Tête de loup

Nul doute que la Tunisie traverse une période dangereuse, caractérisée par un conflit entre la tendance islamiste, d'une part, et les parties civiles d'autre part. Parce que le conflit est avant tout politique, avec le pouvoir, pour un objectif, sans aucun lien avec l’Islam. Pour cela, le courant islamiste doit tirer l’amère leçon, de l’expérience égyptienne, où le peuple s’est réfugié sous la protection de l’Armée, contre l'anarchie provoquée par les islamistes. Conséquence inévitable de l’ignorance de leurs cadres et de leur manque d'expérience en politique. Ceci, si on présume la bonne foi. Si on présume la mauvaise foi, on doit évoquer l’avidité du pouvoir et de l’argent. A savoir des sommes astronomiques pendant le Printemps arabe, dont ont bénéficié les groupuscules islamistes, qui ont mis fin à la souveraineté et au prestige de l’Etat, avec des tentatives qui ont presque réussi à disloquer l'Egypte, et à la réduire en une loque. Chose qui a éveillé les soupçons de quelques intellectuels éclairés. Un mouvement de résistance s’est déclenché, contre le courant islamiste, au moment où ce dernier a pensé être à deux pas du pouvoir. Sous la couverture d’un vestimentaire légal, et autres signes religieux.

Avec l’arrivée au pouvoir du Dr Morsi par chance, le mouvement Ennahdha, fils légitime de la confrérie égyptienne, a été le premier à l’avertir, que le passage des prisons au pouvoir, constitue un chambardement de l’équilibre politique en place. Avertissement porté par Cheikh Abdelfattah Morou, député (en ces temps) du mouvement tunisien Ennahdha. Après cet avertissement discret, les chaînes satellitaires ont pris le relais. La Confrérie égyptienne n'a pas n’a pas pris en considération les avertissements, avec en sus, une ignorance des forces politiques présentes dans la rue. Sans oublier un ton belliqueux envers les institutions gouvernementales de l'État égyptien, y compris l'armée, la police et le système judiciaire, de sorte qu'ils ont perdu tous les outils de gouvernance sans laquelle l'État disparaîtrait et la société paniquerait à cause du manque de sécurité et de sûreté. Mis à côté les discours pédants, en cas de perte de la sécurité, ne sont plus garanties, les chartes démocratiques, ou toute la nomenclature des Droits de l’Homme, et n’ont plus de sens, surtout en Égypte, où existe un accord, entre celui qui gouverne et le peuple, à savoir que le premier garantie l'écoulement du Nil, et les protéger des bandits et des brigands, et des voleurs.

Cependant, la Confrérie n'a pas compris la leçon en raison du sentiment de supériorité religieuse, à savoir qu’ils disposeraient des clés du Paradis. Leur discours, de ce fait, est devenu très autoritaire, toujours sous une couverture religieuse. En dépit d’avoir porté conseil à la Confrérie en Egypte, le mouvement tunisien Ennahdha, n’a pas retenu la leçon. Car, du moment où Kaïs Saeid a été élu à la Présidence de la Tunisie, à travers des élections libres et transparentes, Ennahdha a lancé une campagne de harcèlement, en cherchant à dominer le pays.

Parce que la politique est fils de l'histoire, et l'histoire est fils légitime d'une géographie qui ne change pas, la Tunisie a été influencée par les événements qu’a connu l’Egypte. Dans ce sens, le Président tunisien a essayé de neutraliser le courant islamiste, en ayant recours à des mesures temporaires. Souhaitons qu’elles soient de courte durée. Ce mouvement doit opérer une autocritique. Même leur imam al-Banna dans sa lettre, qu'il a appelée «Entre hier et aujourd'hui», a demandé à ses partisans de dispenser les conseils à la lecture de l’appel. Il faut rappeler que ce dernier a rédigé cette lettre, sous une forte pression, suite à l’assassinat de Nekrachi (homme politique et Premier ministre Égyptien), et sentant la déportation, qui a été substituée par le meurtre. En dépit de tout cela, sa demande reste réaliste, car ses directives et ses lettres, ne constituent guère une révélation. En conséquence, le mouvement Ennahdha doit reconsidérer son expérience qui a failli, en cherchant des réponses à quelques questions légitimes, du genre : Sommes-nous islamistes ou musulmans ? Peut-on développer une pensée de la différence ? L'Islam, est-il un système global ou une perspective globale ? Œuvrons-nous dans le but de maîtriser la société, ou par contre, permettre à la société de s’accomplir ? La mission de la religion consiste à contrôler ou à faire parvenir le message divin ? Devons-nous considérer ce monde, comme étant un terrain de guerre ou un champ de guerre ? Sans cela, nous sommes dans l’obligation de prédire la disparition de ces mouvements islamistes, à l’instar des dinosaures, qui n’ont pas pu s’adapter aux changements climatiques, car la démocratie est synonyme de participation et non de soumission. Aussi, les normes et pratiques démocratiques sont plus importantes que l'obtention d'une majorité numérique. C'est ce que l'Imam Al-Mawardi a rédigé dans une des plus importantes œuvres du patrimoine «Al-Ahkam Al-Sultaniyya» (Les sentences sultanesques), et par conséquence, prendre une leçon du destin du «Tête de loup».