La Tunisie en pleine pandémie

Colère et mécontentements à cause de la crise sanitaire
Enlèvement d’un corps d’un homme décédé par le Covid à la morgue de l’hôpital de Kairouan.

* La Tunisie vit une crise sanitaire, économique et humanitaire dramatique et sans précédent en raison de l'absence de réactivité du gouvernement et le retard pris avant son adhésion au mécanisme COVAX.

*La flambée de la situation épidémique catastrophique en Tunisie avec scènes apocalyptiques d’hôpitaux bondés, suscitent l’incertitude et l’angoisse des Tunisiens.

 

Tunis: La Tunisie enregistre un nombre croissant de malades du coronavirus. En proie à une terrible vague, le pays qui fait désormais face à un nouveau fléau en partie dû à l’apparition de nouveaux variants plus féroces et largement transmissible, n’a rien fait ou presque pour rebâtir son système de santé. 

La Tunisie qui vient de célébrer le 64e anniversaire de la fête de la République vit une crise sanitaire, économique et humanitaire dramatique et sans précédent en raison de l'absence de réactivité du gouvernement et le retard pris avant son adhésion au mécanisme COVAX.

Une femme atteinte du Covid attend de recevoir les soins à l’hôpital de Béja en Tunisie.

Flambée de l’épidémie

En effet, la flambée de la situation épidémique catastrophique en Tunisie avec scènes apocalyptiques d’hôpitaux bondés, de personnels de santé submergés, suscitent l’incertitude et l’angoisse des Tunisien. Avec un bilan triste de plus de vingt mille morts à cause du Covid, les experts de la santé épidémiologique décrivent une situation hors de contrôle et un système de santé au bord de l’effondrement à cause des pénuries de médicaments, de lits et d’oxygène.

Cette situation a créé un état de panique généralisé déclenchant une course effrénée pour la location des concentrateurs d’oxygène. Que ce soit pour les malades covid qui n’ont pas trouvé de lit d’oxygène dans les urgences et les hôpitaux ou pour les besoins des malades guéris mais qui ont encore besoin d’un apport en oxygène et qui préfèrent continuer leur cure à domicile à cause des mauvaises conditions d’hospitalisation ou ceux qui paniquent et développent un stress par peur du covid, la ruée vers la l’achat et la location des concentrateur d’oxygène bat son plein en Tunisie.

Les urgences de l’hôpital Charles Nicolle à Tunis sont bondées.

Un système de santé au bord de l’effondrement

Les faits sont têtus et montrent avec force que ce système de santé, à bout de souffle depuis l’apparition de la pandémie, a montré ses limites. Sinon comment expliquer la saturation des urgences et la mort par milliers de malades pour manque de prise en charge adéquate en temps opportun ? On a vu des gens mourir devant les hôpitaux d’autres patients poussés par l’absence de lits d’oxygène ou de réanimation aller aux cliniques à leurs frais. Comment justifier l’installation des hôpitaux de campagne un peu partout, mais de façon tardive, trop même, dans plusieurs régions et même dans les grandes villes ? comment justifier l’hospitalisation à domicile pour ceux qui n’ont pas les moyens d’aller aux cliniques et la ruée des citoyens sur la location des concentrateurs d’oxygène ? Si ce système est encore debout pourquoi la diplomatie tunisienne a-t-elle été mise en branle pour solliciter aides et équipements sanitaires ? II est cependant vrai que les compétences des professionnels de la santé et la solidarité de différentes parties essayent de maintenir ce système en état de fonctionnement mais là aussi c’est une autre preuve que le système sanitaire est arrivé au point de la rupture. Et ce sont justement ces professionnels qui ont lancé un cri d’alarme et ont réclamé l’aide.

Etat d’urgence sanitaire

Pour pallier aux insuffisances criantes en matière de santé, le gouvernement a décrété l’état d’urgence sanitaire, limogé le ministre de la santé et lâché la bride aux gouverneurs pour prendre les mesures coercitives à l’encontre de la population au lieu de porter secours à des milliers de patients en détresse. Alors que la majorité des gouvernorats sont désormais classés rouges, les mesures se résument au bouclage des villes, au couvre-feu et au confinement sanitaire orienté.

Ce qui n’a pas empêché une évolution rapide du nombre de décès quotidiens et une envolée du nombre des contaminations. Les besoins en soins se font de plus en plus pressants et le système de santé est au bord de l’effondrement. Plusieurs médecins sont sortis de leur droit de réserve pour tirer la sonnette d'alarme. C’est le cas du docteur Rafik Boujdaria qui a clairement déclaré à Majalla que « Nous sommes passés à la médecine de catastrophe. Aidez-nous car les hôpitaux sont pleins ».  Pour sa le docteur Ahlem Belhaj, SG du syndicat des médecins et des pharmaciens a souligné à Majalla « On a besoin d’une vision claire de notre politique de santé. Certes notre système est faible mais il résiste encore avec le peu de moyens dont il dispose mais à quel prix et jusqu’à quand ? ».

Certes, Kaïs Saïed, le président de la République tunisienne a imputé «la perte de la bataille contre la pandémie à un certain nombre de choix politiques qui n'ont pas tenu compte des droits de l'homme les plus élémentaires et dictés par des intérêts partisans étroits», tout en restant droit dans ses bottes et alors que ses belligérants campent aussi sur leurs positions. C’est pour dire qu’on n’est pas sorti de l’auberge. D’ailleurs, les demi-mesures prises au cours des deux réunions d’urgence à Carthage et à la Kasbah ne font que confirmer la disparité des points de vue et l’obstination à aller de l’avant sur la voie de la crise sans se soucier de l’intérêt général du pays et des citoyens. D’abord, l’on se demande sur l’utilité de ces mesures prises à la hâte et qui demandent du temps pour leur mise en place alors que chaque jour emporte dans son sillage plus de vies. De part et d’autre, ces mesures sont censées servir de pare-chocs aux acteurs de la direction politique beaucoup plus que des solutions idoines pour contrer la pandémie. Encore une fois la sphère politique se divise et se livre à l'anathème, ignorant le message des Tunisiens.

 
La vérité nue

Il n’empêche, il ne faut pas biaiser avec cette nouvelle crise sanitaire qui a mis à nu la vérité de ce qui se trame en Tunisie non plus et garder en tête l’avertissement lancé par les Tunisiens à l'ensemble des responsables politiques. Que le pays est plongé dans une tourmente qui risque d’emporter tout dans sillage. Qu’aucune perspective n’est tracée pour rétablir la confiance et sauver les meubles. Que les discours des politiciens ne collent pas à la réalité.

Face à cette situation dramatique, le parti Al Massar a affirmé son intention d'engager une procédure pénale contre le chef du gouvernement tunisien Hichem Mechichi en raison du «bilan catastrophique» de la gestion de la crise et l'absence d'une stratégie claire de lutte contre la pandémie.

Dans une déclaration à Majalla, le parti dénonce les mesures impertinentes et les nombreux manquements du gouvernement dans la gestion de la crise sanitaire qu'il qualifie de «crime d'Etat».

Le parti regrette, également, le limogeage du ministre de manière «humiliante» de la Santé en cette conjoncture délicate qui nécessite la conjugaison de tous les efforts pour surmonter la crise sanitaire et sauver des vies.

 Pour sa part, le parti Al Joumhouri (opposition) critique le rendement «défaillant et équivoque» des institutions de l'Etat.

Il a estimé dans une déclaration à Majalla que le rendement des différentes institutions de l'Etat dans la lutte contre la propagation du coronavirus durant ces derniers jours a été «défaillant et équivoque».

Les décisions «contradictoires et improvisées» des différentes institutions de l'Etat ont suscité les craintes des citoyens pour leur santé en les amenant à croire que le gouvernement est dans l'incapacité de garantir l'approvisionnement des établissements de santé en oxygène et de leur procurer les vaccins en quantités suffisantes,  a affirmé le parti Al Joumhouri.

Selon le parti, le limogeage du ministre de la santé qui assume la responsabilité de l'organisation improvisée des journées portes ouvertes de vaccination qui ont été marquées par le chaos, ne dispense pas le chef du gouvernement de sa responsabilité principale dans la gestion «catastrophique» de la crise.

Alors que les critiques fusent de part et d’autre, le président de l'association de pédiatrie Mohamed Douagi, a indiqué à Majalla la gravité de la situation pandémique sur les enfants. « Plus de 3000 enfants ont été testés positifs au coronavirus en une semaine », a fait remarquer à Majalla, Mohamed Douagi.
Et d'ajouter: «Il est certain qu'un grand nombre d'enfants infectés n'ont pas fait de tests et n'ont pas été recensés».