et SMS grâce à un chiffrement à la fois hardware et software», explique une porte-parole de Thales. L’entreprise fournit des téléphones aux autorités françaises depuis 2012 et quelque 5.000 appareils sont en circulation, selon cette même source.

Les messageries cryptées, type Signal ou Telegram, permettent de chiffrer le canal de communication, depuis l’envoi du message par le téléphone émetteur jusqu’à sa réception par le téléphone receveur. En utilisant ces applications, il n’est donc plus possible d’écouter des conversations en se branchant sur le réseau téléphonique

Abdellatif Hammouchi au cœur du scandale

Le patron des services intérieurs marocains est au cœur du scandale d’espionnage touchant jusqu’à Macron et l’entourage de Mohammed VI

 

L’accusé est innocent jusqu’à preuve du contraire, Abdellatif Hammouchi, le tout-puissant chef de la Direction générale marocaine de la surveillance du territoire (DGST) est aujourd’hui au cœur du scandale lié aux accusations d’espionnage par le Maroc d’un téléphone appartenant au président de la République française en personne. Cet homme discret de 55 ans est soupçonné d’avoir joué un rôle clé dans la mise en place par Rabat d’une vaste campagne de surveillance de milliers d’hommes politiques, de journalistes, de militants et de diplomates français, marocains et algériens. Il faut signaler que les services de renseignements marocains fournissent à leurs homologues français une aide cruciale dans la lutte anti djihadiste. La France ne peut pas oublier que le Maroc avait averti la France de la présence sur le territoire français des terroristes dont le djihadiste belgo-marocain Abdelhamid Abaaoud, le commanditaire des attaques du13 novembre 2015 en France, permettant la neutralisation des terroristes et démanteler des nouvelles attaques. Des renseignements indispensables quipèseront certainement dans la décision du président Emmanuel Macron des suites àdonner à l’affaire Pegasus.

 

Le roi du Maroc potentielle cible

Emmanuel Macron avec le roi du Maroc

Les révélations d’une potentielle tentative d’espionnage sur Emmanuel Macron par le Maroc risquent-elles d’entacher la relation «passionnelle» qu’entretiennent Paris et Rabat depuis des années ? Certains l’appellent déjà le plus grand scandale d’espionnage de la dernière décennie et  «L’histoire de l’année en les deux pays».

Ce nouvel épisode risque de miner les relations entre les deux capitales qui, si elles sont solides à bien des égards, sont un peu plus méfiantes. Il y a une inquiétude des Marocains envers une partie de l'élite française suspectée de bienveillance vis-à-vis des frères musulmans et de l'Islam politique et de ceux jugés trop proches des milieux algériens d'études stratégiques. L'espionnage politique et militaire existe depuis toujours, les choses finiront par s'apaiser.

Nouvelle crise bilatérale pour Rabat en Europe, après l'Allemagne et l'Espagne, c'est maintenant la France qui traverse une crise avec le Maroc à la suite ces révélations de la presse sur la surveillance de dirigeants politiques français

Selon Radio France, le roi du Maroc Mohammed VI et son entourage «sont sur la liste des cibles potentielles», autre membre du consortium de médias enquêtant sur cette affaire, elle contient des numéros de deux autres présidents, l'Irakien Barham Saleh et le Sud-Africain Cyril Ramaphosa. Le Washington Post avance également les noms de trois Premiers ministres en exercice, ceux du Pakistan, Imran Khan, de l'Egypte, Mostafa Madbouli, et du Maroc, Saad-Eddine El Othmani, et d'un total de sept Premiers ministres au moment où ils ont été sélectionnés sur la liste, dont le Libanais Saad Hariri, l'Ougandais Ruhakana Rugunda, et le Belge Charles Michel.

Le Maroc a décidé d'attaquer en diffamation Amnesty et Forbidden Stories devant le tribunal correctionnel de Paris. La première audience a été fixée au 8 octobre, mais le procès ne devrait pas avoir lieu avant deux ans.

L'Algérie son premier rival et le pays frère ennemi, est comme la France sous le choc. Le Parquet algérien a ouvert aussi une enquête sur la base d’informations faisant état d’opérations d'espionnage ciblant des personnalités locales par l’intermédiaire du système d’intelligence informatique « Pegasus ». À la lumière de ces enquêtes on saurait, si le Maroc va payer cher cette aventure ou s’il aura droit à des prestigieuses excuses et une bonne somme pour dommages-intérêts ?